Les annonces de la BCE ne suscitent pas l'enthousiasme des investisseurs

le , mis à jour à 16:40
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Mario Draghi, président de la BCE, a pris la parole en conférence de presse jeudi 2 juin à partir de 14h30.
Mario Draghi, président de la BCE, a pris la parole en conférence de presse jeudi 2 juin à partir de 14h30.

La BCE n’a annoncé aucune modification de ses taux directeurs jeudi 2 juin 2016 à 13h45 et les déclarations de Mario Draghi en conférence de presse ont apporté peu de nouveautés du point de vue des investisseurs. Ces derniers se sont ainsi montrés légèrement déçus : les indices boursiers européens évoluaient dans le rouge en milieu d'après-midi.

Le marché a parallèlement subi en début d'après-midi la relative déception d'une absence d'accord de l'Opep sur la limitation de sa production pétrolière.

Les taux restent inchangés

Concernant les taux directeurs de la BCE, aucune modification n'a été décidée par le conseil des gouverneurs : le taux de rémunération des dépôts en zone euro reste maintenu à -0,40%, de même que le taux de refinancement, principal taux directeur de la BCE, reste quant à lui inchangé à 0%

Les marchés ont très peu réagi à cette annonce largement anticipée. Le CAC40, en hausse de 0,05% juste avant 13h45, est passé en baisse de -0,05% juste après, soit une volatilité de seulement 0,1%. Les indices boursiers européens ont amplifié leur décrochage peu après 14h00, le CAC40 perdant ainsi 0,33% à 14h15.

Les investisseurs ont commencé à écouter Mario Draghi à partir de 14h28, la conférence de presse du président de la BCE ayant commencé avec un peu d'avance.

La BCE attend une remontée de l'inflation grâce aux prix du pétrole

« Selon nous, les taux devraient rester à leur niveau actuel ou à des niveaux plus bas pour une période de temps prolongée (…). Nous pouvons attendre une relance au-delà des mesures déjà appliquées » a surtout déclaré le président de la BCE dès l'introduction de sa conférence de presse, permettant au CAC40 de remonter de -0,33% à -0.20% en quelques secondes. La BCE a ainsi cherché à montrer au marché qu'elle avait encore la capacité d'en "faire toujours plus" sur le plan monétaire si le besoin venait à s'en faire sentir.

Sans surprise, « Nous confirmons que les rachats d’actifs devraient être maintenus jusqu’en mars 2017 ou au-delà » a-t-il ajouté au sujet du déroulement du plan de "quantitative easing" lancé en mars 2015. Le rachat d’obligations du secteur privé dans le cadre de ce "quantitative easing" débutera le 8 juin. Le plan de « TLTRO 2 » annoncé en mars dernier débutera pour sa part le 22 juin.

Du côté de l'inflation, qui est ressortie en zone euro à -0,1% sur 12 mois en avril 2016, le président de la BCE a déclaré que « Les taux d’inflation sont susceptibles de rester très faibles voire négatifs dans les mois à venir, avant de remonter au 2nd semestre 2016 par effet de base suite à la récente hausse des prix de l’énergie ».

Pour le président de la BCE, la dynamique économique européenne reste pénalisée par « la croissance morose des émergents » et le « rythme de mise en œuvre peu dynamique des réformes structurelles » en zone euro. Mario Draghi a insisté sur ce second point en précisant que « Les réformes structurelles sont essentielles et nécessaires dans tous les pays de la zone euro [pour] augmenter le niveau d’activité économique (…) et stimuler la création d’emplois ». Le président de la BCE a ainsi terminé son discours officiel sur l'idée que « Les pays doivent mettre en place des politiques budgétaires propices à la croissance ».

Brexit : « Nous sommes prêts à faire face à toute éventualité »

Lors de la séance de questions-réponses avec les journalistes présents sur place, le président de la BCE a déclaré au sujet de l'éventualité d'un vote britannique en faveur du "Brexit" le 23 juin prochain : « Le Royaume-Uni dans l’Union européenne est une question d'intérêt mutuel. L’Union européenne ne peut que bénéficier du maintien du Royaume-Uni en son sein, et inversement. Mais cela étant, nous sommes prêts à faire face à toute éventualité ».

Au sujet des effets négatifs induits par la faiblesse des taux d'intérêts en zone euro, le président de la BCE a déclaré : « Les taux faibles sont le symptôme d’une économie atone, avec un excès d’épargne par rapport à l’investissement. Les taux zéro ou négatifs sont adéquats pour pouvoir assurer la reprise et renforcer la croissance. Quand cela aura eu lieu, on verra une remontée des taux. J’ajouterai que la BCE a un mandat à respecter, incluant le fait de conserver un taux d’inflation inférieur à mais proche de 2%, et dans ce cadre elle doit utiliser tous les outils qui sont à sa disposition ».

