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Art ou médecine? Au Japon, le tatouage cosmétique cherche sa voie
information fournie par AFP 12/08/2026 à 12:18
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Remy, tatoueur professionnel, réalise une intervention de micropigmentation du cuir chevelu sur un client, dans son studio de Ginowan, à Okinawa au Japon, le 19 mai 2026 ( AFP / Yuichi YAMAZAKI )

Remy, tatoueur professionnel, réalise une intervention de micropigmentation du cuir chevelu sur un client, dans son studio de Ginowan, à Okinawa au Japon, le 19 mai 2026 ( AFP / Yuichi YAMAZAKI )

Méticuleusement, Remy, un tatoueur professionnel, injecte de minuscules points de pigment dans le crâne dégarni de ses clients afin d'imiter des cheveux, une pratique cosmétique de plus en plus dans le viseur des autorités sanitaires japonaises.

Le Japon va en effet à contre-courant d'une tendance mondiale en considérant le "maquillage permanent" comme relevant du domaine des professionnels de santé et multipliant les menaces de poursuites pénales contre ceux qui exercent, à l'image de cet habitant d'Okinawa âgé de 44 ans.

Les acteurs du secteur assurent que leur activité, qu'il s'agisse de recréer l'illusion d'une chevelure, de redessiner des sourcils ou de teinter les lèvres, également dans le collimateur des autorités, est avant tout une démarche artistique pour tatoueurs et coiffeurs.

Mais dans un pays où les tatouages ont longtemps été associés aux gangsters, les yakuzas, les protocoles de sécurité et d'hygiène de ces spécialistes du tatouage cosmétique ne suffisent pas à dissiper le scepticisme.

Remy, tatoueur professionnel, réalise une intervention de micropigmentation du cuir chevelu sur un client, dans son studio de Ginowan, à Okinawa au Japon, le 19 mai 2026 ( AFP / Yuichi YAMAZAKI )

Remy, tatoueur professionnel, réalise une intervention de micropigmentation du cuir chevelu sur un client, dans son studio de Ginowan, à Okinawa au Japon, le 19 mai 2026 ( AFP / Yuichi YAMAZAKI )

"C'est un mystère total pour moi qu'ils continuent d'affirmer que cela constitue un acte médical", explique Remy, son nom professionnel.

Cette procédure, connue sous le nom de micropigmentation du cuir chevelu (SMP), est "à peine invasive" et "tellement indolore que les clients s'endorment parfois", tout en exigeant un réel talent esthétique, fait valoir Remy.

Et cela va au-delà de l'esthétisme: une soudaine poussée d'alopécie, le terme médical désignant la calvitie, avait autrefois plongé Koki Hatanaka, 28 ans, dans le désespoir.

"Je ne voulais même plus sortir", confie à l'AFP ce client, dont le crâne donne désormais l'impression d'une coupe très courte rasée.

"Si je n'avais pas fait cela, je n'aurais jamais eu le courage d'engager la conversation avec des inconnus", reconnaît-il.

Le risque des aiguilles

Un tatoueur spécialisé dans le tatouage du cuir chevelu lors d'un concours à Naha, dans la préfecture d'Okinawa, au Japon, le 8 juillet 2026 ( AFP / Philip FONG )

Un tatoueur spécialisé dans le tatouage du cuir chevelu lors d'un concours à Naha, dans la préfecture d'Okinawa, au Japon, le 8 juillet 2026 ( AFP / Philip FONG )

Au Japon, un arrêt de 2020 de la Cour suprême considère que le tatouage décoratif traditionnel ne constitue pas un acte médical.

Mais il exclut la SMP, qui "implique historiquement les médecins", explique à l'AFP une responsable du ministère de la Santé.

L'utilisation d'aiguilles en fait une "pratique suffisamment risquée pour pouvoir nuire au corps si elle est réalisée sans expertise médicale", ajoute-t-elle.

Les sanctions peuvent aller jusqu'à "l'arrestation", explique à l'AFP Akihiro Saotome, spécialiste du droit de la santé, ce qui a "un effet dissuasif important".

Dans la réalité pourtant, de nombreux tatoueurs cosmétiques sans qualification médicale continuent d'exercer ouvertement, et une convention a même été organisée en juillet à Okinawa.

Des dizaines de spécialistes de la beauté, venus notamment de Corée du Sud, du Vietnam et de Suède, y ont tatoué des cuirs chevelus, des sourcils et des lèvres.

Un tatoueur spécialisé dans le tatouage du cuir chevelu lors d'un concours à Naha, dans la préfecture d'Okinawa, au Japon, le 8 juillet 2026 ( AFP / Philip FONG )

Un tatoueur spécialisé dans le tatouage du cuir chevelu lors d'un concours à Naha, dans la préfecture d'Okinawa, au Japon, le 8 juillet 2026 ( AFP / Philip FONG )

"Je ne fais rien dont je devrais avoir honte", déclare à l'AFP Tatsuki Miyahira, tatoueur à Okinawa qui propose également la SMP dans son studio sans autorisation médicale.

Des clients inquiets

Après une loi de 2025 dépénalisant la pratique en Corée du Sud, le Japon se retrouve le seul pays où le "maquillage permanent" pratiqué par des non-professionnels de santé est passible de sanctions.

"Pourquoi n'y a-t-il qu'au Japon ?", s'interroge Michiko Shinmasu, 50 ans, coiffeuse qui exerce aussi comme tatoueuse de sourcils.

L'absence de reconnaissance légale "donne à mes clients l'impression de faire quelque chose de mal", regrette-t-elle.

Certains estiment que la relation complexe du Japon avec les tatouages, autrefois gravés sur les criminels et adoptés par les membres de la mafia, alimente la méfiance envers cette pratique.

Remy, tatoueur professionnel, pose dans son studio à Ginowan, dans la préfecture d'Okinawa au Japon, le 19 mai 2026  ( AFP / Yuichi YAMAZAKI )

Remy, tatoueur professionnel, pose dans son studio à Ginowan, dans la préfecture d'Okinawa au Japon, le 19 mai 2026 ( AFP / Yuichi YAMAZAKI )

Aujourd'hui encore, les tatouages sont souvent interdits dans les lieux publics comme les sources thermales.

"Cette image négative déborde aujourd'hui et influence la façon dont la SMP est perçue", affirme à l'AFP Yasuaki Sameshima, 41 ans, entrepreneur dans le secteur de la SMP.

Tout en rejetant le contrôle médical de sa profession, Remy milite plutôt pour l'instauration d'une licence et d'une formation obligatoire.

"Chaque pays possède une forme d'autorisation spécifique pour pratiquer le tatouage, mais le Japon n'en a pas créé", souligne Remy.

"Je pense que c'est la meilleure façon de protéger les clients et de s'assurer que les tatouages sont réalisés dans de bonnes conditions d'hygiène."

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