Le choc énergétique provoqué par la guerre au Moyen-Orient va "freiner" la reprise de l'économie allemande, dont l'élan va dépendre des investissements publics supplémentaires, ont averti mercredi les principaux instituts économiques allemands.
Une vue aérienne de Berlin, en avril 2025 (illustration) ( AFP / JOHN MACDOUGALL )
Selon ces instituts, le Produit Intérieur Brut (PIB) allemand va croître de 0,6% en 2026 et de 0,9% en 2027, respectivement une baisse de 0,6 et 0,5 point de pourcentage par rapport à la prévision d'automne.
"Le choc des prix de l’énergie va freiner la reprise en Allemagne, mais ne devrait pas l'interrompre complètement", a déclaré Timo Wollmershäuser, de l’institut munichois ifo, lors d'une conférence de presse.
Ils ont aussi mis en garde contre une réponse hâtive du gouvernement, comme une remise générale sur les prix des carburants: cela entraînerait "des coûts plus élevés" et "fausserait les prix", selon Geraldine Dany-Knedlik de l'institut DIW, qui privilégie une aide ciblée et liée aux revenus.
La fermeture du détroit d'Ormuz, point de passage de 20% de l'approvisionnement mondial de pétrole, et les attaques visant des infrastructures énergétiques clés dans la région sont responsables pour moitié de la baisse de la croissance en Allemagne, selon le rapport qui table sur une détente estivale du conflit.
L'impact estimé de la guerre est pour l'instant moindre que la pandémie de Covid-19 ou après l'invasion russe en Ukraine, mais un blocage prolongé du détroit "aura des conséquences bien plus importantes", a ajouté M. Wollmershäuser.
Poussée par les prix d'énergie, l'inflation devrait quant à elle grimper à 2,8% cette année et à 2,9% l'an prochain, "pesant ainsi sur le pouvoir d'achat des ménages".
Une hypothèse qui repose sur une hausse des taux par la Banque centrale européenne, de 0,75 point de pourcentage d'ici 2027, pour maîtriser l'inflation, selon le rapport.
- Milliards d'investissements -
Le choc énergétique frappe un pays où la "dynamique industrielle (est) plus faible", après le timide réveil observé en fin d'année dernière.
L'économie allemande doit faire face à plusieurs chocs qui ébranlent son modèle de prospérité, entre l'énergie plus chère, les exportations entravées par les droits de douane et la concurrence chinoise exacerbée.
Aussi, les instituts recommandent de déréglementer autant que possible pour "améliorer les conditions d’investissement et d’innovation" ainsi qu'"accroître les incitations à l'emploi".
La croissance en 2026 et surtout en 2027 recevra un "soutien essentiel" de la "politique budgétaire expansionniste", fait de centaines milliards d'euros d'investissements dans les infrastructures et la défense adoptés l'an dernier, a ajouté M. Wollmershaüser.
Le gouvernement, qui espère toujours une croissance de 1% cette année, publiera sa propre projection de croissance après la trêve pascale.
Mercredi, les instituts ont déjà dressé un sombre tableau pour l'avenir de la croissance de la première économie européenne, frappée en outre "de plein fouet" par le changement démographique.
"Nous devrons nous habituer à des taux de croissance moyens du PIB de 0%", a déclaré Timo Wollmershäuser, soulignant qu'il s'agit là d'une hypothèse "optimiste".
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