par Andrea Shalal, Michael Martina et Trevor Hunnicutt
A l'occasion de son déplacement en Chine cette semaine, Donald Trump pourrait demander l'aide de son homologue chinois Xi Jinping pour mettre fin au conflit entre les Etats-Unis et l'Iran, même si le président américain a publiquement affirmé n'avoir besoin du concours de personne.
Mais le locataire de la Maison blanche pourrait se voir opposer une fin non-recevoir. Les analystes estiment que Xi Jinping pourrait tenter de convaincre les dirigeants iraniens de revenir à la table des négociations, mais ils ne pensent pas que le président chinois soit prêt à mettre fin à son soutien économique à Téhéran, un allié privilégié de Pékin au Moyen-Orient.
Donald Trump dispose cependant d'outils pour faire pression sur la Chine, notamment en sanctionnant des banques chinoises importantes, mais les utiliser pourrait avoir un effet boomerang pour Washington.
Les espoirs d'une fin d'un conflit qui a provoqué une flambée des prix de l'énergie à l'échelle internationale s'envolent et le cessez-le-feu, "sous assistance respiratoire", selon Donald Trump, reste plus que fragile.
Les conseillers du président américain voient en la Chine, plus grand acheteur de pétrole iranien, un pays capable de persuader Téhéran d'accepter un accord de paix avec Washington, selon deux personnes informées de la situation. Les Etats-Unis veulent convaincre leurs homologues chinois qu'un règlement rapide de la guerre est dans leur intérêt.
La Chine pourrait tendre une oreille, tant elle est dépendante du pétrole acheminé par le détroit d'Ormuz.
Mais l'Iran reste un allié stratégique de la Chine et un contrepoids important dans la région à la puissance américaine. De plus, la situation au Moyen-Orient, bien que coûteuse pour l'économie de la seconde puissance mondiale, a l'avantage de détourner l'attention diplomatique et militaire des Etats-Unis de la région info-pacifique.
Après la reculade de Donald Trump sur les droits de douane l'an dernier, le président chinois Xi Jinping arrive à ce sommet entouré d'une confiance à son zénith, selon Henriette Levin, du Council for Strategic and International Relations, think thank basé à Washington.
OPTIONS LIMITÉES
Donald Trump, qui a vu sa popularité s'effriter à mesure que la guerre en Iran s'enlisait, a peu d'options pour forcer Pékin à agir davantage sur le dossier iranien.
Les sanctions font partie de l'éventail américain mais celles imposées jusqu'ici sur des entités chinoises ont eu un effet limité sur le commerce, selon des experts.
Pour Brett Erickson, directeur général d'Obsidian Risk Advisors, cela s'explique par le fait que Washington avait négligé d'actionner certains leviers essentiels, notamment en ne prenant pas de mesures contre les banques chinoises qui facilitaient les échanges commerciaux avec l'Iran.
Le département du Trésor n'est "tout simplement pas disposé à prendre les mesures nécessaires contre les banques chinoises".
Une source ayant connaissance des options du Trésor américain avance que les Etats-Unis ont des milliers de cibles potentielles liées au financement illégal de la Chine.
"C'est presque impossible de mettre en place des sanctions contre l'Iran sans s'en prendre à des banques chinoises", selon la source, qui ajoute que des responsables américains n'ont pas reçu pour consigne de s'en prendre aux grandes institutions financières chinoises, malgré les récentes menaces proférées à l'encontre des acheteurs de pétrole iranien.
En avril, le secrétaire au Trésor Scott Bessent a adressé des lettres d'avertissement à deux banques chinoises non identifiées pour avoir facilité des achats de pétrole iranien, et a déclaré que le Trésor était prêt à imposer des sanctions, mais aucune autre mesure n'a été prise depuis.
Scott Bessent devrait de nouveau aborder le sujet durant la visite de la délégation américaine, selon une source ayant connaissance du dossier.
RISQUE DE REPRÉSAILLES
La réticence américaine à s'attaquer au système bancaire chinois peut s'expliquer par une peur des représailles, selon les experts.
"Même des mesures américaines à l'encontre d'une petite ou moyenne banque chinoise pourraient déclencher une escalade de représailles, dans laquelle les deux parties reprendraient le chemin de la guerre économique", selon Edward Fishman, directeur du Centre de géoéconomie au Conseil des relations étrangères.
Un retour de la guerre commerciale entre les deux géants pourrait avoir des conséquences néfastes pour Donald Trump alors que l'inflation touche déjà les consommateurs américains.
"Lâcher des bombes sur un territoire stratégiquement important comme l'Iran a des conséquences importantes pour l'économie mondiale, mais l'impact de sanctions contre des banques étatiques chinoises majeures pourrait être encore plus grand", observe Jim Mullinax, ancien directeur de la politique de sanction au département d'Etat.
En réponse, la Chine pourrait jouer son atout majeur : les terres rares.
Pékin possède un quasi-monopole sur l'exploitation des terres rares et a menacé au plus fort de la guerre commerciale avec Washington de renforcer encore plus son contrôle sur l'approvisionnement en minerais indispensables pour les industries américaines.
En l'état actuel des choses, les sanctions américaines pourraient encore constituer un sujet de friction lors des négociations de cette semaine. Lundi, Pékin a dénoncé les sanctions américaines imposées vendredi à trois entreprises basées en Chine qui, selon Washington, auraient facilité les opérations militaires de l'Iran.
Au-delà des considérations économiques, la Chine a tiré les leçons de l'exemple américain et compris qu'elle devait se garder de s'impliquer trop profondément au Moyen-Orient. Pékin devrait donc résister aux demandes visant à exercer une pression décisive sur l'Iran, a déclaré l'ancien secrétaire d'État adjoint Kurt Campbell.
"Il sera difficile d'amener les Chinois à s'impliquer profondément, quelles que soient les circonstances. Ils voudront faire preuve de prudence, car ils sont tout aussi conscients que n'importe qui d'autre des dangers politiques qui les guettent."
(Reportage d'Andrea Shalal, Michael Martina et Trevor Hunnicutt; reportage complémentaire de David Brunnstrom; version française Zhifan Liu)

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