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Landes : ils font pousser une «forêt nourricière» de 7 hectares
information fournie par Le Figaro07/01/2021 à 06:00

FIGARO DEMAIN - À terme, 60.000 arbres, haies et arbustes seront plantés pour créer la plus grande diversité alimentaire possible.

«J'ai semé les premières graines !» se réjouit Yoann Lang. Ce maraîcher d'Estibeaux, dans les Landes, est déterminé à faire pousser une vaste et dense forêt nourricière. Un projet baptisé «Forêt de Higas» qu'il mène avec son acolyte Franck, jeune retraité de la gendarmerie. L'objectif est de «planter énormément d'arbres et de végétaux variés, des buissons, des arbustes pour créer la plus grande diversité alimentaire possible. Nous visons ainsi la plantation de 60.000 arbres, haies et arbustes sur une surface de sept hectares !» explique celui qui mûrit le projet depuis sept ans que cette prairie est en jachère.

«Dans un premier temps, nous allons planter 20.000 arbres, avec un maximum d'espèces différentes pour obtenir la plus grande diversité possible», souligne le maraîcher. «Nous souhaitons planter des chênes, des châtaigniers ou encore des acacias, mais aussi des arbres fruitiers comme des pruniers, des pommiers...» précise cet adepte d'agroécologie.

Une partie de ces terres - autour de deux hectares - sera aussi dédiée au maraîchage. Au départ, des légumes traditionnels comme des radis, courgettes, tomates, mesclun ou encore des plantes aromatiques et médicinales seront cultivés. «On favorise au maximum les variétés anciennes et locales, pour éviter les maladies. Les particuliers nous sont d'un grand secours car ils nous aident à constituer cette vaste bibliothèque de variétés de végétaux», relate Yoann Lang. En outre, «des pleurotes pousseront sur billes de bois, ainsi que de la Spiruline sur un ancien pressoir à vin ou des baies de goji, citrons Yuzu qui constitueront aussi les haies», ajoute le passionné qui dit avoir «expérimenté tout un tas de techniques de culture».

Produire ce que tout le monde consomme habituellement

Par ailleurs, l'agriculteur va créer une verrière alimentée par des panneaux solaires pour «produire ce que tout le monde consomme habituellement mais que l'on doit importer, comme des avocats, des agrumes, du café, de la grenade ou même du cacao et des bananes ! Nous ne savons pas si tout poussera mais nous allons tenter», se réjouit le paysan.

À terme, des animaux d'élevage seront aussi installés sur le domaine, notamment des poules pondeuses dans les vergers pour mieux contrôler certaines populations d'insectes. L'ensemble du projet est en effet pensé en agriculture biologique, sans apport d'intrants extérieurs à ce qui est cultivé sur place. Le paillage nécessaire à certaines cultures sera notamment issu du domaine tout comme d'autres enrichissements naturels.

Une campagne de dons... et des surprises

Pour atteindre son objectif, le passionné a lancé un appel aux dons avec contreparties sur le site Mimosa. La campagne a pulvérisé son objectif en quelques jours et levé plus de 20.000 euros. Plus surprenant, Yoann Lang a reçu «beaucoup de boutures et de graines, dont des variétés de végétaux auxquels je n'avais pas nécessairement pensé ou dont je ne connaissais pas l'existence !» se réjouit le paysan. Des contributions d'autant plus appréciées que l'objectif de cette forêt dense est d'être «un laboratoire, car si on peut faciliter l'installation d'autres projets semblables nous serons heureux. Mon ambition est de répondre aux enjeux du réchauffement climatique».

Cette forêt devrait voir le jour dans cinq à sept ans, le temps que les arbres poussent. L'objectif est d'embaucher sept personnes pour faire du maraîchage, de la transformation de produits sur place ainsi que de la vente à la ferme. «J'ai déjà presque trop de débouchés pour les produits à venir», s'enthousiasme le paysan.

La densité et l'association de plantes pour éviter les intrants chimiques

Marc Dufumier, qui réfute le terme de «forêt comestible» qui n'a «aucun sens» à ses yeux, loue toutefois le projet d'agroécologie. Cet agronome de renom défend les projets qui font un «usage le plus intensif à l'hectare des rayons du soleil» et «l'idée d'associer plusieurs plantes pour faire en sorte que tous les rayons du soleil soient exploités». La grande densité recherchée dans la forêt de Higas permet en outre «de faire un usage intensif du carbone ainsi capté dans les sols par les plantes», indique le spécialiste des systèmes agraires. Par ailleurs, «une couverture végétale la plus totale possible est un moyen d'emmagasiner un maximum d'eau, dont la gestion devient capitale. La répartition de l'eau de pluie va devenir un enjeu majeur», ajoute l'auteur de L'agroécologie peut nous sauver (Actes Sud).

Ce dernier estime en outre qu'il est pertinent d'associer «des cultures au sol à des arbres à racines profondes qui sont en contact avec la roche mère et dont les feuilles contiennent des minéraux et viennent ainsi fertiliser les sols, sans devoir recourir à des produits». Par ailleurs, une grande diversité de végétaux «permet une moindre prolifération des ravageurs et évite l'utilisation d'intrants chimiques», souligne le professeur honoraire à AgroParisTech. Il se réjouit que des projets qui associent des pratiques paysannes anciennes aux connaissances scientifiques récentes voient le jour. «C'est l'avenir de notre agriculture», estime-t-il.

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