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Reconfinement : les Français doivent-ils craindre des pénuries alimentaires ?
information fournie par Le Figaro28/10/2020 à 15:36

Existe-t-il un risque de pénurie alimentaire ? (Crédits photo : Unsplash - Chuttersnap )

Existe-t-il un risque de pénurie alimentaire ? (Crédits photo : Unsplash - Chuttersnap )

LA VÉRIFICATION - Lors du dernier confinement, les images de rayons entiers de sachets de farine, pâtes ou de papiers toilettes vides ont marqué les esprits. Cette fois, les industriels, les supermarchés et les agriculteurs assurent être prêts mais la France ne manquera-t-elle vraiment de rien en supermarchés ?

LA QUESTION - C'est la question qui est dans la tête de nombreux consommateurs. Elle a même été posée dans un tweet par Michel Edouard Leclerc : existe-t-il un risque de pénurie alimentaire ?

On se souvient des rayons vides avec des pénuries de farine, papier toilettes, pâtes dans des supermarchés et hypermarchés en mars avant l'annonce officielle du confinement et dans les jours voire les semaines qui ont suivi.

VÉRIFIONS - Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, premier syndicat agricole en France, l'assure : «Lait, yaourts, viandes... Il y a tout ce qu'il faut pour nourrir les Français en cas de nouveau confinement», assure. Même discours des distributeurs et des industriels qui assurent avoir tiré les enseignements du précédent confinement. Ils disent avoir pris les devants, et bénéficient de l'expérience acquise au printemps.

Le système agroalimentaire est mieux organisé. De fait, le confinement a permis une meilleure connaissance du comportement des consommateurs. Les équipes sont préparées depuis plusieurs semaines et prêtes à adapter leur organisation à d'éventuelles nouvelles annonces du gouvernement, abonde le porte-parole d'un grand distributeur.

Toutefois, des facteurs essentiels doivent être pris en compte : il faut veiller à ce que les routiers puissent continuer à transporter ces stocks et donc leur assurer des conditions de travail décentes. Autre donnée clé, le taux d'absentéisme des salariés doit rester suffisamment faible pour ne pas conduire à la fermeture des usines ou des magasins.

Les conditions pour maintenir la chaîne des transports

«La chaîne logistique est prête, les ressources sont là. Les stocks et marchandises sont là. Nous ne sommes pas inquiets de ce côté-là. D'autant que nous avons l'expérience du premier confinement», avance Jean-Marc Rivéra, secrétaire général de l'OTRE (L'Organisation des Transporteurs Routiers Européens). «Mais nous souhaitons alerter sur l'importance de maintenir des conditions de travail favorables pour les conducteurs, notamment leur garantir un accès à des douches, à des sanitaires et à la restauration - via la vente à emporter si besoin. Les lieux d'accueil pour les routiers doivent rester ouverts, sans quoi nous pourrions avoir une réaction épidermique de leurs parts. Sur ce point sensible, nous n'avons plus le droit à l'erreur», alerte le représentant des routiers.

De fait, lors du dernier confinement, une grande partie des structures d'accueil des routiers étaient restées portes closes. Sur les longs trajets, les conducteurs ne pouvaient donc plus se doucher ou simplement trouver des toilettes décentes. Ils peinaient également à se restaurer. Ils avaient également dénoncé un manque d'équipements de protection contre le Covid. Des syndicats avaient appelé des routiers à exercer individuellement leur droit de retrait.

Or le retrait des routiers pourrait provoquer un effondrement rapide du système. Le système agroalimentaire français repose en effet sur les allées et venues des biens : des champs aux usines de transformations puis des usines aux centrales d'achat et jusqu'aux magasins. Les produits alimentaires des supermarchés ont en effet parcouru plusieurs centaines voire milliers de kilomètres, en fonction des produits. De plus, selon une étude du cabinet Utopies, 98% du contenu des aliments consommés localement sont importés. Ainsi, sans le maillon indispensable du transport, le système peut donc s'enrayer et des pénuries seraient alors à craindre en supermarchés.

