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Après le suicide d'une institutrice dans le Cantal, l'Education nationale admet une "défaillance"
information fournie par AFP 06/02/2026 à 13:21

Des manifestants rassemblés devant le ministère de l'Education nationale à Paris le 5 septembre 2025, quelques jours après le suicide de Caroline Grandjean, directrice d'école dans le Cantal ( AFP / JULIEN DE ROSA )

Des manifestants rassemblés devant le ministère de l'Education nationale à Paris le 5 septembre 2025, quelques jours après le suicide de Caroline Grandjean, directrice d'école dans le Cantal ( AFP / JULIEN DE ROSA )

L'Education nationale a admis une "défaillance institutionnelle" après le suicide dans le Cantal d'une directrice d'école harcelée pour son homosexualité, mais sa veuve a regretté vendredi que les responsables ne soient pas "reconnus".

L'enquête administrative diligentée après le suicide de Caroline Grandjean le 1er septembre dernier, jour de la rentrée, a conclu à une "défaillance institutionnelle dans le soutien" qui lui a été apporté, a indiqué vendredi le ministère de l'Education.

"Ce constat repose en partie sur le sentiment éprouvé par l'enseignante que l'institution n'a pas toujours fait bloc avec elle face aux conflits avec certains parents", souligne-t-il. Il rapporte que l'enquête a pointé "des décisions administratives vécues comme des injustices, par exemple s'agissant du refus d'attribuer une bonification de points liée à son handicap (RQTH) pour sa mobilité".

Selon lui, "bien que cette bonification n'était pas mathématiquement nécessaire pour obtenir sa mutation, ce refus, fondé sur une lecture stricte des règlements, a privé Mme Grandjean d'une forme de reconnaissance et de soutien institutionnel dont elle avait besoin".

"C'est un sentiment de satisfaction que l'Education nationale reconnaisse une défaillance mais derrière, il y a des responsables et ils ne sont pas reconnus dans le rapport", a réagi auprès de l'AFP Christine Grandjean-Paccoud, veuve de l'enseignante.

"Je suis en colère que cette enquête ne soit pas intervenue plus tôt, notamment quand les syndicats ont fait un signalement à la Dasen (direction académique des services de l'éducation nationale) en stipulant qu'elle jouait avec la vie d'un agent et qu'ils n'ont eu aucune réponse. C'est grave", affirme-t-elle.

- "Humanité et discernement" -

Parallèlement à cette enquête administrative, Mme Grandjean-Paccoud a déposé plainte contre l'Education nationale pour "harcèlement", visant également le maire du village de Moussages, où est située l'école primaire dont l'enseignante était directrice.

"Bien sûr qu'il y a des responsables, mais on ne lâche rien, mon avocat fera le reste au pénal pour qu'ils soient reconnus et qu'il y ait un procès", assure la veuve de Caroline Grandjean.

"Je me bats pour Caroline, elle me donne la force de le faire", dit-elle, expliquant que l'enseignante de 42 ans n'avait "jamais été reconnue comme victime": "s'il y a une chose qu'elle détestait c'était l'injustice, je l'ai vu se détruire, elle n'était plus elle-même".

Vue générale de l'école de Moussages, dans le Cantal, le 4 septembre 2025 ( AFP / Céline CASTELLA )

Vue générale de l'école de Moussages, dans le Cantal, le 4 septembre 2025 ( AFP / Céline CASTELLA )

Le ministère annonce "renforcer la formation de ses cadres à la gestion des situations de détresse psychologique", "à la lumière de ces conclusions, et conformément aux recommandations de la mission".

"L'objectif est de garantir qu'à l'avenir nos processus RH (ressources humaines, ndlr) ne soient pas seulement réglementaires, mais traités avec toute l'humanité et le discernement requis", selon lui.

Thierry Pajot, secrétaire général du syndicat des directeurs et directrices d'école S2DE, est "satisfait, comme toute la communauté enseignante, que les trois inspecteurs généraux concluent à une faute institutionnelle de la hiérarchie de proximité". "L'Education nationale a un énorme travail de RH à mettre en place", ajoute-t-il.

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Pour Stéphanie Lavergne, co-secrétaire départemental du Snuipp-FSU dans le Cantal, les conclusions du rapport ne sont pas "surprenantes puisque ce sont des défaillances que nous avions signalées". Ce rapport, selon elle, "met la lumière sur un certain nombre de dysfonctionnements (...) qui auraient pu être évités".

Saluant la "reconnaissance d'une défaillance", Julia Torlet, présidente de Sos Homophobie, déplore toutefois l'absence de "reconnaissance du harcèlement lesbophobe". "Si on ne nomme pas les choses, on ne peut pas les combattre. S'il devait y avoir un cas similaire, on risque de se retrouver face au même problème", met-elle en garde.

Caroline Grandjean était la cible depuis septembre 2023 de harcèlement en raison de son homosexualité. Des tags "sale gouine" et "gouine = pédophile" avaient notamment été découverts sur les murs de son école.

Le jour de ses obsèques, début septembre, Christian Vert, le maire de Moussages, avait exprimé auprès l'AFP sa "consternation" tout en assurant l'avoir "soutenue" et avoir déposé lui-même plusieurs plaintes.

L'enquête ouverte après la découverte des inscriptions avait été classée sans suite en mars 2025 "en l'absence de faits nouveaux", avait indiqué le parquet. En arrêt maladie, l'enseignante s'était vue proposer un poste à quelques kilomètres de Moussages pour la rentrée scolaire mais avait été incapable de reprendre son travail.

2 commentaires

  • 13:07

    L'Education Nationale n'a que deux fois plus d'administratif par enseignant que dans les pays européens. La dissolution de la responsabilité est le problème. L'inefficacité résulte de l'excès d'administratifs inutiles et ruineux pour notre pays.


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