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Brésil: 400 arrestations après l'invasion de lieux du pouvoir par des pro-Bolsonaro
information fournie par Reuters 09/01/2023 à 11:32

Un partisan de l'ancien président brésilien d'extrême droite Jair Bolsonaro

Un partisan de l'ancien président brésilien d'extrême droite Jair Bolsonaro

par Adriano Machado

BRASILIA (Reuters) - Des milliers de partisans de l'ancien président brésilien d'extrême droite Jair Bolsonaro ont envahi pendant plusieurs heures dimanche la Cour suprême, le bâtiment du Congrès et le palais présidentiel à Brasilia, donnant lieu à des scènes de chaos rappelant les incidents survenus à Washington en 2021.

Une semaine à peine après son retour formel au pouvoir à la suite de sa victoire face à Jair Bolsonaro lors de l'élection présidentielle d'octobre dernier, Luiz Inacio Lula da Silva a ordonné une intervention des forces de sécurité fédérales jusqu'au 31 janvier à Brasilia, où la police a dans un premier temps été dépassée par les émeutiers.

Le dirigeant de gauche a imputé ces incidents à son prédécesseur, lequel avait mené, en amont du scrutin présidentiel, une campagne d'accusations sans fondement contre une potentielle fraude électorale.

Parmi les alliés de Lula, on s'interrogeait sur les raisons pour lesquelles les forces de sécurité de la capitale manquaient de préparation et ont été facilement dépassées par les contestataires, alors même que ceux-ci appelaient depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux à la tenue de manifestations ce week-end.

"Ces vandales, que l'on pourrait appeler des nazis fanatiques, des staliniens fanatiques (...) des fascistes fanatiques, ont fait ce qui n'a jamais été fait dans l'histoire de ce pays", a déclaré Lula.

"Tous ces gens qui ont fait ça seront retrouvés et ils seront punis", a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse dans l'Etat de Sao Paulo, où il était en déplacement.

"GÉNOCIDAIRE"

Ces scènes de chaos, qui rappellent l'attaque du Capitole américain à Washington le 6 janvier 2021 par des partisans de l'ex-président américain Donald Trump, modèle politique de Jair Bolsonaro, sont survenues après plus de deux mois de tensions consécutives à l'élection présidentielle.

En ne reconnaissant toujours pas sa défaite, Jair Bolsonaro a alimenté le sentiment de fraude électorale dans les rangs de ses partisans.

"Ce génocidaire (...) encourage cela via les réseaux sociaux depuis Miami", a déclaré Lula en référence à Jair Bolsonaro, parti en Floride deux jours avant la cérémonie d'investiture de son successeur, à laquelle il n'a pas assisté. "Tout le monde sait qu'il y a plusieurs discours de l'ex-président encourageant cela."

Jair Bolsonaro est resté silencieux sur les incidents de Brasilia pendant près de six heures, avant de "répudier" via Twitter les accusations de Lula à son encontre.

L'ancien président, qui s'est rarement exprimé en public depuis sa courte défaite lors du scrutin du 30 octobre, a aussi déclaré que les manifestations pacifiques faisaient partie de la démocratie, mais qu'envahir et endommager des bâtiments publics revenait à "franchir la ligne".

Des milliers de manifestants - 3.000 selon les médias locaux - vêtus de vert et de jaune ont fait irruption dans les bâtiments officiels, où ils ont cassé des fenêtres et du mobilier.

Vers 18h30 locales, soit environ trois heures après le début des incidents, les forces de sécurité ont réussi à reprendre le contrôle des trois bâtiments. Des images télévisées ont montré des dizaines d'émeutiers en état d'arrestation, menottes aux poignets.

Le gouverneur de Brasilia, Ibaneis Rocha, allié de longue date de Jair Bolsonaro et vivement critiqué pour les failles sécuritaires de dimanche, a indiqué sur Twitter que plus de 400 personnes ont été arrêtées et que d'autres étaient en cours d'identification par les autorités.

Le chef de la sécurité du District Fédéral et ancien ministre de la justice et de la Sécurité publique du Brésil, Anderson Torres, a été démis de ses fonctions et le bureau du procureur général a dit avoir demandé son arrestation.

INCIDENTS CONDAMNÉS DANS LE MONDE ENTIER

Des messages pour condamner les incidents et soutenir le président Lula ont afflué d'Amérique latine et du monde entier.

Le président américain Joe Biden a qualifié de "scandaleuse" l'attaque des lieux de pouvoir brésiliens, dénoncée comme une "attaque contre la démocratie et une transition pacifique du pouvoir".

Le chef de la Maison blanche a ajouté que les institutions démocratiques du Brésil avaient le plein soutien des Etats-Unis.

"Soutien total au président Lula da Silva, démocratiquement élu par des millions de Brésiliens à l'issue d'élections équitables et libres", a écrit sur Twitter le président du Conseil européen, Charles Michel.

Emmanuel Macron s'est aussi exprimé via le réseau social. "La volonté du peuple brésilien et les institutions démocratiques doivent être respectées ! Le Président Lula peut compter sur le soutien indéfectible de la France", a dit le président français.

Au Mexique, le président Andres Manuel Lopez Obrador a exprimé son plein soutien à l'administration brésilienne. "Le fascisme a décidé d'organiser un coup d'Etat" au Brésil, a écrit pour sa part sur Twitter le président colombien Gustavo Petro, qui a demandé une réunion urgente de l'Organisation des Etats américains (OEA).

Le président chilien Gabriel Boric a dénoncé une "attaque lâche et vile contre la démocratie". Son homologue argentin Alberto Fernandez a fait part de son soutien au président Lula "face à cette tentative de coup d'Etat."

Cette invasion des lieux du pouvoir représente un défi immédiat pour Lula, qui a promis d'unir un pays polarisé par le populisme nationaliste de Jair Bolsonaro.

Des analystes ont dit craindre que la situation provoque davantage de volatilité sur les marchés financiers brésiliens, en net recul ces dernières semaines sur fond d'interrogations sur la manière dont Lula va concilier promesses de vastes dépenses et finances publiques limitées.

(Reportage Adriano Machado, Anthony Boadle, Lisandra Paraguassu, Ricardo Brito, Peter Frontini, Gabriel Araujo; version française Elizabeth Pineau, édité par Jean Terzian)

3 commentaires

  • 09 janvier 13:26

    Aussi c que trump.


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