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A la frontière avec l'Azerbaïdjan, des Arméniens attendent des proches avec désespoir
information fournie par Reuters 21/09/2023 à 20:18

par Felix Light

PRÈS DE KORNIDZOR, Arménie, 21 septembre (Reuters) - F rigorifés, un petit groupe d'Arméniens patiente jeudi à la frontière avec l'Azerbaïdjan dans l'espoir d'apercevoir des proches et les accueillir au pays, après l'opération militaire menée au Haut-Karabakh, nouvel épisode violent d'un conflit de plusieurs décennies entre Erevan et Bakou.

Un homme espérait apercevoir la silhouette de son fils, un autre cherchait celle de son père. Tous tentaient de garder espoir de revoir des rescapés du Haut-Karabakh, où l'armée azerbaïdjanaise a mené en milieu de semaine une opération "antiterroriste" éclair, contraignant les séparatistes arméniens qui peuplent et contrôlent la région à rendre les armes.

Reconnu par la communauté internationale comme territoire azerbaïdjanais, le Haut-Karabakh jouissait d'une indépendance de facto depuis une guerre dans les années 1990.

Bakou a conduit à l'automne 2020 une offensive pour reprendre une partie du territoire, et l'accord de cessez-le-feu conclu mercredi laisse à penser qu'il va s'emparer du contrôle sur le Haut-Karabakh, administré jusqu'à présent en partie par des autorités arméniennes dissidentes considérant la région comme leur patrie ancestrale.

Parmi les hommes patientant devant un point de contrôle frontalier installé sur une colline, Armen Petrossian, qui vivait au Haut-Karabakh jusqu'au conflit de 2020 et s'est installé ensuite à Sissian, ville proche de la frontière.

Ce conducteur de tracteur, âgé de 47 ans, espère retrouver son fils aîné, 20 ans, dont il a refusé de donner l'identité, citant des raisons de sécurité. Il n'a pas indiqué non plus si le jeune homme a combattu au Haut-Karabakh, pour le même motif.

Un autre homme se présentant comme Haïk dit avoir déjà passé plusieurs jours à la frontière pour retrouver son père, parti au Haut-Karabakh pour son travail et contraint d'y rester depuis le blocus imposé de facto par l'Azerbaïdjan en décembre dernier.

"LE MONDE FERME LES YEUX"

Au cours des trois heures partagées avec ces hommes au point frontalier situé près du village arménien de Kornidzor, Reuters n'a assisté à aucune retrouvailles. Pas un seul civil n'a traversé la frontière en provenance d'Azerbaïdjan.

Ces hommes, pour certains vêtus de treillis et équipés de jumelles leur permettant de scruter à l'horizon un territoire contrôlé par les ethnies arméniennes jusqu'en 2020, ont passé le temps en buvant du café et en discutant avec les garde-frontières arméniens refusant de les laisser avancer davantage.

La peur prédominait, s'agissant de la situation de leurs proches.

"Le monde ferme les yeux sur un génocide. Ils détruisent toute notre histoire, notre héritage chrétien. Tout ce qui se trouve là-bas", a déploré Armen Petrossian.

Bakou rejette les accusations arméniennes selon lesquelles il mène en substance une "purge ethnique" dans le Haut-Karabakh, disant vouloir mener un processus de "réintégration" en douceur.

Mais la défiance règne entre les deux camps, héritage d'un passé sanglant entre les deux pays - des dizaines de milliers de personnes ont péri dans les différents conflits entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan ces 35 dernières années.

Parmi les sujets de discussion, jeudi, le massacre de centaines de milliers d'Arméniens par l'Empire Ottoman durant la Première Guerre mondiale, considéré par Erevan comme un génocide et reconnu comme tel par de nombreux pays, dont la France.

Vatchik, mécanicien âgé de 32 ans, est venu pour retrouver des parents de son épouse, tout en disant ne plus croire en la possibilité que l'Azerbaïdjan autorise les civils à quitter le Haut-Karabakh.

"Ils vont les torturer, les garder là-bas", redoute-t-il.

(Reportage Felix Light; version française Jean Terzian, édité par Nicolas Delame)

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