"C'est un type formidable, un grand dirigeant, un excellent secrétaire général", affirmait encore Donald Trump la semaine dernière, a propos du Néerlandais.
Mark Rutte et Donald Trump à Washington, aux États-Unis, le 24 juin 2026. ( GETTY IMAGES NORTH AMERICA / ANDREW HARNIK )
Alors que les Européens restent la cible privilégiée de Donald Trump, le secrétaire général de l'Otan Mark Rutte garde sa ligne très accommodante avec le président américain, avec l'objectif de maintenir les États-Unis dans l'alliance. Lors de sa dernière visite à la Maison Blanche, il n'a pas ménagé ses efforts pour séduire le président américain, très remonté contre ses alliés européens.
En lettres dorées et avec force couleurs, il a décrit avec emphase "l'effet Trump" sur l'Alliance atlantique . Autrement dit les milliards de dollars que les Alliés européens ont enfin accepté de dépenser pour leur défense, grâce à la pression constante du président américain. Jamais avare de compliments, l'ancien Premier ministre néerlandais joue de sa relation privilégiée avec Donald Trump pour le convaincre des bienfaits d'une alliance dont il n'a jamais été vraiment convaincu.
"Mark Rutte est l'un des derniers hommes encore en place en Europe à entretenir une relation avec Trump" , explique à l' AFP Jamie Shea, ancien haut responsable de l'Otan et aujourd'hui membre du groupe de réflexion Chatham House. Surnommé aux Pays-Bas Mister Teflon pour sa capacité à encaisser à peu près tout, Mark Rutte avait été choisi en 2024 pour prendre la tête de l'Alliance atlantique, précisément pour son aptitude à "gérer" Donald Trump. Et il n'a jusqu'à présent pas déçu, même si son opération de charme agace parfois certains alliés.
"C'est un type formidable"
"C'est un type formidable, un grand dirigeant, un excellent secrétaire général", affirmait encore Donald Trump la semaine dernière en recevant Mark Rutte à la Maison Blanche. "Je pense que si quelqu'un d'autre occupait ce poste, nous ne serions même pas réunis aujourd'hui".
Son éternel sourire et l'optimisme inébranlable dont il fait preuve en toutes circonstances désarment la plupart des critiques, y compris dans les couloirs du siège de l'Alliance à Bruxelles. "Super secrétaire général !", selon un diplomate à Bruxelles, Mark Rutte "est vraiment taillé pour ce poste et nous avons beaucoup de chance de l'avoir", confie un autre.
Depuis son arrivée en Belgique, il y a deux ans, les crises n'ont pas manqué, du Groenland à l'Iran en passant par l'Ukraine. Il a su à chaque fois limiter la casse.
Certains haussent parfois le sourcil lorsque l'éloge au président Trump est un peu trop appuyé. La comparaison avec "Daddy", le papa vers qui on se tourne en cas de difficultés , avait provoqué de vrais grincements de dents l'an dernier au sommet de La Haye.
Une stratégie qui perd en efficacité
Mais tant que cette stratégie fonctionne, peu y trouvent vraiment à redire , selon plusieurs diplomates à Bruxelles. "Tout le monde se rend compte qu'il y a peu d'autres personnes qui auraient pu y parvenir", souligne ainsi un diplomate.
Seule ligne rouge pour certains alliés, lorsqu'il s'en prend aux Européens, comme cela avait été le cas fin janvier devant le Parlement européen. "Si quelqu'un pense encore ici que l'Union européenne, ou l'Europe dans son ensemble, peut se défendre sans les États-Unis, continuez de rêver ! Vous ne le pouvez pas. Nous ne le pouvons pas", avait-il lancé devant les eurodéputés, au grand dam de la France, qui avait aussitôt réagi.
Son enthousiasme à défendre les initiatives de Donald Trump lui joue aussi parfois des tours. Dans une interview avec la chaîne américaine Fox la semaine dernière, Mark Rutte avait salué les centaines de vols ayant décollé des bases italiennes de l'Otan vers l'Iran, provoquant immédiatement la colère de Rome. "Je ne sais pas d'où est venue cette reconstruction simpliste", a souligné la semaine dernière la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni.
Il prend aussi le risque de voir sa tactique vis-à-vis de Donald Trump diminuer en efficacité avec le temps.
D'ailleurs, en dépit de la séquence en "lettres dorées" à la Maison Blanche, Mark Rutte n'a semble-t-il pas complètement convaincu son hôte. Donald Trump a jugé mercredi "ridicule" que les États-Unis maintiennent une relation "unilatérale" avec l'Otan". Inévitablement, Mark Rutte doit faire face à "la loi des rendements décroissants : on obtient de moins en moins à chaque fois", relève Jamie Shea.
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