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Françoise Raynaud, l’architecte qui donne envie d’habiter dans une tour
information fournie par Le Figaro08/08/2021 à 06:00

VISIONS D’ARCHI (2/3). Cet été, le Figaro immobilier donne la parole aux architectes. Françoise Raynaud est la première Française à signer une tour à Manhattan. Mais elle compte aussi convaincre ses compatriotes que vivre dans une tour est un privilège.

Elle a su mettre une touche de glamour européen dans la skyline de New York et pourtant, dans son pays, Françoise Raynaud doit encore et toujours se battre pour faire apprécier les tours comme un vrai choix d’habitation. Avec Greenwich West, élégante tour de logements de 110 mètres de haut, cette architecte qui a fait ses armes au sein des Ateliers Jean Nouvel où elle a travaillé sur bon nombre de tours devient la première Française à concevoir un gratte-ciel à Manhattan. On retrouve dans cette construction récemment livrée tous les codes du loft new-yorkais de l’âge d’or associés à une touche d’élégance française. Pour celle qui défend une architecture contextuelle, s’inspirer de l’esprit des lieux est toujours essentiel. C‘est d’ailleurs le nom qu’elle a choisi de donner à son agence, Loci Anima (âme ou esprit des lieux en latin), plutôt que d’y accoler son propre nom.

La construction se compose d’une subdivision régulière de bloc sur 50 mètres de largeur mais les arêtes vives ont été arrondies, adoucies lui conférant une personnalité différente de ses voisines. Même chose pour l’utilisation de la brique, incontournable classique dans cet ancien quartier industriel où est installée la tour. Mais ici, ce sont des argiles très claires découpées sur mesures qui ont été utilisées tandis qu’une brique émaillée a été retenue pour habiller et illuminer les embrasures de fenêtres. D’ailleurs, pour compléter cette «french touch» les promoteurs de ce projet ont associé au talent de Françoise Raynaud un architecte d’intérieur tricolore, Sébastien Segers, sans oublier le botaniste Patrick Blanc qui signe le mur végétal dans l’entrée de l’immeuble.

Des tours qui poussent depuis le sol

Ce sont d’ailleurs ses projets français, et plus particulièrement ceux d’Issy-les-Moulineaux qui ont servi à Françoise Raynaud de carte de visite pour décrocher la réalisation de la tour Greenwich West. Et pourtant, il faut bien constater, que ce type d’habitation peine encore et toujours à trouver sa place dans les choix d’habitation des Français. Pourquoi en est-on toujours là? «Les maires et les politiques n’osent pas aller vers la grande hauteur pour la plupart d’entre eux, admet Françoise Raynaud. Il est vrai que chez nous, les tours ont mauvaise presse, tout simplement car beaucoup d’entre elles sont des objets tombés du ciel, comme des OVNI qui créent autour d’eux des déflagrations et font beaucoup de mal à la ville.» Résultat: l’urbanisme vertical reste associé pour bien des Français à cet urbanisme sur dalle de béton tant décrié aujourd’hui.

«À l’inverse de cette approche, nous essayons de créer des tours qui poussent depuis le sol, ce sont des constructions qui économisent le sol tout en garantissant les plus belles vues possibles. Ces gratte-ciel sont en échange constant avec les bâtiments à proximité.» Et pour garantir la meilleure intégration possible de ces gratte-ciel dans leur environnement, l’architecte souligne qu’il est essentiel de travailler sur le confort en pied de tour. Cela passe notamment par la gestion des effets Vortex, ces forts courants d’air que la construction génère dans certaines parties du bâtiment, ainsi que les ombres portées. Ces phénomènes sont inévitables, reste à les placer au bon endroit. Françoise Raynaud en est persuadée: on peut concilier une densité nécessaire pour éviter l’artificialisation des sols et une vraie qualité de vie.

Ascenseurs et vertige

Françoise Raynaud, même si elle aime se ressourcer dans sa maison normande souligne qu’elle apprécie vraiment le fait d’habiter en hauteur. «Il y a une telle qualité d’usage dans une tour: on profite des vues et de plus en plus souvent d’espaces extérieurs, sans oublier la lumière et l’air frais.» Un travail minutieux doit permettre à chacun d’habiter dans les meilleures conditions. «Aucun séjour ne se superpose, explique-t-elle, en parlant des tours Haute définition qu’elle a dessinées pour Issy-les-Moulineaux où elle a créé pas moins de trois tours de logements et une tour de bureaux de 32 niveaux. Chaque terrasse dispose de deux étages libres au-dessus d’elle, il faut pouvoir voir les étoiles la nuit. Et les sous-faces sont en nacre réfléchissante pour la luminosité.»

L’architecte concède pourtant une limite à son amour des tours: elle n’apprécie pas les ascenseurs. C’est sans doute la raison pour laquelle elle a conçu une tour «multimodale» qui sera construite prochainement à Strasbourg. Sa coursive qui parcourt tout le bâtiment le rend entièrement accessible à pied sur un parcours couvert et végétalisé. Dernière attention pour ceux que le vertige détourne des tours: l’architecte prend de ménager des retraits ou installe des colonnes de terre cuite comme ce sera le cas à Strasbourg pour rassurer ceux que la grande hauteur effraie.

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