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Le cyclisme face au défi des commotions cérébrales et de son diagnostic rapide
information fournie par Reuters 13/07/2026 à 16:36

Tour de France

Tour de France

par Vincent Daheron

Comme chaque année, plusieurs chutes ont émaillé la première semaine ‌du Tour de France, dont certaines ont rappelé la complexité de la gestion des commotions cérébrales dans un sport soumis à la pression constante du chronomètre.

Parmi les huit ​coureurs ayant quitté la route du Tour depuis le départ de Barcelone (Espagne), samedi dernier, trois d'entre-eux ont abandonné en raison d'une commotion : le Français Clément Berthet (Groupama-FDJ United), le Néerlandais Alex Molenaar (Caja Rural-Seguros RGA) et l'éphémère maillot jaune norvégien Torstein Traeen (Uno-X Mobility).

Leur point commun ? Les trois coureurs ont chuté puis terminé l'étape avant de se retirer le soir-même, ​une fois le diagnostic posé.

Clément Berthet a chuté lourdement lors du contre-la-montre par équipes inaugural, Alex Molenaar est tombé à cinq kilomètres de l'arrivée de la cinquième étape, tandis que Torstein Traeen a goûté le bitume, le lendemain, dans ​la descente du col du Tourmalet, la tunique jaune sur le dos.

"Ce n'est jamais ⁠très satisfaisant, pour nous, de voir des coureurs diagnostiqués d'une commotion cérébrale alors qu'ils ont repris la course", reconnaît auprès de Reuters le directeur médical ‌de l'Union cycliste internationale (UCI), Xavier Bigard.

L'UCI a mis en place un protocole commotion au début de la saison 2021. L'année précédente, le Français Romain Bardet avait parcouru près de 90 km malgré une commotion cérébrale subie lors d'une chute à plus de 60 km/h.

"On part ​de loin quand même", estime Xavier Bigard, qui s'est attelé à ‌la rédaction d'un protocole depuis son arrivée à l'UCI en 2018.

Selon le protocole établi, un coureur qui a chuté ⁠doit d'abord être examiné par la première personne arrivée sur les lieux, souvent un mécanicien de son équipe. Si celui-ci détecte au moins deux signes observables d'une commotion (nausées, douleurs à la tête et/ou au cou, faiblesse dans les membres, désorientation, manque d'équilibre), il doit mettre le coureur hors-course.

Dans le cas contraire, le coureur peut repartir avant un ⁠examen complémentaire, pendant la course, par la ‌voiture médicale ou de son équipe, qui consiste à répondre à plusieurs questions relativement simples sur le contexte de la course à ⁠laquelle il participe. Il peut, là encore, être mis hors course.

En cas de suspicion, le coureur doit ensuite passer un protocole complet, d'une dizaine de minutes, à l'arrivée ‌de l'étape.

"SITUATION LOIN D'ÊTRE PARFAITE"

"Le protocole bord de route est vraiment beaucoup plus court. C'est dans le feu de l'action, c'est plus difficile à ⁠évaluer", explique Mathieu Le Strat, le directeur médical de la formation Groupama-FDJ United. "On a un coureur qui est quand même ⁠tendu par la course, qui veut directement repartir ‌sur le vélo, donc ce n'est pas évident."

"Un vrai protocole commotion prend dix, 15 minutes à faire avec plusieurs tests. On ne peut pas le faire sur le ​bord de la route", ajoute-t-il.

Florence Pommerie, médecin en chef du Tour de France depuis 2010, ‌alerte sur la difficulté de diagnostiquer une commotion cérébrale. "On ne la voit pas, il n'y a pas de signe pathognomonique, seulement un faisceau d'arguments", dit-elle, ajoutant qu'elle n'a vu aucun des trois coureurs ​en question redescendre à la voiture médicale lors de leur chute respective.

"Certains signes apparaissent d'emblée, mais disparaissent après quelques heures et d'autres signes n'apparaissent que secondairement", reprend Xavier Bigard pour expliquer les possibles différences de diagnostic entre l'examen sur le bord de la route et celui effectué après l'étape.

Tous les interlocuteurs s'accordent à dire que la discipline ⁠a pris le sujet à bras le corps ces dernières années.

"On en a pris pleinement conscience", estime Pascal Chanteur, le vice-président du CPA, le syndicat international des coureurs.

Reste le problème de cette urgence légitime à remonter sur le vélo dans un sport où chaque seconde compte, d'autant plus lorsqu'un coureur est à la lutte au classement général sur une course de trois semaines.

"On est dans une situation qui est loin d'être parfaite et qu'on essaie de rendre la moins imparfaite possible", résume Xavier Bigard, qui précise que l'éducation au sujet est "un vrai challenge" dans le cyclisme de haut niveau, inévitablement tourné vers la performance.

"C'est un travail de longue haleine qui prendra du temps, mais ​qui est essentiel", assure-t-il.

(Reportage de Vincent Daheron à Capdenac-Gare)

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