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Au procès de Mahdieh Esfandiari, le pouvoir iranien en toile de fond
information fournie par AFP 14/01/2026 à 20:48

L'Iranienne Mahdieh Esfandiari, le 13 janvier 2026 au tribunal judiciaire de Paris ( AFP / STEPHANE DE SAKUTIN )

L'Iranienne Mahdieh Esfandiari, le 13 janvier 2026 au tribunal judiciaire de Paris ( AFP / STEPHANE DE SAKUTIN )

L'ombre du pouvoir iranien plane au-dessus du procès à Paris de cinq personnes, dont l'Iranienne Mahdieh Esfandiari, jugées depuis mardi pour avoir fait sur les réseaux sociaux l'apologie des massacres commis par le Hamas le 7 octobre 2023 en Israël.

Cette affaire, qui intervient en plein mouvement de protestation durement réprimé en Iran, est suivie de près car Téhéran a émis le souhait d'échanger, une fois la procédure judiciaire terminée, Mahdieh Esfandiari contre les Français Cécile Kohler et Jacques Paris, incarcérés en Iran en mai 2022 avant d'être condamnés respectivement à 20 et 17 ans de prison, notamment pour espionnage au profit d'Israël, puis libérés début novembre 2025 avec interdiction de quitter le pays.

L'Iranienne comparaît pour apologie d'un acte de terrorisme commis en ligne, provocation directe en ligne à un acte de terrorisme, injure publique en ligne en raison de l'origine, ethnie, nation, race ou religion et association de malfaiteurs.

La justice française la soupçonne d'avoir alimenté en publications les comptes de l'organisation Axe de la Résistance sur les réseaux sociaux. En particulier, le compte Telegram de cette organisation a fait l'apologie de l'attaque sanglante menée par le mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre 2023 en Israël, incitant à des actes de terrorisme et injuriant la communauté juive, ce qui a mené le ministère de l'Intérieur à faire un signalement à la justice.

L'essayiste d'extrême droite Alain Soral, le 27 septembre 2023 à Lausanne, en Suisse ( AFP / FABRICE COFFRINI )

L'essayiste d'extrême droite Alain Soral, le 27 septembre 2023 à Lausanne, en Suisse ( AFP / FABRICE COFFRINI )

A ses côtés sont jugés quatre autres hommes, dont l'essayiste d'extrême droite multicondamné Alain Soral, absent au procès et visé par un mandat d'amener, et Maurizio Busson, un homme de 42 ans considéré comme le principal organisateur d'Axe de la Résistance.

A la barre mercredi, ce dernier raconte son parcours. Principalement élevé par sa mère, il grandit à Lyon, obtient son bac puis une maîtrise de langue et littérature arabe. Vers l'âge de 25 ans, il se convertit à l'islam.

Il part en Syrie pour continuer d'étudier l'arabe de 2009 à 2011, quitte le pays au début de la guerre civile, puis se rend en Iran en 2013, où il commence à apprendre le persan à l'Université al-Mustafa de Qom.

- "Agents étrangers" -

"Cette université a été créée lors de la révolution iranienne pour former des étrangers, avec pour objectif de diffuser le chiisme à l'international" et a "des liens avec le Corps des Gardiens de la révolution", observe la présidente du tribunal en lisant une pièce du dossier d'instruction.

Dans son ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel, le magistrat instructeur indique que "plusieurs branches européennes de cette université, dont la branche berlinoise notamment, avaient été soupçonnées d'aider les forces iraniennes à recruter des agents étrangers pour des activités de renseignement et d'espionnage".

"Beaucoup d'informations sont vraies", notamment sur la formation des étrangers, acquiesce Maurizio Busson, barbe fournie, vêtu d'un col roulé noir et d'un jean. Mais "le lien avec le Corps des Gardiens de la révolution, ça j'en sais rien", ajoute-t-il.

Il ne reste finalement qu'un an en Iran et rentre en France. "Ca ne m'a pas trop plu", explique-t-il.

Il dit avoir lancé "vers 2014" le projet Axe de la Résistance. "On était dans le contexte de la guerre en Syrie, à l'époque l'objet principal était de dénoncer le terrorisme +takfiri+", développe-t-il. Le terme "takfiri" est utilisé par les autorités iraniennes pour désigner les jihadistes sunnites.

Et ce n'est qu'en 2020 qu'il rencontre Mahdieh Esfandiari, arrivée en France deux ans auparavant, affirme-t-il.

L'Iranienne Mahdieh Esfandiari (C) et ses avocats, Mes Antoine Pastor (G) et Nabil Boudi (D), le 13 janvier 2026 au tribunal judiciaire de Paris ( AFP / STEPHANE DE SAKUTIN )

L'Iranienne Mahdieh Esfandiari (C) et ses avocats, Mes Antoine Pastor (G) et Nabil Boudi (D), le 13 janvier 2026 au tribunal judiciaire de Paris ( AFP / STEPHANE DE SAKUTIN )

Mardi, cette femme de 39 ans, qui parle le français à la perfection, avait affirmé son admiration pour les Gardiens de la Révolution, Ali Khamenei et le général Qassem Soleimani, tué dans une frappe américaine en 2020, et raconté avoir traduit en français des ouvrages publiés par une maison d'édition rattachée au pouvoir iranien.

Elle avait reconnu avoir participé à Axe de la Résistance mais contesté être l'autrice des publications poursuivies. Un de ses pseudonymes était Sayna.

Parmi les échanges entre Sayna et Axe de la Résistance, les enquêteurs ont détecté des "envois d'information émanant de l'agence de presse iranienne", remarque mercredi la présidente du tribunal.

Fin du procès vendredi.

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