L'agence de notation berlinoise pointe notamment la "forte hausse" des taux d'emprunt, qui complique encore un peu plus la tâche de l'exécutif.
La France a vu son taux d'emprunt à dix ans grimper à 4,50% mi-septembre, du jamais-vu depuis 2008. ( AFP / JOEL SAGET )
Concurrent revendiqué des mastodontes américains Fitch, Moody's et Standard & Poor's, l'agence de notation européenne Scope Ratings a annoncé vendredi 18 septembre avoir dégradé la note de la dette française, de AA- à A+, en raison du dérapage des finances publiques et d'un "contexte politique difficile". L'agence berlinoise place toutefois Paris sous perspective "stable" contre "négative" précédemment.
En cause, la "détérioration persistante des perspectives budgétaires" avec "une hausse de la dette publique, des déficits budgétaires toujours élevés et des progrès limités en matière de réformes structurelles", a justifié Scope Ratings dans son communiqué.
L'agence, qui pointe les "difficultés du gouvernement à respecter les objectifs de déficit qu'il s'était lui-même fixés", relève aussi "la forte hausse" du taux des emprunts français depuis janvier 2026, qui limiteront encore davantage sa "marge de manoeuvre" et nécessiteront encore plus d'efforts "pour stabiliser la dette publique". A cela s'ajoute un "contexte politique difficile", marqué par "une fragmentation et une polarisation accrues" depuis la "dissolution de l'Assemblée nationale en 2024". Cette "fragmentation politique", qui a "entravé les efforts d'assainissement budgétaire et compliqué la mise en oeuvre des réformes structurelles" , devrait rester "élevée au-delà de l'élection présidentielle de 2027", estime Scope.
L'agence Scope Ratings a été créée au début des années 2000 avant de recevoir son agrément par le gendarme européen des marchées (ESMA) en 2012. Elle tente désormais de se faire une place au milieu du triumvirat américain S&P-Fitch-Moody's, sur fond de débats sur l'influence de la notation financière sur l'autonomie stratégique européenne.
La décision de Scope survient dans la foulée de la présentation par le Premier ministre Sébastien Lecornu, des grandes lignes du budget pour 2027. Ce dernier prévoit un "effort" d'"environ 54 milliards d'euros" pour atteindre 5% de déficit, après 5,4% cette année, en mettant notamment retraités et fonctionnaires à contribution.
L'écart se creuse avec le voisin allemand
Le gouvernement visait auparavant 5% de déficit en 2026, mais avait prévenu il y a une semaine que cette cible ne serait finalement pas atteinte, en raison notamment des différents "chocs" subis par l'économie française (sécheresse, guerre au Moyen-Orient...). En pleine incertitude budgétaire et politique avant l'élection présidentielle au printemps, la France a vu son taux d'emprunt à dix ans grimper à 4,50% mi-septembre, du jamais-vu depuis 2008. Le "spread" avec l'Allemagne dépasse désormais un point de pourcentage, une première depuis 2012 .
Revenue au coeur des débats, sa dette publique a augmenté à 3.536,1 milliards d'euros au premier trimestre, à 117,5% du produit intérieur brut (PIB), selon l'Insee.
Fin août, l'agence Fitch Ratings avait décidé de maintenir la note de la dette souveraine de la France à A+, niveau auquel elle l'avait abaissé en septembre 2025, avec une perspective toujours stable. En mai 2026, l’agence S&P avait annoncé maintenir la note de la dette française à A+ avec perspective stable, tandis qu'en avril, Moody's avait maintenu Paris à une note de AA3, avec une "perspective négative" due à "la fragmentation du paysage politique".
Pour faire passer le budget 2027, débattu à partir d'octobre, Sébastien Lecornu promet de ne pas recourir à l'article 49.3 ni aux ordonnances, à condition qu'il n'y ait pas "d'obstruction parlementaire".
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