* Infantino dispose d'assez de soutiens parmi les 211 fédérations pour sa réélection en 2027
* Ses opposants veulent désormais réduire et redistribuer les pouvoirs de la présidence de la Fifa
* Les candidats ont jusqu'au 18 novembre pour se présenter à l'élection
par Julien Pretot
Le président de la Fédération internationale de football (Fifa), Gianni Infantino, dispose d'un matelas de voix suffisant pour être réélu en mars prochain, ce qui incite ses opposants à changer de stratégie en tentant de réduire ses pouvoirs, ont indiqué à Reuters plusieurs sources, après des semaines au cours desquelles sa position était jugée intenable.
"Il y a trois semaines, je pensais qu'il était mort (politiquement)", a déclaré une source du football mondial disposant d'une connaissance directe des échanges entre responsables de premier plan.
"Ce que je n'avais pas mesuré, c'est qu'après dix ans au pouvoir, les relations qu'il a tissées sont presque indestructibles."
L'Italo-Suisse de 56 ans a affronté cette année le plus grand défi de sa présidence avec l'échec de son projet de céder une partie des droits commerciaux de la Coupe du monde à des investisseurs privés.
Ce plan s'est heurté à une forte opposition, notamment de l'UEFA, de la Confédération asiatique (AFC) et de la Concacaf (la confédération nord-américaine).
Plusieurs fédérations nationales, principalement européennes, ont depuis retiré leur soutien à la réélection de Gianni Infantino, la France étant la dernière en date jeudi.
Bien que le secrétaire général de la Fifa, Mattias Grafstrom, ait déploré une "triste et répréhensible série d'événements" ayant conduit à l'abandon du projet, il a ensuite réaffirmé son soutien total à son président.
Mais à mesure que la crise s'est estompée, l'arithmétique électorale est devenue de plus en plus défavorable à ses opposants, estiment ceux-ci.
Aucun candidat capable de rallier un soutien suffisant au sein des 211 associations membres de la Fifa n'a pour l'instant émergé à l'approche de l'élection du 18 mars prochain, tandis que Gianni Infantino conserve un fort appui parmi les petites nations de football et au sein de blocs importants en dehors de l'Europe.
Au Congrès de la Fifa, chaque association nationale dispose d'une voix, ce qui signifie que toute tentative crédible de le détrôner nécessite une coalition bien plus large que les 55 membres de l'UEFA, la confédération européenne.
Cette configuration laisse ses opposants face à un calcul potentiellement dangereux : défier le président et perdre pourrait renforcer plutôt qu'affaiblir sa mainmise sur la Fifa.
"C'est devenu un risque encore plus grand pour l'UEFA d'aller au vote et de ne pas gagner", estime cette même source.
L'UEFA et la Fifa ont été sollicitées pour réagir.
AL-KHELAÏFI ÉCARTE TOUTE CANDIDATURE
Le président du Paris Saint-Germain, Nasser Al-Khelaïfi, est considéré par plusieurs hauts responsables du football comme l'un des rares candidats potentiels capables de bâtir la coalition nécessaire pour battre Gianni Infantino.
Le dirigeant qatarien a cependant fait savoir par l'intermédiaire d'un porte-parole qu'il n'avait ni ambition, ni intention, ni intérêt à devenir président de la Fifa.
Le président de la Concacaf, Victor Montagliani, est un autre nom régulièrement évoqué mais il a laissé entendre qu'il était peu probable qu'il se présente sans être d'abord convaincu de disposer d'un soutien suffisant pour l'emporter, a indiqué à Reuters une autre source du football mondial.
Aucun autre candidat de premier plan n'a émergé, même si un candidat africain ou asiatique pourrait encore être désigné avant la date limite du 18 novembre, a ajouté cette source.
Même parmi les confédérations qui continuent de soutenir Gianni Infantino, des appels ont été lancés en faveur d'une gouvernance renforcée, d'une plus grande transparence et de contrôles plus stricts sur les principales décisions commerciales de la Fifa.
La solidité du soutien à Gianni Infantino se mesure notamment en Océanie.
"La plupart des présidents d'Océanie ont donné leur soutien à M. Infantino", a déclaré Steeve Laigle, le président de la Fédération néo-calédonienne de football, à Reuters. "Nous le soutiendrons jusqu'au bout."
Selon un haut responsable de la Confédération africaine de football (CAF), l'état d'esprit est similaire en Afrique, où la grande majorité des présidents de fédération se déclarent satisfaits du président actuel.
LE MAROC PARMI LES SOUTIENS PUBLICS D'INFANTINO
Le Maroc, l'une des fédérations les plus influentes d'Afrique et qui accueillera l'élection du 18 mars à Rabat, fait partie des soutiens publics de Gianni Infantino.
Une source de haut rang de la CAF a dit à Reuters que certains, dans le football africain, estimaient que le président de la Fédération royale marocaine de football, Fouzi Lekjaa, s'était vu promettre la finale de la Coupe du monde 2030 en échange de son rôle dans le maintien du soutien africain à Gianni Infantino.
Fouzi Lekjaa a déclaré jeudi que la finale se tiendrait dans la région de Casablanca, même si la Fifa n'a pas encore officiellement annoncé le lieu et a démenti les informations concernant un tel compromis politique.
La fédération marocaine n'a pas répondu à une demande de commentaire de Reuters.
Gianni Infantino conserve également le soutien de la Confédération sud-américaine (CONMEBOL).
La France a illustré le dilemme des opposants jeudi en retirant son soutien au président de l’instance mondiale sans désigner de candidat pour le remplacer.
"La confiance placée dans le président de la Fifa a été rompue", a déclaré le président de la Fédération française de football, Philippe Diallo, lors d'une conférence de presse.
"Notre mission, maintenant, est de faire émerger un programme et un candidat, et donc, avec ce programme et ce candidat, de le faire gagner", a-t-il ajouté.
En l'absence de candidat évident, certains opposants envisagent de recentrer leurs efforts sur une modification de la structure de gouvernance de la Fifa, les deux sources indiquant que des responsables examinaient la possibilité de réduire ou de redistribuer les pouvoirs aujourd'hui concentrés dans les mains du président.
Philippe Diallo a confirmé que la répartition du pouvoir au sein de la Fifa faisait partie des sujets de discussion.
Interrogé sur l'idée que certains pouvoirs puissent être retirés au président et confiés à un secrétaire général nommé, il a répondu : "Cela fait partie des débats que nous devons désormais avoir au sein de l'UEFA."
(Reportage de Julien Pretot, avec la contribution d'Iain Axon et de Mark Gleeson; version française Vincent Daheron)

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