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En Arménie, un scrutin test pour Pachinian, tourné vers l'Occident
information fournie par AFP 04/06/2026 à 09:30

Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian au Parlement européen à Strasbourg le 17 octobre 2023 ( AFP / FREDERICK FLORIN )

Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian au Parlement européen à Strasbourg le 17 octobre 2023 ( AFP / FREDERICK FLORIN )

Les Arméniens sont appelés aux urnes dimanche pour des élections législatives à valeur de test sur le soutien de la population à la volte-face géopolitique du Premier ministre Nikol Pachinian, qui se détourne de l'allié historique russe au profit des Occidentaux.

L'Arménie et la Russie, qui partagent des siècles d'histoire commune, sont techniquement alliées. Mais depuis la perte de l'enclave du Karabakh au profit de l'Azerbaïdjan, Erevan multiplie les reproches envers Moscou et sollicite les faveurs de l'UE et des Etats-Unis.

Fin mai, le président américain Donald Trump a apporté son soutien "complet et total" à Nikol Pachinian. La Russie a elle comparé la trajectoire de l'Arménie à celle de l'Ukraine, qui a mené in fine à l'invasion du pays par les forces russes en février 2022.

Au-delà de la relation avec Moscou, le scrutin de dimanche interviendra après des années de profonds bouleversements en Arménie depuis l'arrivée au pouvoir de Nikol Pachinian à l'issue de manifestations en 2018.

Ce petit pays du Caucase est encore sous le choc de sa défaite militaire contre l'ennemi azerbaïdjanais en 2020 et de la perte du Karabakh en 2023, qui avait provoqué l'exode de dizaines de milliers d'Arméniens de ce territoire montagneux disputé depuis des décennies.

Nikol Pachinian, ancien journaliste âgé de 51 ans, a présenté ce scrutin comme un choix entre une paix durable, quoique controversée, avec Bakou, et un retour à la guerre.

- Rancœur envers Moscou -

M. Pachinian avait reproché à Moscou de ne pas avoir apporté son aide à l'Arménie lors de la guerre de 2020. La Russie avait soutenu diplomatiquement Erevan et avait déployé des forces de maintien de la paix au Karabakh, mais n'était pas intervenue directement, soucieuse de préserver ses relations avec l'Azerbaïdjan, autre partenaire du Caucase.

Les soutiens de l'homme d'affaires russo-arménien Samvel Karapetyan lors d'un meeting de campagne le 3 juin 2026 à Erevan en Arménie ( AFP / Karen MINASYAN )

Les soutiens de l'homme d'affaires russo-arménien Samvel Karapetyan lors d'un meeting de campagne le 3 juin 2026 à Erevan en Arménie ( AFP / Karen MINASYAN )

Prenant acte de cette situation, M. Pachinian a gelé la participation arménienne à une alliance régionale chapeautée par Moscou et a cherché à renforcer les liens avec Bruxelles et Washington, allant même jusqu'à évoquer une potentielle adhésion de son pays à l'UE.

Une éventualité qui serait considérée par la Russie comme une grave ingérence occidentale dans son pré-carré.

"Tout ce qui se passe actuellement en Ukraine (...) Comment tout cela a-t-il commencé? Par la tentative de l'Ukraine de rejoindre l'UE", a averti le président russe Vladimir Poutine en mai, dans des propos qui sonnent comme une menace.

La Russie est le principal partenaire commercial de l'Arménie et un marché clé pour ses exportations agricoles et textiles. De nombreux Arméniens vivent et travaillent en Russie et Erevan est dépendant de Moscou pour ses fournitures d'armements et d'énergie.

Première mesure de représailles, la Russie a interdit l'importation d'une série de produits agricoles arméniens, suscitant l'inquiétude d'Erevan.

Le Kremlin a aussi été accusé de chercher à influencer le scrutin.

- "Champ de bataille" -

Le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan à Gyumri le 19 avril 2026, en Arménie ( AFP / KAREN MINASYAN )

Le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan à Gyumri le 19 avril 2026, en Arménie ( AFP / KAREN MINASYAN )

Nikol Pachinian insiste cependant sur le fait qu'il ne souhaite pas rompre avec Moscou. "Nous n'avons jamais eu, n'avons pas et n'aurons jamais l'intention de nuire aux intérêts de la Russie", a-t-il plaidé.

Pour autant, la campagne électorale a pris des airs de combat pour l'avenir géopolitique de l'Arménie.

M. Pachinian est allé jusqu'à assurer qu'une "guerre catastrophique" avec l'Azerbaïdjan pourrait avoir lieu si son parti perdait la majorité.

Son principal concurrent, l'homme d'affaires russo-arménien Samvel Karapetyan, a mis en garde contre toute "ruée imprudente" vers l'Occident. "La Russie est et restera notre partenaire stratégique et notre principal partenaire économique", a-t-il déclaré.

Les Européens de leur côté ne cachent guère leur souhait de voir Nikol Pachinian l'emporter. Lors d'une visite très médiatisée en mai, le président français Emmanuel Macron lui a apporté son soutien et les deux hommes avaient interprété devant les caméras "La Bohème" de Charles Aznavour.

Le parti Contrat civil du Premier ministre est donné en tête dans les sondages mais il est loin d'être dominant au sein d'un système politique très fragmenté. Au total, 19 partis et blocs sont en lice pour les 101 sièges du Parlement.

Le bilan démocratique de Nikol Pachinian est également en jeu.

Huit ans après son arrivée au pouvoir sur la promesse de démanteler le système oligarchique post-soviétique arménien, il fait face à des critiques croissantes.

L'Arménie dérive "du populisme vers des méthodes de gouvernance autoritaires", avertit l'analyste indépendant Gevorg Poghosyan.

Pour autant, pour de nombreux Arméniens, l'opposition reste associée à l'influence russe et aux oligarques.

Dans les rues d'Erevan, à l'image du scrutin, les opinions sont partagées.

"Je fais confiance à Nikol pour choisir avec qui il veut être ami: la Russie ou l'Europe", a déclaré Suren Sargsyan, un retraité de 72 ans.

Simon Petrosyan, 62 ans, sans emploi, votera pour sa part pour l'opposition. Nikol Pachinian a transformé l'Arménie en "champ de bataille pour toutes les grandes puissances", estime-t-il.

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