Crédit photo : 123RF
Rénover sa maison soi-même est une pratique courante. Mais lorsque ces travaux dissimulent des défauts graves découverts après la vente, l'addition peut devenir très lourde pour le vendeur.
En juillet 2018, un couple achète une maison d'habitation pour 120.000 euros. Le bien semble rénové, habitable, prêt à accueillir ses nouveaux occupants. Pourtant, peu après l'achat, de sérieux problèmes apparaissent : affaissement du sol, infiltrations d'eau, défauts de structure, problèmes de plomberie, absence d'eau chaude dans certaines pièces.
Face à l'ampleur des désordres, les acquéreurs font réaliser une expertise et décident d'agir en justice. Ils invoquent la garantie des vices cachés, un mécanisme juridique qui protège l'acheteur lorsque des défauts graves, invisibles lors de la vente, rendent le bien impropre à son usage.
La clause de non-garantie
Comme souvent dans les ventes immobilières entre particuliers, l'acte de vente comportait une clause de non-garantie des vices cachés, destinée à protéger les vendeurs. En principe, cette clause empêche l'acheteur de se retourner contre le vendeur en cas de découverte ultérieure de défauts.
Mais cette protection connaît une limite majeure : elle ne s'applique pas si le vendeur connaissait les vices au moment de la vente. Et c'est précisément là que l'affaire prend un tournant décisif.
Lors de l'expertise, le vendeur reconnaît avoir réalisé lui-même d'importants travaux sur la maison pendant plus de dix ans, dont certains portant sur la structure du bâtiment. Extension, charpente, aménagements techniques : ces interventions sont directement liées aux désordres constatés.
Pour la Cour de cassation, la règle est claire : un vendeur qui réalise lui-même les travaux à l'origine des vices est assimilé à un vendeur professionnel, même s'il n'est pas du métier. Dès lors, il est présumé connaître les défauts et ne peut pas se retrancher derrière une clause de non-garantie.
Une sanction lourde mais cohérente
Conséquence directe : la vente est annulée. Les vendeurs doivent restituer le prix de vente, rembourser les frais de notaire, prendre en charge divers frais annexes (travaux d'urgence, frais bancaires, huissier) et verser 15.000 euros de dommages-intérêts pour le trouble de jouissance subi par les acheteurs.
La Cour de cassation confirme ainsi la décision de la cour d'appel et rejette le pourvoi des vendeurs.
En conclusion, rénover soi-même un bien immobilier engage une responsabilité accrue. Même sans statut professionnel, un vendeur qui intervient sur la structure ou les équipements essentiels ne peut ignorer les conséquences juridiques de ses travaux. Pour les acheteurs, c'est une protection renforcée. Pour les vendeurs, un rappel utile : en matière immobilière, le bricolage approximatif peut coûter très cher.
Source : Cour de cassation - Pourvoi n° 24-11.221 - 13 novembre 2025
0 commentaire
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer