Certaines bourses du travail, places fortes de la vie syndicale depuis plus d'un siècle, voient aujourd'hui leur existence menacée par des municipalités ( AFP / MIGUEL MEDINA )
Certaines bourses du travail, places fortes de la vie syndicale depuis plus d'un siècle, voient aujourd'hui leur existence menacée par des municipalités qui veulent utiliser à d'autres fins ces bâtiments souvent historiques et situés en centre ville.
Le 9 juillet dernier, le tribunal administratif de Marseille a donné raison au maire Horizons d'Arles Patrick de Carolis, qui souhaite reloger l'union locale (UL) de la CGT dans deux bureaux de 11m2, contre 400 occupés actuellement.
Selon un message sur Instagram de l'édile, le jugement du tribunal administratif écarte "toute atteinte à la liberté syndicale" et "permet enfin à la ville d’Arles de poursuivre sereinement son projet de requalification de la bourse du travail, avec l'installation du futur office de tourisme".
La CGT, sommée de quitter les lieux sous astreinte de 50 euros par jour, a demandé la semaine dernière "au ministre du Travail un moratoire immédiat sur ce projet d’expulsion et tous ceux qui pourraient survenir" à l'avenir.
Sur le cas d'Arles, "le ministre ne peut pas décider un tel moratoire" qui relèverait du maire de la ville, a répondu à l'AFP le cabinet de Jean-Pierre Farandou.
Ce sont en effet les villes qui sont propriétaires des murs et signent avec les syndicats des conventions d'occupation, régulièrement renouvelées... ou pas.
Le ministre du Travail se dit "très attaché, à ce que, partout sur le territoire, les syndicats puissent exercer librement leurs activités et défendre au quotidien les droits des salariés" et estime que "les bourses du travail jouent un rôle majeur d’accès au droit, en proximité de nos concitoyens".
Le contentieux à Arles fait suite à une mobilisation intersyndicale à Carcassonne pour dénoncer la volonté du nouveau maire RN Christophe Barthès d'y déloger les syndicats de la bourse du travail.
Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou quitte l'Elysée après le conseil des ministres, le 1er juillet 2026 à Paris ( AFP / SIMON WOHLFAHRT )
L'édile assure respecter la liberté syndicale, mais que "profiter des largesses de ceux que l'on dénigre, (...) c'est terminé", alors que la CFDT et la CGT affichent leur détermination à faire barrage à l'extrême droite.
Dans ce climat de tension, Jean-Pierre Farandou a annoncé le 20 mai au Sénat avoir confié une mission au maire de Sceaux Philippe Laurent afin de "dresser un bilan de la situation des bourses du travail, d'identifier les bonnes pratiques dans les villes concernées et de formuler des recommandations pour maintenir ce patrimoine vivant".
"Déserts syndicaux"
Les cinq centrales syndicales représentatives au niveau interprofessionnel CFDT, CGT, CFE-CGC, FO et CFTC, ont d'une même voix rappelé que "la garantie durable de ces lieux est une condition essentielle à l’exercice du dialogue social".
D'après la CGT, "60 Bourses du Travail et maisons de syndicats aujourd’hui sont attaquées frontalement" en France.
En 2024, elles n'étaient encore que 34 à être menacées, selon Danielle Tartakowsky, autrice du livre "Les syndicats en leurs murs".
Cette historienne rappelle qu'à leur fondation dans les années 1890, les bourses du travail étaient "des lieux de placement qui n'étaient pas du ressort du privé mais des syndicats qui remplissaient le rôle que joue aujourd'hui France Travail, en collectant les emplois disponibles".
Plus tard aussi appelées maisons des syndicats, elles ont également fait de la formation professionnelle, joué un rôle culturel grâce à leurs salles de spectacle et prodigué des conseils juridiques aux salariés.
Cette dernière fonction subsiste et est "extrêmement importante dans le cadre de l'absence ou de la disparition du syndicalisme dans les petites et moyennes entreprises", permettant de lutter contre les "déserts syndicaux", souligne Danielle Tartakowsky.
Devant la mobilisation de syndicats, des mairies ont parfois renoncé à les déloger.
En 2025, le Conseil de Paris s'est ainsi opposé à un projet de reconversion en logements sociaux et centre d'hébergement d'urgence de l'annexe de la Bourse du Travail de Paris située rue de Turbigo, voulu par la maire d'arrondissement de Paris Centre.
Et toutes les bourses du travail ne sont plus situées en centre-ville car dans les années 1970-80, "un certain nombre de villes ont proposé aux organisations syndicales de leur construire des locaux plus adaptés, notamment dans les zones industrielles naissantes qui étaient plus en prise sur l'emploi", rapporte encore Danielle Tartakowsky.

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