Le Premier ministre français Sébastien Lecornu durant la réunion d'une cellule interministérielle de crise place Beauvau, à Paris, le 1er octobre 2026 ( AFP / Kenzo TRIBOUILLARD )
Entre rétablissement de l'ordre public et écoute des revendications, le gouvernement de Sébastien Lecornu marche sur un fil pour répondre au mouvement des lycéens sans l'embraser, sur fond de campagne présidentielle.
C'est l'une des crises les plus délicates à laquelle le Premier ministre est confronté depuis son arrivée il y a un an à Matignon : un mouvement de jeunesse sans porte-parole identifié ni mots d'ordre clairs, accompagné par endroits de violences, qui a appelé à une nouvelle journée de mobilisation mardi.
Il s'agit d'un "mouvement attrape-tout qui se nourrit d'une angoisse de l'avenir" et cette jeunesse "on sait qu'elle est fragile", décrit Valérie Pécresse, présidente LR de la région Ile-de-France.
Concentré sur son projet de budget présenté jeudi dernier, jour d'agitation maximale dans les lycées, Sébastien Lecornu a-t-il vu venir l'embrasement ?
Les blocages, qui ne touchaient à leur démarrage mi-septembre que quelques lycées en région parisienne, se sont étendus à certaines universités et ont dégénéré par endroits. Lundi, un lycéen a eu la main arrachée par une grenade à Lens, dans le Pas-de-Calais.
"L'appréhension du système a été moyenne", décrypte un cadre du bloc central. "Il y a eu du flottement sur ce qui devait être fait" entre répondre aux revendications et réprimer les actions violentes.
"Label"
Recevoir les organisations lycéennes, "c'est leur donner un label" et légitimer leurs demandes, ajoute le même qui considère que le ministre de l'Education nationale Edouard Geffray n'est pas "le roi de la politique".
Le maintien de l'ordre face à des jeunes, c'est la mission "la plus délicate, vous avez des cagoulés qui viennent pour casser, vous êtes obligés de faire intervenir la police, (...) mais le risque c'est de blesser un gamin qui n'a rien à voir" avec eux, témoigne un ancien préfet.
La campagne présidentielle complique également la donne.
Lundi dernier, alors que le mouvement était encore embryonnaire, Sébastien Lecornu a dénoncé une "surenchère irresponsable" d'élus LFI appelant à "étendre" les blocages. S'en est suivie une passe d'armes avec le candidat insoumis à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon qui l'a accusé d'avoir "ordonné la répression" avec "un arrière-goût raciste évident".
Les accusations de mettre de l'huile sur le feu deviennent alors réciproques.
Droite et extrême droite accusent LFI de souffler sur les braises tandis que la CGT qualifie de "pyromane" le gouvernement qui a annoncé jeudi dans son budget l'instauration de frais d'inscription en BTS et classes préparatoires. Une proposition presque aussitôt retirée.
"Réflexes politiques"
Avec Jean-Luc Mélenchon donné au second tour, il y a aussi "des gens qui essaient de dynamiter" son statut de potentiel finaliste, "et Lecornu n'est pas le seul", analyse un responsable du bloc central.
Tandis que Marine Le Pen "tire les marrons du feu" face aux images de désordre dans les rues, ajoute-t-il.
Face à la sensibilité du mouvement, chaque mot compte. "Il faut qu'on fasse attention à la moindre partie de notre phrase", soutient Mme Pécresse, interrogée sur des propos critiqués et parfois tronqués du maire LFI de Saint-Denis Bally Bagayoko, qui avait estimé que la violence "peut être légitime" tout en jugeant qu'elle devait être évitée.
Le ministre français de l'Enseignement supérieur et de la Recherche Philippe Baptiste au palais de l'Elysée à Paris, le 16 septembre 2026 ( AFP / Ludovic MARIN )
Le ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste est-il allé trop loin en affirmant lundi qu'il "craignait" un embrasement plus large ? "Il ne faut pas essayer de dessiner un chaos qui n'est pas là", prévient une source au sein de l'exécutif.
Plus largement, cette crise rencontre une fin de quinquennat plutôt sombre pour Emmanuel Macron où les cabinets manquent de "réflexes politiques", soutient un député Renaissance.
Le ton est depuis redescendu d'un cran. Jean-Luc Mélenchon, qui avait appelé parents et militants à "s'interposer" entre les jeunes et la police, les a invités à porter "un brassard blanc" mardi lors des manifestations.
Côté exécutif, on insiste sur la "déontologie" des forces de l'ordre et les ministres sont chargés de cinq chantiers pour répondre aux revendications des lycéens.
Le ministre chargé des Relations avec le parlement, Laurent Panifous, a appelé lundi à écouter d'abord les jeunes : "l'essentiel c'est le message porté par les lycéens eux-mêmes", qui n'ont pas encore le droit de vote et n'ont pas "d'autres moyens de s'exprimer".

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