Veiller au maintien des marchés et petits commerces

Côté agriculteurs «on ne craint pas de rupture d'approvisionnement mais il faudra avoir une attention toute particulière pour les commerces de proximité qui sont les plus à même de répondre à une alimentation locale des Français. Il faut les soutenir et les accompagner et il ne faut pas de fermeture des marchés, ce qui pourrait être préjudiciable aux producteurs», soutient Nicolas Girod porte-parole de la confédération paysanne. «La grande distribution va se tourner davantage vers la production nationale. Outre une solidarité sur les volumes, il faut aussi que les distributeurs garantissent des prix justes aux paysans français», prévient l'éleveur. En effet, lors du précédent confinement, à l'appel des deux principaux syndicats, FNSEA et confédération paysanne, des agriculteurs avait décidé de faire la «grève des abattoirs» pour dénoncer la baisse des prix appliquée par les distributeurs. Les éleveurs accusaient les distributeurs d'avoir abusé de leur position d'unique débouché (après la fermeture des marchés et des restaurants) pour baisser les prix payés aux agriculteurs.

Même mise en garde de Christiane Lambert, présidente de la FNSEA : «L'inquiétude des producteurs est de savoir s'ils vont pouvoir continuer à vendre leurs produits. Pour cela, il faut que les marchés de plein vent restent ouverts et il faut faire travailler les commerces de proximité, ça a été une erreur de les arrêter. Mais on a tiré des enseignements de ce qu'il s'est passé», ajoute l'agricultrice qui assure «qu'il n'y a aucune crainte de pénurie alimentaire si les Français ne font pas de surstocks».

Des références momentanément indisponibles en magasins

Les distributeurs se montrent également rassurants. Ils sont mieux armés qu'au printemps pour faire face à un pic de demande de leurs clients, si ces derniers ne cèdent pas à la panique. « Nous avons anticipé la deuxième vague, et avons désormais l'expérience du confinement du printemps, explique Jacques Creyssel, le délégué général de la Fédération du commerce et de la distribution. Nous savons quels sont les produits les plus demandés, si bien que les enseignes ont pu constituer des stocks ». Les distributeurs espèrent que les Français ont également tiré les leçons du premier confinement, et qu'ils comprennent qu'il n'est pas nécessaire de procéder à des achats de précaution qui risqueraient de désorganiser les magasins et de créer des ruptures temporaires en rayon. « Les clients savent qu'il n'y a jamais eu, au printemps, de rupture totale de stock d'un type de produit, espère Jacques Creyssel. Ils savent qu'ils trouveront toujours des pâtes en rayon », même si leur référence préférée peut être momentanément indisponible.

L'absentéisme, une donnée sous haute surveillance

Les industriels confirment l'analyse des distributeurs : les stocks de denrées alimentaires sont en ce moment très élevés, dans les magasins comme chez les industriels. Selon Richard Panquiauilt, le délégué général de l'Ilec, qui représente les grands industriels, « les niveaux de commande passés par les distributeurs sont restés très élevés cet été, de 10% à 20% plus élevés que d'habitude », et au-delà de ce que les clients ont acheté en magasin. Les usines ont tourné à plein régime pendant l'été pour reconstituer les stocks, au plus bas au mois de mai. « D'ordinaire, l'été est l'occasion de réaliser des opérations de maintenance, cela n'a pas été le cas cette année », poursuit Richard Panquiault.

Un critère sera cependant crucial pour que les Français ne manquent de rien dans les semaines à venir : celui de l'absentéisme, dans les magasins, les entrepôts et les usines. Le risque étant qu'un trop grand nombre d'absents ne conduise à fermer des sites, mettant ainsi à mal l'approvisionnement des Français. Pendant le confinement, cet indicateur était scruté comme le lait sur le feu à Bercy. Il était alors poussé à la hausse par la fermeture des écoles, qui conduisait certains salariés à garder leurs enfants, et l'absence de masques pour le personnel jusqu'à la fin mars, un facteur d'inquiétude. Aujourd'hui, la plus grande crainte des industriels est l'apparition d'un cluster dans une usine. Pour se prémunir contre ce risque, les mesures barrières sont scrupuleusement respectées. Chez Barilla par exemple, la température de chaque salarié est prise avant qu'il n'entre dans l'usine.

En conclusion, il y a peu de risques que des pénuries durables et globales apparaissent en magasins. Pour cela, il faut toutefois que les conditions de travail des routiers soient respectées, que les prix payés aux producteurs soient dignes, que les Français ne paniquent pas et que des usines ou magasins ne se transforment pas en cluster.

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