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Kevin Warsh attendu sur son approche à la tête de la Fed
information fournie par Reuters 05/02/2026 à 15:09

PHOTO D'ARCHIVES : L'ancien gouverneur de la Réserve fédérale américaine, Kevin Warsh, s'exprime à New York.

PHOTO D'ARCHIVES : L'ancien gouverneur de la Réserve fédérale américaine, Kevin Warsh, s'exprime à New York.

par Howard Schneider

Au cours des 15 années qui se sont écoulées depuis son départ de la Réserve fédérale (Fed), Kevin Warsh a régulièrement affirmé que la banque centrale idéale était celle qui a le moins d'influence possible sur l'économie et se concentre sur le contrôle de l'inflation, tout en ‍étant liée par des règles de politique monétaire plutôt que par le bon vouloir de responsables agissant en "tyrans".

Mais le candidat de Donald Trump à la tête de la Fed a également reconnu la difficulté de gérer une économie complexe, estimé qu'il serait compliqué de réduire le bilan de la banque centrale américaine et, plus récemment, avancé des arguments comme la croissance de la productivité pour ‌justifier une baisse des taux d'intérêt - comme le souhaite justement le président américain en dépit d'une inflation supérieure à l'objectif de 2% fixé par la Fed.

Désormais, la question qui se pose est de savoir quelle version de Kevin Warsh se manifestera lorsqu'il prendra les rênes de la banque centrale à l'issue du mandat de Jerome Powell qui s'achève en ​mai.

Celle d'un théoricien qui fonde sa pensée sur les leçons tirées du monétarisme et des règles de politique monétaire auprès des économistes Milton Friedman et John Taylor lors de ⁠ses études à l'université de Stanford ?

Ou celle d'un pragmatique, ancien gouverneur de la Fed, qui a contribué à façonner la politique actuelle d'achats d'obligations tout en finissant par la critiquer ?

De par sa proximité avec John Taylor et l'Institut Hoover de Stanford - un cercle de réflexion défendant un rôle limité des banques ⁠centrales -, Kevin Warsh "parle le même langage" d'une présente réduite de la Fed sur ‍les marchés financiers et d'un guidage de la politique monétaire via les règles de Taylor, observe Michael Bordo, professeur émérite à l'Université ⁠Rutgers.

"Je le vois plutôt suivre une politique fondée sur des règles (...) Mais il est très pragmatique. Il comprend les marchés. Il comprend la politique. Il sera flexible. Des règles mais assorties d'une marge de manœuvre."

Kevin Warsh, 55 ans, sera interrogé sur son approche lors des auditions devant le Sénat américain destinées à confirmer sa nomination. Elles seront programmées avant le 22 mai, date à laquelle ​le mandat de Jerome Powell prendra fin.

RÈGLES OU PAS RÈGLES ?

Il y aura beaucoup d'enseignements à tirer de ces auditions.

Dans ses recherches consacrées aux responsables de la Fed, Michael Bordo affirme que Kevin Warsh a adopté une position restrictive ("hawkish") face à l'inflation.

Parallèlement, les différentes versions de la "règle de Taylor", qui définit une ligne de conduite de politique monétaire, indiquent que la fourchette actuelle des fonds fédéraux (3,50% ⁠à 3,75%) est optimale et qu'il y a donc peu de raisons d'abaisser davantage les taux d'intérêt.

S'il reste fidèle à ses positions passées, Kevin Warsh devra justifier pourquoi ​ces règles doivent être mises de côté pour procéder à une baisse des taux. Ses anticipations sur une forte hausse de la ​productivité stimulée par l'intelligence artificielle, qui aide à ​combattre l'inflation, pourraient constituer un argument.

Lors d'une conférence à l'Institut Hoover en mai dernier, Kevin Warsh a déclaré que les banquiers centraux avaient besoin de limites, arguant que "l'économie ne peut prospérer (...) avec ​une banque centrale totalement discrétionnaire et des banquiers centraux agissant comme des tyrans".

Dans le même discours, il a ⁠néanmoins estimé que les règles visant à limiter ce pouvoir discrétionnaire constituait un "idéal". "Ce n'est pas E = mc²."

Pour John Cochrane, membre de l'Institut Hoover, une façon de résoudre cette tension entre idéal et pragmatisme consiste pour les responsables de politique monétaire à établir les règles qu'ils estiment applicables, mais à justifier lorsqu'ils s'en écartent.

"On part de la règle et on explique ensuite pourquoi on veut faire quelque chose de différent", explique John Cochrane. "Si l'on souhaite évoluer vers une approche plus normative, c'est la bonne méthode."

DÉMANTELER LE SYSTÈME

Proche de Donald Trump, Kevin Warsh avait failli être nommé président de la Fed lors du ‌premier mandat du président républicain qui lui avait finalement préféré Jerome Powell.

Mais depuis son départ de la Réserve fédérale en 2011, il est resté au cœur des débats sur la politique monétaire, notamment grâce à son implication à l'Institut Hoover.

Pour ceux qui estiment que la Fed est devenue trop interventionniste, la nomination de Kevin Warsh fait office de moment de vérité.

"Il est difficile de démanteler le système actuel", pointe David Beckworth, chercheur au Mercatus Center de l'université George Mason qui a défendu ses propres variantes des règles de politique monétaire et a exposé des idées détaillées sur la manière dont la Fed pourrait réduire son bilan.

"Il sera intéressant de voir s'il y parvient", ajoute-t-il. "Il existe une voie à suivre, mais elle est longue et se fera étape par étape."

(Rédigé par ‌Howard Schneider, version française Blandine Hénault, édité par Augustin Turpin)

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