par Andrew Gray, Philip Blenkinsop et Max Hunder
Les dirigeants de l'Union européenne ont fait bloc vendredi derrière le président ukrainien Volodimir Zelensky, fragilisé par le "lâchage" de Donald Trump, qui met en péril l'appareil de défense de l'Ukraine face aux incessantes frappes russes.
Volodimir Zelensky est arrivé jeudi à Bruxelles, au premier jour du sommet des Vingt-Sept - un conseil axé sur le futur budget de l'UE -, afin de s'assurer un soutien capital en termes d'aide militaire. Il a en outre appelé à maintenir la pression sur Moscou, via notamment des sanctions économiques.
"Notre message à Volodimir Zelensky est simple: le soutien de l'UE est plus solide que jamais", a martelé vendredi le président du Conseil européen, Antonio Costa au côté du président ukrainien, à leur arrivée au sommet.
"Vous pouvez compter sur nous!", a-t-il lancé devant les journalistes, passant sous silence les divisions qui se sont fait jour sur l'ampleur de l'engagement financier européen envers Kyiv - l'Autriche et les Pays-Bas, notamment, s'interrogeant sur l'efficacité d'une telle politique en l'absence d'avancées diplomatiques.
A leurs côtés, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a réaffirmé que l'UE ne relâcherait pas la pression sur la Russie tant qu'elle n'aurait pas fait un pas vers un règlement du conflit en cours depuis février 2022.
Les Vingt-Sept, a-t-elle déclaré, travaillent à un 22e train de sanctions.
"Nous voulons mettre fin à cette guerre le plus rapidement possible. Nous ne voyons pas de signaux en ce sens de la partie russe, c'est pour cela que nous devons préparer l'hiver", a dit le dirigeant ukrainien, qui a fait l'accolade à plusieurs dirigeants européens au dernier jour du sommet.
"Le 'paquet' hiver, ce n'est pas seulement l'énergie, ce sont aussi la défense antiaérienne et le financement", a-t-il souligné.
Le Premier ministre estonien, Kristen Michal, a estimé vendredi auprès de Reuters qu'un nouveau prêt communautaire serait nécessaire pour renflouer les caisses ukrainiennes face à un hiver qui s'annonce comme un nouvel "enfer". L'Ukraine, selon son ministre des Finances Sergii Martchenko, accuse un déficit de 32,6 milliards de dollars dans son budget 2027.
Volodimir Zelensky s'est entretenu jeudi à Bruxelles avec le secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, de la nécessité de réarmer l'Ukraine en intercepteurs et en munitions face au flot continu des bombardements russes.
TRUMP DURCIT LE TON CONTRE ZELENSKY
Le moment est critique pour le dirigeant ukrainien qui voit le président américain multiplier les gestes hostiles envers Kyiv à l'approche des élections de mi-mandat aux Etats-Unis, où la cherté croissante du coût de la vie, alimentée par la flambée des prix de l'énergie, devrait peser dans les urnes.
Donald Trump, déterminé à sauver sa majorité au Congrès le 3 novembre, impute la hausse des prix des carburants au conflit russo-ukrainien plutôt qu'à la guerre au Moyen-Orient.
Balayant quelque responsabilité des Etats-Unis - qui ont déclenché une guerre contre l'Iran le 28 février au côté d'Israël -, le président américain a maintes fois accusé Kyiv d'être à l'origine de la crise énergétique et a jugé jeudi lors d'une interview sur Newsmax que la reprise des bombardements ukrainiens sur les raffineries russes était "une honte".
"Tout ce qu'il (Volodimir Zelensky) fait, c'est faire grimper le prix mondial du pétrole", a-t-il lâché.
Le chef de la Maison blanche avait formulé le 11 octobre sur son réseau "Truth Social" l'annonce unilatérale d'une "trêve énergétique" censée mettre fin aux attaques contre les infrastructures énergétiques en Russie et en Ukraine. Volodimir Zelensky n'en avait pas été informé et le Kremlin a laissé planer l'incertitude sur les contours d'un tel "accord".
Deux jours avant, Donald Trump avait acté une levée temporaire des sanctions américaines visant la Russie en se félicitant d'un accord avec Vladimir Poutine en vue de la livraison de quantités massives de gazole russe pour les marchés américain et mondial afin de faire baisser "dans des proportions records" le prix du carburant pour les Américains - et futurs électeurs.
La manoeuvre aux visées électoralistes, dénoncée jusque dans les rangs républicains, sonne comme une trahison pour les Ukrainiens, qui n'ont pour l'heure que l'UE comme seul allié solide.
Reuters rapporte par ailleurs que les dysfonctionnements du réseau de satellites à usage militaire Starshield, qui ont pénalisé cette semaine l'armée ukrainienne, sont la conséquence d'une décision de la Maison blanche, qui a ordonné des restrictions sur le réseau développé par SpaceX.
L'incapacité de l'Europe à fournir une alternative à ce réseau crucial, concédée par la Haute représentante pour la politique étrangère de l'UE Kaja Kallas, souligne les limites de l'appui des Vingt-Sept.
(Andrew Gray, Bart H. Meijer, Philip Blenkinsop, Charlotte Van Campenhout, Louise Rasmussen, Lili Bayer, Andreas Rinke; version française Sophie Louet)

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