(Actualisé avec déclarations de Christine Lagarde)
La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé jeudi que sa présidente Christine Lagarde quitterait ses fonctions le 7 février prochain, un départ anticipé qui marque le début de la campagne pour sa succession dans un contexte de risques inflationnistes et resserrement des conditions de crédit dans le bloc.
"La raison pour laquelle j'anticipe la fin de mon mandat ... est que je souhaite disposer de la liberté d'expression et de la liberté de m'engager", a dit jeudi la cheffe de la BCE lors d'une conférence de presse destinée à expliquer la décision de Francfort de laisser les taux inchangés après deux relèvements en juin et en septembre.
Christine Lagarde, 70 ans, a ajouté que son départ anticipé devrait lui permettre de s'exprimer librement sur des sujets qui ne relèvent pas du domaine de la politique monétaire, alors qu'approche l'élection présidentielle en France. La fin officielle de son mandat à la BCE n'était prévue qu'en octobre 2027.
"Jusqu'au 7 février, je reste aux commandes, je reste concentrée et je vais travailler sans réserve et sans excuse", a-t-elle affirmé devant les journalistes.
Le départ de Christine Lagarde en février permettra notamment au président français Emmanuel Macron et aux autres dirigeants européens de pourvoir l'un des postes les plus influents du continent avant la présidentielle française du printemps 2027 qui, selon les sondages, pourrait être remportée par le Rassemblement national (RN).
Dans un message publié jeudi sur X, le locataire de l'Élysée a demandé que la transition à la tête de la BCE soit préparée de manière "ordonnée et équilibrée".
Mi-octobre, quatre sources proches du Forum économique mondial (WEF) avaient dit à Reuters que Christine Lagarde pourrait être nommée dès novembre à la tête de cette entité, qui organise chaque année la réunion de Davos, en Suisse, au mois de janvier.
DEUX FAVORIS POUR LA BCE
"Je quitte cette institution avec le sentiment d’avoir accompli un travail de qualité et de laisser une BCE prête à affronter l’avenir", a déclaré Christine Lagarde dans une courte vidéo publiée plus tôt jeudi sur les réseaux sociaux.
Le rendement des obligations souveraines françaises à dix ans a atteint la semaine dernière un nouveau sommet de 24 ans, les inquiétudes quant à la capacité du pays à redresser ses finances publiques maintenant les investisseurs dans l'expectative.
Le ministre allemand des Finances, Lars Klingbeil, déclare dans un communiqué, que "l'Allemagne usera de son influence en tant que premier pays de la zone euro pour veiller à ce que la nouvelle direction de la BCE bénéficie d'un large soutien et agisse de manière responsable".
Antonio Costa a dit de son côté sur le réseau social X que le processus de remplacement de Christine Lagarde serait lancé dès ce jeudi et qu'il se déroulerait sans délai.
Les anciens gouverneurs des banques centrales des Pays-Bas et d’Espagne, Klaas Knot et Pablo Hernandez de Cos, sont largement considérés comme les favoris pour succéder à Christine Lagarde.
Le marché n'a pratiquement pas réagi à l'annonce, qui intervient après des mois de spéculations.
"Nous ne pensons pas que ce changement à la tête de la BCE modifie les perspectives de taux à court terme, mais les marchés suivront de près la succession, car la pression sur la dette publique française persiste et les différents candidats ont des positions divergentes sur les outils de politique monétaire non conventionnels, tels que l'instrument de protection de la transmission", souligne Felix Feather, économiste chez Aberdeen Investments.
(Francesco Canepa et Balazs Korany, version française Benoit Van Overstraeten, Coralie Lamarque et Diana Mandia, édité par Augustin Turpin)

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