Une pancarte montrant un drone de combat iranien et l'inscription en persan "chaque missile porte un message", "de la part des martyrs et du peuple iranien opprimé et affamé", à Téhéran le 30 mars 2026 ( AFP / ATTA KENARE )
Des explosions ont retenti mardi à Téhéran et dans le centre de l'Iran, touchant des "sites militaires" et provoquant des coupures d'électricité, après que Donald Trump a renouvelé ses menaces si les discussions entre Washington et Téhéran n'aboutissaient pas "rapidement".
Entrée dans son deuxième mois, la guerre au Moyen-Orient, qui ébranle l'économie mondiale et a fait des milliers de morts, ne présente pas signe de désescalade, malgré des tractations diplomatiques.
Dans le centre de l'Iran, des frappes ont visé mardi des "sites militaires" à Ispahan, a déclaré un responsable local cité par l'agence de presse Fars, sans autres précisions.
Sur des vidéos authentifiées par l'AFP, plusieurs déflagrations transpercent la nuit à Ispahan, laissant s'échapper d'immenses panaches de fumée.
Le président américain Donald Trump a publié sur son réseau Truth Social, sans commentaire, une autre vidéo, non vérifiée par l'AFP, montrant de fortes explosions.
Plus tôt, l'agence Fars avait évoqué "plusieurs explosions" et des pannes de courant "dans certaines parties" de Téhéran. L'agence Tasnim a elle mentionné des explosions dans l'est et l'ouest de la capitale, ainsi que des perturbations de l'approvisionnement en énergie dans l'est - ensuite résolues.
L'armée israélienne avait appelé les habitants d'un quartier résidentiel à rester à l'abri en prévision d'une attaque contre "une infrastructure militaire".
Dans le nord-ouest de l'Iran, c'est un site musulman chiite, la Grande Hosseinieh, qui a été endommagé par des frappes américano-israéliennes, selon la télévision d'Etat.
- Les lointains "jours ordinaires" -
Dans le Grand Bazar de Téhéran, le 30 mars 2026 ( AFP / ATTA KENARE )
Dans le sillage d'un article du Wall Street Journal selon lequel Donald Trump opterait pour la voie diplomatique plutôt que militaire pour obtenir la réouverture du stratégique détroit d'Ormuz, les Bourses asiatiques ont été marquées par un regain d'optimisme, avant de refluer à nouveau.
Le pétrole, lui, restait au-dessus des 100 dollars vers 04H40 GMT, tandis que les Bourses européennes ont ouvert prudemment.
Officiellement, le président américain a menacé l'Iran de s'en prendre à ses sites énergétiques si leurs discussions n'aboutissaient pas "rapidement" et si le détroit, par où transite d'ordinaire un cinquième des hydrocarbures mondiaux et presque entièrement bloqué par l'Iran, n'était "pas immédiatement" rouvert.
Des secouristes fouillent un immeuble détruit par une frappe israélienne dans la banlieue sud de Beyrouth, le 30 mars 2026 ( AFP / Anwar AMRO )
Il a mentionné comme cibles l'île de Kharg, abritant le plus grand terminal pétrolier de l'Iran, mais aussi ses centrales électriques, puits de pétrole, et "peut-être toutes les usines de dessalement".
Dimanche, il avait évoqué une possible opération terrestre pour s'emparer du terminal de Kharg et "prendre le pétrole".
"Les jours ordinaires me manquent", a raconté Shahrzad, 39 ans, une femme au foyer de Téhéran. "Une vie où je n'avais pas à penser constamment aux explosions et à la mort".
Malgré les menaces, l'Iran a continué dans la nuit à faire feu.
Un journaliste de l'AFP a entendu au moins 10 explosions au-dessus de Jérusalem, après une alerte aux missiles iraniens de l'armée israélienne. La radio-télévision d'Etat iranienne Irib a annoncé un tir de missiles en direction d'Israël.
Les secours israéliens ont indiqué avoir évacué vers des hôpitaux huit blessés légers dans la région de Tel-Aviv.
A Dubaï, des explosions ont de nouveau été entendues en matinée, selon des journalistes de l'AFP sur place.
Quatre personnes y avaient été blessées précédemment par la chute de débris lors d'une interception de la défense aérienne, tandis qu'un pétrolier sous pavillon koweïtien a été touché par une frappe de drone près du port.
Image satellite du détroit d'Ormuz dans le Golfe et de l'île de Kharg, un point essentiel pour les exportations de pétrole brut de l'Iran ( AFP / Omar KAMAL )
L'incendie provoqué sur le navire a été maîtrisé et n'a pas fait de blessés, selon les autorités émiraties.
L'Arabie saoudite a dit, elle, avoir intercepté huit missiles balistiques sans préciser leur provenance et fait état de deux blessés après l'interception d'un drone.
Téhéran affirme viser dans le Golfe, qui abrite bases et intérêts américains, les "agresseurs ennemis".
"Il est grand temps d'expulser les forces américaines", a estimé le chef de la diplomatie, Abbas Araghchi.
- "Incidents gravissimes" -
Comparaison de la performance des contrats à terme sur le pétrole brut WTI avec une sélection d’indices boursiers, par rapport aux valeurs du 26 février et jusqu'au 30 mars à 3h30 GMT ( AFP / Nicholas SHEARMAN )
Selon le WSJ, Donald Trump aurait dit à ses conseillers être prêt à interrompre sa campagne militaire, estimant que forcer la réouverture du détroit d'Ormuz prolongerait le conflit "au-delà de son calendrier de quatre à six semaines".
En cas d'échec de la diplomatie, M. Trump prévoirait de solliciter ses alliés d'Europe et du Golfe pour forcer sa réouverture, ont dit des responsables américains au quotidien.
"D'énormes progrès ont été réalisés" dans les discussions "sérieuses" avec l'Iran, a assuré lundi le président américain.
Mais à rebours des exigences de Donald Trump, une commission parlementaire iranienne a approuvé un projet visant à imposer des droits de passage aux navires transitant par le détroit, selon des médias d'Etat. Le texte inclut une "interdiction de passage" pour les Etats-Unis et Israël.
Frappe israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth, le 30 mars 2026 ( AFP / ibrahim AMRO )
La guerre a aspiré de nombreux pays de la région, dont le Liban, entraîné par le Hezbollah pro-iranien qui a frappé Israël début mars.
A New York, l'ONU tiendra mardi à 14H00 GMT une réunion d'urgence de son Conseil de sécurité après la mort de trois Casques bleus indonésiens de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (Finul), des "incidents gravissimes" condamnés "avec la plus grande fermeté" par la France, à l'origine de cette requête.

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