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Crise bancaire au Paraguay: l'opposition veut destituer le président
information fournie par AFP 04/11/2026 à 23:25

Des personnes font la queue devant une agence bancaire, espérant pouvoir retirer leurs économies au lendemain de la mise sous tutelle de la banque Ueno par la Banque centrale du Paraguay, à Asuncion, le 4 novembre 2026 ( AFP / DANIEL DUARTE )

Des personnes font la queue devant une agence bancaire, espérant pouvoir retirer leurs économies au lendemain de la mise sous tutelle de la banque Ueno par la Banque centrale du Paraguay, à Asuncion, le 4 novembre 2026 ( AFP / DANIEL DUARTE )

La crise bancaire au Paraguay, après la mise sous tutelle d'une importante banque liée par le passé au président Santiago Peña, a pris mercredi une tournure politique, avec le dépôt au Parlement d'une demande de destitution du chef de l'Etat, à l'issue toutefois incertaine.

Des députés de divers courants d'opposition ont présenté au Parlement une demande de procédure de destitution, accusant le président, entre autres, de "mauvais exercice de ses fonctions" et de "conflit d'intérêts".

Mauricio Espinola, député dissident du parti conservateur au pouvoir, a indiqué à l'AFP que la demande avait recueilli les 35 signatures requises de parlementaires, et été remise au président de la Chambre des députés. Une session extraordinaire doit l'examiner jeudi matin.

Pour formellement lancer une procédure de destitution, la demande doit être adoptée par 53 des 80 députés. Le cas échéant, il revient ensuite au Sénat de se prononcer sur l'accusation, et la destitution proprement dite. Elle requerrait le vote de 30 des 45 sénateurs.

Le parti Colorado (conservateur) du président Peña, au pouvoir depuis 2023, détient la majorité dans les deux chambres, mais a récemment connu des dissensions internes.

La crise a éclaté mardi avec la prise de contrôle par la Banque centrale du Paraguay (BCP) d'une importante entité financière du pays, Ueno Bank, qui revendique 2,94 millions de clients, privant des millions d'épargnants d'accès immédiat à leur dépôt.

La BCP expliquait être intervenue après avoir observé que le ratio de solvabilité de Ueno était passé sous le seuil de 50% requis.

Loi expresse de versements

Quelques heures plus tard, le président de la BCP, Carlos Carvallo, qui avait par le passé dirigé cette même Ueno Bank avant de prendre la tête de la Banque centrale en 2023, a annoncé sa démission, réclamée par le président Peña.

Au fil de la journée mardi, des files d'attente se sont formées à Asuncion devant des agences d'Ueno Bank, de petits épargnants en colère tentant de retirer leur argent. Puis des manifestants se sont réunis dans le centre de la capitale, avec des pancartes réclamant une "procédure de destitution de Santi Peña".

Le président paraguayen Santiago Peña en visite à Caracas, le 19 septembre 2026 ( AFP / Federico PARRA )

Le président paraguayen Santiago Peña en visite à Caracas, le 19 septembre 2026 ( AFP / Federico PARRA )

Le chef de l'Etat de 47 ans, un ancien ministre des Finances, a été par le passé lié à Ueno: jusqu'en 2025, il a détenu des actions, acquises avant sa présidence, dans une holding qui contrôlait cette banque. D'où les accusations de l'opposition.

Dans une vidéo publiée sur X mercredi, le président Peña a voulu adresser un "message de sérénité" aux Paraguayens. "Le système financier est solide. Il dispose d'institutions et de mécanismes de protection", a-t-il assuré.

La Banque centrale a de son côté démenti des rumeurs d'interventions de sa part dans le système financier. Dans un communiqué, elle "réaffirme que le système financier national maintient des niveaux adéquats de solvabilité et de liquidité".

En l'espace de 24 heures, le Parlement a adopté une loi expresse, promue par Santiago Peña et promulguée dans la foulée, qui prévoit de premiers versements d'avances, "dès les prochaines 24 heures", à des épargnants lésés par la crise Ueno.

Ces avances pourront atteindre jusqu'à l'équivalent de "40 salaires mensuels mininum", selon la loi publiée par le chef de l'Etat sur X. Soit 121 millions de guaranis (près de 20.000 dollars).

La demande de destitution de l'opposition vise aussi le vice-président Pedro Alliana, que Santiago Peña avait adoubé pour lui succéder lors de la présidentielle prévue en 2028.

La crise d'Ueno "n'est pas un accident", a accusé mercredi le député Espinola. "C'est un échec du gouvernement du président Santiago Peña et de la direction de la Banque centrale. Les signaux étaient visibles depuis 2024, une banque qui croissait à une vitesse qu'aucune banque saine ne connaît", a-t-il estimé.

Un sénateur d'opposition, Ever Villalba, sondé sur le probabilité d'une destitution, a dit sur la chaîne ABC-TV sentir "une perception favorable" en ce sens, mais estimé, à propos du Parti Colorado historiquement hégémonique au Paraguay, que "ces gens disposent de nombreux leviers économiques, d'offres qui vont et viennent".

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