(Actualisé tout du long avec fin de la réunion, précisions)
par Nandita Bose, Jacob Gronholt-Pedersen, Tom Little et Gwladys Fouche
Les ministres des Affaires étrangères danois et groenlandais ont rencontré mercredi à la Maison blanche le vice-président américain JD Vance pour des discussions à fort enjeu alors que le président américain Donald Trump répète sa volonté de prendre le contrôle du Groenland, territoire autonome du Danemark.
Depuis plusieurs semaines, Donald Trump fait régulièrement valoir que l'île de l'Arctique, à la localisation stratégique et riche en minerais, est vitale pour la sécurité des États-Unis, lesquels doivent selon lui en être propriétaires afin de contrer toute menace de la Russie et de la Chine.
Le locataire de la Maison blanche a dit par le passé que toutes les options étaient sur la table, dont une intervention militaire, des propos qui ont provoqué des tensions entre le Danemark et les Etats-Unis, tous deux membres de l'Otan, ainsi que parmi les autres pays de l'Alliance transatlantique.
Peu avant le début de la réunion à Washington, aux alentours de 10h00 (15h00 GMT), Donald Trump a écrit sur les réseaux sociaux que le Groenland était "vital" pour le 'Dôme d'or' antimissile que le président américain entend bâtir.
Il a également déclaré que l'Otan deviendrait "bien plus redoutable et efficace" avec le Groenland entre les mains des Etats-Unis. "Rien de moins n'est acceptable", a-t-il ajouté.
Continuant de s'exprimer via les réseaux sociaux, Donald Trump a exhorté par la suite l'Otan à demander au Danemark de "mettre dehors" la Russie et la Chine. "Seuls les USA le peuvent !".
PRÉSENCE MILITAIRE RENFORCÉE
Groenland et Danemark, auxquels des pays de l'Union européenne ont apporté la semaine dernière leur soutien, disent quant à eux que l'île n'est pas à vendre et que les menaces de recours à la force sont irresponsables, appelant à résoudre entre alliés les préoccupations en matière de sécurité.
En amont des discussions à la Maison blanche, qui ont duré moins de deux heures, Nuuk et Copenhague ont déclaré avoir commencé à renforcer leur présence militaire au Groenland et autour de l'île, en coopération étroite avec des alliés de l'Otan, afin de réaliser leur promesse d'accroître la défense de l'Arctique.
Selon le ministère danois de la Défense, un éventail d'exercices militaires sont prévus dans ce cadre tout au long de l'année 2026.
L'Allemagne prévoit d'envoyer cette semaine des soldats au Groenland, a rapporté mercredi le journal Bild, citant des sources gouvernementales et parlementaires à Berlin.
La réunion organisée entre le ministre danois des Affaires étrangères Lars Lokke Rasmussen, son homologue groenlandaise Vivian Motzfeldt, avec JD Vance et le secrétaire d'État américain Marco Rubio représentait une opportunité pour le Danemark et le Groenland d'apaiser les tensions et de trouver une voie diplomatique pour satisfaire les demandes américaines, ont dit des analystes.
Aucune indication n'a été donnée dans l'immédiat sur la teneur des discussions.
"PAS LE MOMENT DE JOUER"
"L'objectif final est de trouver une forme d'arrangement ou de conclure un accord (...), ou au moins de calmer suffisamment la rhétorique de Donald Trump", a déclaré Andreas Osthagen, directeur de recherche de l'Institut Fridtjof Nansen, basé à Oslo, avant la réunion.
Selon Noa Redington, analyste et ancien conseiller politique de l'ex-Première ministre danoise Helle Thorning-Schmidt, le Danemark et le Groenland craignent que leurs ministres des Affaires étrangères subissent le même traitement que le président ukrainien Volodimir Zelensky, publiquement humilié en février 2025 lors d'une rencontre avec Donald Trump et JD Vance à la Maison blanche.
"Il s'agit de la réunion la plus importante de l'histoire moderne du Groenland", a-t-il déclaré à Reuters.
Les dirigeants groenlandais semblent avoir changé d'approche dans leur gestion de la crise diplomatique, mettant désormais l'accent sur l'unité avec le Danemark après avoir insisté sur le droit de l'île à l'autodétermination.
"Ce n'est pas le moment de jouer avec notre droit à l'autodétermination alors qu'un autre pays parle de nous annexer", a déclaré le Premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen lors d'un entretien au quotidien Sermitsiaq publié mercredi.
"Cela ne veut pas dire que nous ne voulons rien pour l'avenir. Mais ici et maintenant, nous faisons partie du royaume, et nous sommes aux côtés du royaume. C'est crucial dans cette situation grave", a-t-il ajouté.
PARIS PRÉVIENT DE "CONSÉQUENCES EN CASCADE INÉDITES"
Dans un communiqué publié mardi par l'ambassadeur du Danemark aux États-Unis, Vivian Motzfeldt a envoyé le même message : "Nous choisissons le Groenland que nous connaissons aujourd'hui, qui fait partie du Royaume du Danemark."
Interrogé par les journalistes, Donald Trump a rejeté mardi les précédentes déclarations de Jens-Frederik Nielsen indiquant que le Groenland resterait partie intégrante du Danemark s'il devait faire le choix d'une appartenance au royaume scandinave ou aux Etats-Unis. "C'est leur problème. Je ne suis pas d'accord avec eux. Je ne sais pas qui il est. Je ne sais rien de lui, mais cela va être un gros problème pour lui", a-t-il dit.
La Première ministre danoise Mette Frederiksen a déclaré que la phase la plus délicate du différend sur l'avenir du Groenland pourrait intervenir dans le futur.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré mercredi que le Groenland pouvait compter sur le soutien de l'UE. "Nous respectons les souhaits et les intérêts des Groenlandais, et ils peuvent compter sur nous", a-t-elle dit lors d'une conférence de presse à Bruxelles.
Pour sa part, Emmanuel Macron a assuré que Paris ne sous-estimait pas les déclarations relatives au Groenland.
"Si la souveraineté d'un pays européen et allié était touchée, les conséquences en cascade seraient inédites", a déclaré le président français, selon des propos rapportés par la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon. "La France suit la situation avec la plus grande attention et inscrira son action en pleine solidarité avec le Danemark et sa souveraineté."
(Nandita Bose à Washington, Jacob Gronholt-Pedersen à Nuuk, Tom Little et Stine Jacobsen à Copenhague, Terje Solsvik et Gwladys Fouche à Oslo, avec John Irish, Elizabeth Pineau et Jean-Stéphane Brosse à Paris, Jan Strupczweski à Bruxelles; version française Benjamin Mallet et Jean Terzian, édité par Augustin Turpin et Kate Entringer)

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