Le président américain souhaite faire revenir l'US Navy aux anciennes catapultes à vapeur, affichant son hostilité à la technologie des catapultes électromagnétiques qui doit notamment équiper le prochain porte-avions français.
Un Rafale à bord du porte-avions Charles de Gaulle, en 2016 (illustration) ( POOL / STEPHANE DE SAKUTIN )
Les revirements de la Maison Blanche vont-ils perturber le futur porte-étendard de la Marine française? Non, à en croire le ministère des Armées, qui a assuré que la décision de Donald Trump de renoncer aux catapultes modernes sur les futurs porte-avions ne compromet pas la fourniture à la France des catapultes électromagnétiques américaines devant équiper le "France Libre". Le porte-avions de nouvelle génération (PANG) français doit prendre la succession du Charles de Gaulle à l'horizon 2038.
"Aucun risque technique ou industriel particulier n'est identifié pour la fabrication des catapultes électromagnétiques destinées au (prochain porte-avions) France Libre, ou leur entretien dans les prochaines décennies", selon une déclaration du ministère transmise samedi.
Donald Trump a annoncé qu'à l'avenir, les porte-avions américains devraient être équipés de catapultes à vapeur et non plus de catapultes électromagnétiques modernes (EMALS), estimant que les premières étaient plus "fiables" et éprouvées. Une telle décision pourrait potentiellement avoir un impact sur la fourniture à la France de catapultes électromagnétiques par le groupe américain General Atomics.
La chaîne des EMALS est "active"
La construction et la maintenance d'un équipement sur plusieurs décennies (la durée de vie d'un porte-avions), nécessitent en effet qu'un industriel bénéficie d'un volume de commandes suffisant pour assurer la pérennité économique de la filière. La décision de Donald Trump est supposée entrer en vigueur pour le porte-avions de classe Ford USS Doris Miller, devant être livré en 2034.
Or, les trois autres porte-avions de classe Ford antérieurs sont ou seront eux équipés de catapultes électromagnétiques (USS Gerald Ford, USS John F. Kennedy, USS Enterprise), ce qui devrait suffire à garantir la filière, estime le ministère français.
"Les trois premiers porte-avions, qui sont soit en service, soit en construction, sont déjà équipés de catapultes électromagnétiques. Ces équipements sont développés et opérationnels. La chaîne de fabrication et d'entretien de ces catapultes est donc active", selon cette source.
La Direction générale de l'armement française "poursuit les échanges avec ses homologues américains qui conduisent eux-mêmes leurs propres analyses", ajoute le ministère.
Succcesseur du Charles de Gaulle, le France Libres doit être équipé de ces systèmes modernes EMALS, de General Atomics.
Interrogée à l'occasion d'un déplacement à Saint-Raphaël), la ministre déléguée aux Armées Alice Rufo a estimé que ce choix avait été "extrêmement mûri et étudié". "Cette coopération relève d'une dépendance, mais qui est à la fois maîtrisée et consentie", a-t-elle dit, ajoutant que c'était la "solution la plus efficace et la plus soutenable".
Propulser une plus grande gamme d'aéronefs
Les EMALS propulsent les avions grâce à une catapulte électromagnétique alimentée par l'énergie électrique, offrant une accélération plus fine et mieux contrôlée que les catapultes anciennes, qui utilisaient la pression de la vapeur pour permettre aux avions d'atteindre la vitesse nécessaire.
Grâce à cette modularité et cette finesse, les EMALS peuvent lancer une large gamme d'appareils, du drone aux aéronefs plus lourds. Selon la Marine nationale, la technologie permettra en outre une augmentation sans précédent de la puissance aérienne offensive, grâce à un "doublement des sorties aériennes". Selon la même source, le "France Libre" prévoit d'accueillir un groupe aérien embarqué de 40 aéronefs et drones (dont 30 avions de combat et drones de combat).
Les premières EMALS installées sur l'USS Gerald Ford ont connu quelques problèmes de mise en place, qui ont ensuite été résolus. Mais Donald Trump les critiquait déjà en 2017, année de la mise à la mer du Ford, estimant que c'était un système moins bon et moins puissant que la vapeur.
Lors des débats sur le vote de l'actualisation de la loi de programmation militaire (LPM) jusqu'en 2030, les parlementaires français ont voté dans les documents annexes, qu'en "vue de la réalisation du porte‑avions 'France libre', une étude de faisabilité portant sur les modalités de développement d’un système de catapultes électromagnétiques souverain est conduite". Une étude qui n'est pas de nature à remettre en cause le choix des EMALS américains. "L'un n'empêche pas l'autre", a expliqué la ministre.
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