Un camion des rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) gît calciné le long d'une route près d'Adigrat, ville du Tigré dans le nord de l'Éthiopie, le 17 octobre 2026 ( AFP / - )
Dans le centre et aux alentours d'Adigrat, plusieurs camions gisent calcinés au milieu des routes, stigmates encore visibles des frappes de drones des forces fédérales éthiopiennes sur les troupes érythréennes, qui s'étaient déployées dans cette ville du nord du Tigré.
Adigrat se trouve à environ une quarantaine de kilomètres au sud de la frontière avec l'Érythrée, qui entretient des relations acrimonieuses avec l'Éthiopie.
Les deux voisins, qui ont rompu leurs relations diplomatiques, s'accusent mutuellement de tentatives de déstabilisation, faisant craindre un nouveau conflit, comme celui qui a fait rage entre 1998 et 2000 et causé des dizaines de milliers de morts.
Plusieurs milliers de soldats érythréens avaient franchi la frontière début octobre vers le Tigré, selon une source sécuritaire, pour appuyer les rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) qui ont lancé fin septembre une offensive contre les forces fédérales.
Les forces d'Asmara, tout comme les rebelles du TPLF, ont été repoussées ces derniers jours par des frappes de drones des forces fédérales d'Addis Abeba. Certaines sont retournées en Érythrée, quand d'autres sont toujours présentes à la frontière, côté éthiopien.
Un camion calciné des rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) et des munitions gisent le long d'une route près d'Adigrat, ville du Tigré dans le nord de l'Éthiopie, le 17 octobre 2026 ( AFP / - )
Hagos, 48 ans, vit avec sa femme et ses quatre enfants dans un petit village à une quinzaine de kilomètres au nord d'Adigrat. En pleine nuit, le 7 octobre, à proximité de sa maison, une frappe de drone touche "un camion qui transportait des soldats érythréens" ainsi que des "obus de mortier".
"Les explosions ont duré plus de trois heures et demie", raconte-t-il, expliquant qu'il en a alors été "terrifié".
"Voir le diable"
Haymanot, 33 ans, a elle entendu "plus de dix explosions" près de chez elle le 10 octobre, quand des drones ont frappé des forces érythréennes et des rebelles du TPLF.
"Lorsque j'ai vu des soldats érythréens pénétrer dans notre quartier il y a deux semaines, j'ai ressenti un choc et de la colère (...). Ils sont désormais partis, et j'espère qu'ils ne reviendront jamais", raconte cette résidente du village de Qerseber, dans les environs d'Adigrat.
Elias Desta, un résident d'Adigrat, se souvient également des exactions commises par les soldats érythréens durant la guerre du Tigré, qui a ravagé la région entre 2020 et 2022 et fait au moins 600.000 morts. L'armée érythréenne, qui soutenait alors les forces fédérales contre le TPLF, avant un retournement d'alliance, avait été accusée d'innombrables crimes de guerre, dont des viols.
"Voir l'armée érythréenne ici, c'est comme voir le diable", souligne à l'AFP l'homme de 36 ans, se rappelant en avoir vu débarquer les soldats "à pied et avec des véhicules".
Aujourd'hui, malgré leur départ, "la situation n'est pas encore totalement apaisée. Les forces de police et les dispositifs de sécurité se sont effondrés. Certains prisonniers ont été libérés, et la ville est en proie à de nombreux vols et agressions à l'arme blanche", assure-t-il.
Un camion des forces fédérales éthiopiennes patrouille à Adigrat, ville du Tigré dans le nord de l'Éthiopie, le 17 octobre 2026 ( AFP / - )
Dans les rues et venelles d'Adigrat, des forces fédérales patrouillent avec des armes lourdes. Les écoles sont fermées depuis plusieurs jours. Les commerces et les restaurants sont ouverts, mais beaucoup manquent de marchandises.
La situation est toujours tendue dans l'extrême nord du Tigré, notamment à Zalambessa, une ville-frontière, côté éthiopien, où des soldats érythréens sont toujours présents.
Vendredi, le gouvernement fédéral a annoncé la mise en place d'une administration intérimaire de six mois au Tigré, qui doit permettre à terme d'organiser des élections.
"Nous attendons de la nouvelle administration qu'elle rétablisse la paix et la sécurité", confie Elias Desta, ainsi que l'acheminement de l'aide humanitaire.
"La population est confrontée à une grave famine et a besoin d'assistance".

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