Le pétrole et les marchés fébriles dans l'attente du sommet de dimanche à Doha

le , mis à jour à 17:27
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Les marchés européens évoluaient en légère baisse vendredi, tirés par les prix du pétrole, fébriles à l'approche de la réunion de dimanche.
Les marchés européens évoluaient en légère baisse vendredi, tirés par les prix du pétrole, fébriles à l'approche de la réunion de dimanche.

Le pétrole s’affichait en baisse significative vendredi 15 avril à l’approche de la réunion entre les pays membres et non-membres de l'Opep qui se tiendra dimanche 17 avril. Le suspense reste total sur l’issue des discussions qui devrait avoir un fort impact sur les marchés boursiers lundi matin.

Succès ou échec à venir ? Dimanche, les représentants de 16 pays membres de l’Opep (notamment l’Arabie Saoudite) et non-membres de l’Opep (notamment la Russie) se retrouveront à Doha (Qatar) pour essayer de convenir d’une limitation coordonnée de leur production d’or noir.

L’éventuelle décision, par ces pays, de maintenir leur production aux niveaux actuels devrait permettre de limiter à l'avenir la surabondance de l’offre mondiale de pétrole par rapport à la demande. C’est en effet cette surabondance de l’offre qui avait provoqué l’impressionnante chute des cours de l’or noir d’environ 70% entre octobre 2014 et février 2016.

Les spéculations vont bon train sur la possibilité, ou non, qu’un accord soit trouvé dimanche entre les négociateurs participant à cet événement. Les pays qui seront présents à la réunion de dimanche représentent à eux seuls environ 75% de la production mondiale de pétrole.

Une seule chose est sûre : ce vendredi est le dernier jour dont disposent les investisseurs pour se positionner à la hausse ou à la baisse sur les marchés actions pour parier indirectement sur l’issue des discussions. Mais dans le flou actuel, ces paris tiennent plus du jeu de hasard que de la réflexion fondamentale.

Le pessimisme semblait l’emporter vendredi après-midi, les prix du pétrole étant clairement orientés à la baisse. À 16h15, le Brent européen perdait 3,17% à 42,4 dollars/baril, de même que le WTI américain perdait 3,09% à 40,1 dollars/baril. Mais sur l’ensemble de la semaine, les prix du pétrole restent en légère hausse après quelques lueurs d’espoirs apparues récemment.

Evolution des cours du pétrole WTI au cours des sept derniers mois. Source : ICE. Graphique : Boursorama.
Evolution des cours du pétrole WTI au cours des sept derniers mois. Source : ICE. Graphique : Boursorama.

Un accord officieux aurait déjà été trouvé

Mardi soir, la rumeur qu’un accord officieux aurait déjà été trouvé entre la Russie et l’Arabie Saoudite a circulé sur les marchés, entraînant un bon des prix du pétrole. Ce bon du pétrole a provoqué mercredi matin un bond des marchés actions européens, le CAC40 s’appréciant de plus de 3% en clôture.

Sans grande surprise, la rumeur est venue de Russie, plus exactement de l’agence de presse russe Interfax. Le doute demeure sur la véracité de cette information qui pourrait avoir été lancée sans fondement par Moscou pour influencer les discussions.

Tout le gouvernement russe est en effet mobilisé depuis plusieurs mois pour qu’un accord soit trouvé rapidement sur la question de la production mondiale d’or noir. Les intérêts russes dans ce domaine sont immenses : une remontée des prix du baril grâce à la coordination internationale pourrait permettre au pays de sortir de la récession économique dans laquelle il est plongé depuis de nombreux mois, et d'éviter une éventuelle crise de ses finances publiques.

L’Arabie Saoudite acceptera-t-elle que l’Iran fasse cavalier seul ?

Même si tout devrait pousser les pays producteurs de pétrole à trouver un accord dimanche, l’Arabie Saoudite refuse l’idée de perdre de précieuses parts de marché. Or, l’Iran, récemment revenu dans le concert international des nations depuis la levée de l’embargo américain, compte bien augmenter sa production dans les mois à venir pour rattraper le temps perdu au cours des dernières années et retrouver sa production d’antan.

En termes d’ordre de grandeur, l’Arabie Saoudite produit environ 10 millions de barils/jour à l'heure actuelle, tandis que l’Iran ré-accélère sa production et voudrait renouer avec le niveau de 4 millions de barils/jour dans les mois à venir.

Il y a deux semaines, l’Arabie Saoudite avait déclaré qu’elle refuserait de geler sa production si l’Iran n’en faisait pas de même de son côté. Or, l’Iran refuse clairement de limiter sa production. Ce vendredi, le ministre iranien du Pétrole Bijan Namdar Zanganeh a annoncé par l'intermédiaire de son porte-parole qu’il ne participerait pas à la réunion de dimanche, relançant les craintes sur une absence d’accord international.

Pourtant, l’Iran enverra bien dimanche à Doha son représentant habituel au sein de l’Opep, Hossein Kazempour Ardebili. « L’Iran soutient les efforts des pays de l’Opep et non-Opep pour stabiliser le marché et soutenir les prix » a même affirmé le porte-parole du ministère du Pétrole iranien, cette déclaration entrant pourtant en contradiction avec le refus de l'Iran de stabiliser sa production.

Dans ce contexte, l’Arabie Saoudite aura le choix dimanche de rester intransigeante face à ses déclarations d’il y a deux semaines en refusant tout accord sans la participation de l’Iran, ou au contraire de se montrer plus conciliante pour des raisons d’intérêts communs.

Le dialogue politique très dégradé entre l’Iran et l’Arabie Saoudite ne plaide pas vraiment en faveur du second scénario, tout comme les déclarations encore récentes du ministre du Pétrole saoudien, qui avait évoqué il y a quelques semaines qu’un baril de pétrole à 20 dollars pouvait encore être envisageable pour son pays.

En fonction de l’issue positive ou négative des discussions, les marchés boursiers européens devraient fortement bondir ou fortement chuter lundi à l’ouverture, suivant la direction des prix du pétrole.

Xavier Bargue (redaction@boursorama.fr)

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