La BCE a annoncé le mois dernier l’arrêt de la mise en circulation de nouveaux billets de 500 euros en zone euro, ce qui a beaucoup fait réagir la presse allemande. Le président de la BCE a naturellement été interrogé sur les raisons de cette décision. « Notre décision sur le billet de 500 euros n’a aucun rapport avec le débat médiatique sur une hypothétique suppression des espèces en zone euro. Je tiens à dire clairement que nous allons a contrario augmenter les impressions de billets de 200 euros » a déclaré le président de la BCE.

Les investisseurs restent sceptiques

Malgré ces annonces, les investisseurs ont vu le verre à moitié vide, les indices boursiers européens ne parvenant pas à repasser dans le vert au cours du discours de Mario Draghi. A 15h25, le CAC40 avait accentué ses pertes et s'affichait en baisse de -0,5%.

« La statu quo de la BCE est compréhensible, la banque centrale ayant probablement atteint un plancher concernant ses taux. Le positionnement de la BCE s’est révélé un peu moins accommodant au cours des deux dernières réunions monétaires » commente pour sa part la société de gestion Quilvest AM.

« Il y a une corrélation entre la normalisation souhaitée par la Fed et le discours de la BCE, qui n’est plus aussi offensif qu’en début d’année » développe Lieven Jacobs, directeur de la gestion chez Quilvest AM.

« En fait, la BCE, toujours attentive à la compétitivité de sa devise, compte sur le raffermissement naturel du dollar qui est encouragé par la normalisation de la politique monétaire américaine. Ce mouvement dispense la BCE de baisses supplémentaires sur ses taux, déjà extraordinairement accommodants. Elle n’ira pas plus loin » estime-t-il.

Gero Jung, chef économiste de Mirabaud AM et Valentin Bissat, économiste et stratégiste chez Mirabaud AM, affirment pour leur part : « La BCE ne changera pas sa politique monétaire avant que les effets du programme d'achats de dette d'entreprise aient pu être évalués. Une prolongation du programme au-delà de mars 2017 est cependant probable et devrait être annoncée dès septembre ».

Xavier Bargue (redaction@boursorama.fr)

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  • mlaure13 le vendredi 3 juin 2016 à 09:55

    Quel enthousiasme peut-il y avoir, dans un monde en déclin, et civilisations qui se meurent...???...:-(((

  • c.voyant le vendredi 3 juin 2016 à 09:37

    Game over!

  • M2286010 le jeudi 2 juin 2016 à 19:06

    L'article nous dit: "...déception du marché suite à l'absence d'accord des pays de l'O.P.E.P....". Le marché est donc déçu du fait que le prix du brut reste relativement bas. Pour faire plaisir au "marché", demandons donc aux producteurs de payer le baril plus cher...Le marché sera content !!!

  • ssanguin le jeudi 2 juin 2016 à 17:34

    Quel est l'impact économique de la politique de la BCE ?

  • CBARDAMU le jeudi 2 juin 2016 à 17:33

    ...faisan....

  • ternisie le jeudi 2 juin 2016 à 16:59

    On s'enfonce...d'autre non. Un commissaire gagne environ 20 000 € . Le président de la Commission, M. José Manuel Barroso, émarge quant à lui à 300 000 € annuels (soit 25 000 € mensuels en moyenne). Au salaire du Président de la Commission il faut ajouter une indemnité annuelle de 90 000 euros, qu’il touche pendant trois ans après la fin de son mandat.

  • tchazard le jeudi 2 juin 2016 à 15:45

    ils mettent 1000 milliards , les usa 7000 , japon 5000 , la petite suisse illimité , resultat l 'euro reste fort au dessus du $ et importe la deflation ( moins cher les matieres premieres et produits zone dollar ) continuation du desastre permanant . il y en a qui aiment ....

  • remimar3 le jeudi 2 juin 2016 à 15:24

    En résumé les opérations de rachats d'actifs ne donnent rien puisqu'il avoue que c'est la hausse des prix de l'énergie qui fera remonter l'inflation. Le reste c'était du genre : le feu ça brûle et l'eau ça mouille. Pas de quoi fouetter un chat.

  • jmlhomme le jeudi 2 juin 2016 à 14:58

    « Les pays doivent mettre en place des politiques budgétaires propices à la croissance ».. C'est à dire quoi ? Créer des déficits complementaires...... réduire les déficits donc les charges .....?