Le bruit, notamment celui des transports, apparaît de plus en plus comme une préoccupation pour le bien-être mental des plus jeunes ( AFP / CHRISTOPHE ARCHAMBAULT )
C'est une pollution omniprésente mais largement négligée. Déjà connu pour plusieurs effets négatifs sur la santé, le bruit, notamment celui des transports, apparaît de plus en plus comme une préoccupation pour le bien-être mental des plus jeunes.
"Il y a clairement un signal quant à la santé mentale des enfants", explique à l'AFP l'épidémiologiste Eloi Chazelas, chercheur à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm, basé à Paris) qui vient de publier avec son équipe une étude sur les risques sanitaires liés au bruit. Celle-ci vient s'ajouter à un corpus de plus en plus fourni sur les problèmes de santé causés par des niveaux de bruit élevés.
Il est ainsi déjà bien établi que l'exposition au bruit accroît la probabilité de développer certains troubles cardiovasculaires même si les mécanismes précis, probablement liés au stress, restent à préciser. Quant aux troubles auditifs, ils sont logiquement accrus par ce type de pollution.
Même si le problème est mondial, "le bruit apparaît de plus en plus comme un important facteur de risque environnemental en Europe", résume l'antenne de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) sur le continent.
L'étude récente de M. Chazelas se penche, elle, sur les effets sur les enfants et, plus spécifiquement, d'éventuelles difficultés émotionnelles et comportementales. Elle conclut qu'une exposition à d'importants bruits de trafic routier, à différents stades de l'enfance, est associée à davantage de difficultés émotionnelles et comportementales aux alentours des dix ans.
A travers le monde, d'autres études avaient déjà cherché à évaluer à quel point le bruit affecte la santé mentale des enfants et des adolescents. Mais, d'une qualité méthodologique variable, elles n'allaient pas toutes dans le même sens.
L'une des plus solides, toutefois, avait déjà alerté en 2025 sur la problématique de santé mentale posée par des années d'exposition aux bruits chez les adolescents. Réalisée en suivant pendant plusieurs années plus de 100.000 jeunes Finlandais, elle avait conclu que les diagnostics de troubles anxieux et dépressifs étaient plus fréquents chez ceux qui vivaient dans un environnement fortement exposé au bruit des transports.
"L'exposition continue à un trafic routier dépassant les 53 décibels est associée à un risque accru de dépression et d'anxiété", concluait cette étude, parue dans la revue Environmental Research.
Ne pas "affoler" les parents
Un avion vole au-dessus d'un immeuble à Toulouse le 2 octobre 2012 ( AFP / PASCAL PAVANI )
L'étude française, elle, a suivi quelque 8.000 enfants français de leur naissance à leurs dix ans, et évalué si l'exposition du domicile à des transports bruyants - routiers, aériens ou ferroviaires - était associée à des troubles dits internalisés - anxiété, difficultés relationnelles... - ou externalisés - troubles de la conduite, de l'attention...
Elle conclut que le risque apparaît plus élevé quand l'enfant vit près d'un trafic routier bruyant. Pour le train et l'avion, les résultats ne sont pas concluants, peut-être faute d'un nombre suffisant d'enfants étudiés. Ce sont en effet des nuisances sonores beaucoup moins répandues que les bruits de la route.
Même pour ces derniers, les résultats sont contrastés, les risques semblant varier selon l'âge d'exposition. Ainsi, les fortes expositions au bruit routier à l’âge de 2 mois ou de 5 ans et demi sont associées à davantage de difficultés relationnelles avec les pairs. En revanche, l'effet disparaît quand l'exposition culmine plutôt autour de trois ans.
Pour expliquer ces variations, les chercheurs font l'hypothèse que la vulnérabilité physiologique et psychologique au bruit fluctue selon l'âge, mais admettent qu'il faudrait de nouvelles études pour appuyer cette possibilité.
Surtout, il ne faut pas "affoler les gens au niveau individuel parce qu'ils sont à côté d'une route", prévient M. Chazelas, soulignant que l'ampleur des effets reste modeste. "Mais au niveau de la population, on peut complètement parler d'une problématique de santé publique."
Or, même si certains discours publics commencent à prendre en compte le bruit comme enjeu de santé, les améliorations se font largement attendre, en particulier comparés aux résultats obtenue en matière de pollution atmosphérique.
Ainsi, l'Union européenne a "peu de chances" d'atteindre ses objectifs de réduction de la pollution sonore en 2030, avait jugé la Cour des comptes européenne début 2025, estimant qu'un Européen sur cinq est exposé à des niveaux de bruit excessifs.

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