( AFP / BRENDAN SMIALOWSKI )
La croissance insolente de l'économie américaine a de quoi réjouir le président Donald Trump avant les élections de mi-mandat de la semaine prochaine mais la médaille a un revers: l'inflation.
Deux données officielles publiées jeudi dessinent un bilan à double tranchant pour le chef de l'État qui avait promis un nouvel âge d'or aux Américains et de baisser le coût de la vie.
La croissance du produit intérieur brut (PIB) s'est fortement accélérée au troisième trimestre, à 3,4 % en rythme annualisé, tirée par les investissements et la consommation des ménages. La croissance était de 2,2 % au deuxième trimestre.
Le service statistique officiel BEA met en avant le rythme annualisé qui projette sur l'ensemble de l'année l'évolution observée pendant trois mois.
Une telle performance donne une bouffée d'air à la majorité présidentielle à quelques jours des élections législatives de mi-mandat du 3 novembre.
Selon les sondages, le parti républicain est en mauvaise posture et pourrait perdre le contrôle du Congrès.
Les Américains digèrent mal l'augmentation continue du coût de la vie, affolés par la spectaculaire envolée des prix à la pompe qui a suivi le déclenchement par Donald Trump d'une guerre au Moyen-Orient.
En même temps que les chiffres de la croissance, une autre donnée a été publiée par le service statistique BEA, nettement moins reluisante pour le pouvoir en place.
Elle confirme que la hausse des prix s'est accélérée en septembre, à 3,6 % sur un an, selon l'indice d'inflation PCE, mesure préférée de la Réserve fédérale (Fed).
"Le chômage reste faible mais les banques alimentaires sont débordées", remarque dans une note Diane Swonk, économiste principale du cabinet KPMG.
"Surchauffe ?"
La banque centrale américaine a décidé mercredi de ne pas toucher à ses taux directeurs, qui avaient été relevés en septembre, tout en jurant de ne pas déserter le combat contre l'inflation.
Pour des analystes, l'absence de répit sur les tickets de caisse rend ce statu quo monétaire peu logique, sauf à vouloir éviter d'être suspecté de faire le jeu de l'opposition en relevant les taux juste avant les élections.
L'échéance électorale n'a "joué aucun rôle" dans la décision monétaire, a assuré le président de la Fed Kevin Warsh en conférence de presse.
Il a par ailleurs fait comprendre que l'inflation était le principal, pour ne pas dire le seul, problème de l'économie américaine.
Il a souligné à quel point l'activité était robuste, soutenue par la "résilience" de la consommation et les investissements dans les hautes technologies, en premier lieu l'intelligence artificielle (IA).
Interrogé pour savoir s'il pouvait s'agir d'une "surchauffe", il a répondu que "ce n'était pas l'avis de la plupart de (s)es collègues" responsables monétaires.
"La productivité augmente (...). La croissance économique est donc plus forte, mais cela ne me permet pas de conclure que cette croissance est en quelque sorte à l'origine de l'inflation et qu'elle complique notre tâche", a-t-il ajouté.
Le hic, relève Diane Swonk, c'est que les entreprises engagées dans la course à l'IA sont en concurrence pour les mêmes composants, matériaux, services et travailleurs - une configuration inflationniste.
"L'économie américaine est actuellement dopée aux hormones", estime Heather Long, économiste de la banque Navy Federal Credit Union.
"Le boom IA stimule la croissance, la Bourse et fait émerger plein de nouveaux millionnaires" qui consomment à loisir, ajoute-t-elle. A l'autre bout du spectre, les ménages modestes "piochent dans leur épargne ou achètent à crédit".
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