(Complété avec déclaration finale, citations)
La France et l'Allemagne sont convenues vendredi de renforcer leur coopération en matière de dissuasion nucléaire avancée et de missiles conventionnels, notamment, après l'échec retentissant du projet commun de système de combat aérien du futur (SCAF) en juin.
Dans une déclaration commune rendue publique à l'issue d'un Conseil franco-allemand de défense et de sécurité (CFADS) et du 26e Conseil des ministres franco-allemand à Brühl, en Allemagne, les deux partenaires appellent de leurs voeux une industrie de la Défense robuste au sein de l'Union européenne.
"Alors que le continent européen est confronté à la guerre et à des menaces hybrides, que les crises se multiplient dans son voisinage et que les grands rapports de force forgent un contexte géopolitique complexe, la France et l’Allemagne sont déterminées à renforcer la sécurité de l’Europe", peut-on lire.
"Les consultations confidentielles entre les deux pays seront axées sur la coordination des capacités conventionnelles, des capacités de frappe de précision dans la profondeur et des capacités de défense balistiques avec la dissuasion nucléaire."
Des actions seront menées au cours de l'année, notamment la participation conventionnelle de l'Allemagne à un exercice nucléaire français, est-il précisé. Cette coopération ne remet pas en cause la dissuasion nucléaire portée par l'Otan, souligne la déclaration adoptée à l'issue de discussions entre le chancelier allemand Friedrich Merz et le président français Emmanuel Macron.
Les deux pays se disent déterminés "à renforcer le pilier européen de l’Alliance et à prendre davantage de responsabilités en ce qui concerne la défense de l’Alliance, en coopération avec d’autres Alliés."
Le Conseil de défense et de sécurité s'est déroulé sur la base aérienne de Nörvenich près de Cologne, dans l'ouest de l'Allemagne, avec pour décor symbolique un Rafale français et un Eurofighter. Autre symbole, le conseil des ministres qui a suivi s'est tenu au château d'Augustusburg, là-même où le général de Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer avaient scellé en 1962 l'amitié franco-allemande.
TIRER LES ENSEIGNEMENTS DU SCAF
Au-delà des images, Friedric Merz et Emmanuel Macron se sont engagés à agir pour effacer l'échec du Scaf, torpillé par des divergences entre le groupe européen Airbus et le français Dassault, avec pour objectif de "renforcer notre compétitivité, notre sécurité et notre défense, et la résilience de nos démocraties", pour reprendre les termes du président français.
La montée en puissance de l'extrême droite en Allemagne et en France, à l'approche de rendez-vous électoraux cruciaux, impose l'unité, selon Friedrich Merz, qui estime que les deux pays doivent "assumer leur responsabilité pour l'Europe".
"Nous travaillons pour nos peuples, pour nos pays. (...) L'agenda de mise en oeuvre, c'est le plus vite possible et le plus fort possible", a déclaré Emmanuel Macron, qui achève son mandat en mai 2027, lors d'une conférence de presse commune avec le chancelier allemand, dont la cote de confiance s'effrite.
Au chapitre industriel, le tandem a réaffirmé son engagement en faveur d'un autre projet commun lui aussi menacé par des dissensions internes, le char du futur, ou Main Ground Combat System (Système principal de combat terrestre), appelé à remplacer le Leopard 2 allemand et le Leclerc français.
"On en a tiré une conséquence pour ce qui est de l'échec du SCAF, qui est de mettre en place une gouvernance de nos projets maintenant refondés beaucoup plus resserrée où les équipes politiques et nos ministres vont suivre avec leurs principaux collaborateurs en charge pour pas les laisser dériver", a souligné Emmanuel Macron.
Il est indiqué sans plus de précisions dans la déclaration commune que les deux pays "étudieront une approche pour le combat collaboratif dans le cadre d’un programme de recherche et la développeront jusqu’au stade de la démonstration de faisabilité."
"Ce que nous avons constaté, c'est qu'en laissant la main exclusivement à des stratégies industrielles qui (...) par nature ne sont pas forcément convergentes, on avait perdu des opportunités. Notre volonté, c'est d'adapter et d'améliorer la gouvernance des projets de défense communs", a dit Emmanuel Macron.
Les deux dirigeants sont également convenus d'"avancer sur la stratégie et la gouvernance de KNDS", géant franco-allemand de l'armement qui a décidé en juin le report de son introduction en Bourse "dans l'attente de conditions de marché plus favorables".
(Reportage Andreas Rinke, version française Jean-Stéphane Brosse et Sophie Louet)

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