Le Canada souhaite former une "alliance unique" avec l'Union européenne mais ne cherche pas à devenir membre du bloc communautaire, a déclaré dimanche le Premier ministre canadien Mark Carney, après que le Wall Street Journal a rapporté plus tôt qu'Ottawa pourrait devenir un "membre associé" de l'UE.
D'après le WSJ, citant des responsables européens et canadiens non-identifiés, l'UE serait ouverte à l'idée d'accorder au Canada un statut - pas encore créé - de membre associé, alors même que le bloc communautaire ne s'est pas montré très souple par le passé en matière de règles d'adhésion.
"Il ne s'agit pas d'être membre de l'Union européenne", a déclaré dimanche soir Mark Carney devant les journalistes en marge d'une visite au Festival international du film de Toronto, en Ontario.
"Ce que nous voulons - et nous allons commencer des discussions à ce propos -, c'est une alliance unique entre le Canada et l'Union européenne", a poursuivi le dirigeant canadien. "Nous avons les mêmes valeurs, nous avons les mêmes priorités et nous avons des atouts complémentaires".
Les services de Mark Carney avaient confirmé samedi que le Premier ministre canadien se rendrait cette semaine en France et en Grande-Bretagne. Il doit notamment s'exprimer devant le Parlement européen à Strasbourg et assister au discours sur l'état de l'Union européenne que prononcera mercredi la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.
Selon le journal canadien The Globe and Mail, citant une source au fait de la question, l'idée d'un statut de membre associé a été émise par Bruxelles et non par Ottawa. Il est prématuré de discuter d'un quelconque titre pour leur relation bilatérale, a ajouté cette source.
Aucun commentaire n'a été obtenu auprès de porte-parole de la Commission européenne.
L'escalade dans la guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis a rendu plus urgente encore pour Ottawa sa nouvelle orientation stratégique de recherche d'autres partenaires.
Depuis le retour au pouvoir de Donald Trump à la Maison blanche en janvier 2025, les relations entre les deux pays voisins se sont nettement dégradées en raison de désaccords sur le commerce et d'autres sujets. Leur différend commercial a conduit à la mise en place de droits de douane portant sur des dizaines de milliards de dollars d'échanges transfrontaliers.
LIBRE CIRCULATION DES BIENS DANS DES SECTEURS STRATÉGIQUES
Donald Trump a formulé dimanche de nouvelles critiques à l'encontre du Canada, reprochant au pays d'avoir "volé" les Etats-Unis "pendant des années". "C'est le pire pays avec lequel faire affaire", a déclaré le président américain devant les journalistes à bord de l'avion Air Force One, ajoutant qu'Ottawa désirait plus que tout conclure un accord avec Washington.
Il a également confirmé son intention d'imposer à compter du 1er janvier prochain des surtaxes douanières sur les véhicules et pièces détachées en provenance du Canada.
Le Canada et l'UE discutent actuellement des moyens de permettre la libre circulation des biens, des services et des travailleurs canadiens impliqués dans des chaînes d'approvisionnement stratégiques telles que l'énergie, l'intelligence artificielle (IA), la défense et les minéraux critiques, ce qui reviendrait à déplacer de fait la frontière de l'UE, a rapporté dimanche le Wall Street Journal.
Ottawa et Bruxelles discutent aussi de la pose de câbles sous-marins, de la construction conjointe de centres de données, de solutions de stockage dans le cloud ainsi que de nouveaux réseaux satellitaires et d'infrastructures permettant d'acheminer l'énergie canadienne vers l'UE, a écrit le journal.
Citant deux représentants au fait de la question, le WSJ a indiqué que Mark Carney s'était entretenu régulièrement avec plusieurs dirigeants de l'UE, dont le président français Emmanuel Macron, au sujet de la possibilité de permettre aux Canadiens de vivre et de travailler sans visa dans l'UE.
Les deux dirigeants se rencontreront le 20 septembre à Saint-Pierre-et-Miquelon à l'occasion d'un déplacement d'Emmanuel Macron dans l'archipel, a confirmé dimanche l'Elysée.
"Dans un monde marqué par le retour des rapports de force, les tensions géopolitiques et de nouvelles dépendances, la France et le Canada partagent une même ambition : travailler ensemble, et avec tous les pays qui partagent ces valeurs, renforcer leur capacité à décider, et à agir par eux-mêmes", a dit la présidence française.
Un projet de renforcement des liens entre le Canada et l'UE ne serait toutefois pas une mince affaire, comme l'a montré la vive opposition suscitée par le passé par des efforts pour mettre en oeuvre un accord commercial pourtant plus modeste noué entre les deux parties.
Plus d'une décennie après la conclusion de cet accord commercial et neuf ans après son entrée en vigueur à titre provisoire, plusieurs pays de l'UE ne l'ont ainsi toujours pas ratifié.
(Inti Landauro à Bruxelles, avec la contribution de Caroline Stauffer à Toronto, Michel Rose à Paris, version française Benjamin Mallet, Tangi Salaün et Jean Terzian)

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