Des pompiers inspectent un bâtiment de la rue d'Aubagne après l'effondrement de deux bâtiments, à Marseille, France, le 8 novembre 2018 ( AFP / GERARD JULIEN )
Deux immeubles insalubres qui s'écroulent en quelques secondes, huit morts et une ville de Marseille traumatisée : le procès en appel des effondrements de la rue d'Aubagne, en 2018, s'est ouvert lundi devant les proches des victimes venus "avec moins de pleurs mais plus de rage".
Les débats sur les responsabilités de ce drame de l'habitat indigne doivent durer jusqu'au 18 décembre. La cour devrait ensuite mettre sa décision en délibéré.
"Il y aura moins de pleurs et plus de rage", a assuré très émue avant l'audience Linda, cousine de Chérif Zemar, décédé dans l'effondrement.
"On vient avec une rage qu'on n'avait pas autant la première fois parce qu'on pensait que, peut-être, les prévenus allaient montrer un peu plus de compassion et être beaucoup plus humains", a-t-elle ajouté.
Les proches des victimes, dont beaucoup étaient présents lundi, sont toujours en quête de peines exemplaires pour ceux qu'ils estiment responsables de l'accident : le 5 novembre 2018 à 09H07, les bâtiments des 63 et 65 de la rue d'Aubagne, à quelques centaines de mètres du Vieux-Port, se sont écroulés comme un château de cartes, après plusieurs signaux d'alerte insuffisamment pris en compte.
En mémoire des cinq hommes et trois femmes, âgés entre 30 et 58 ans, qui ont perdu la vie ce jour-là, des "crieuses publiques" présentes lundi devant le tribunal à l'appel d'un collectif contre le mal-logement ont rappelé les faits, à l'aide de mégaphones improvisés.
Procès "différent"
À l'issue du procès de l'automne 2024, le tribunal avait prononcé dix condamnations, dont trois à de la prison ferme, six relaxes, et 358.000 euros d'amende, un jugement moins sévère que les réquisitions du parquet, qui avait fait appel.
Le président de la cour d’appel Fabrice Naudé devra conduire, aux côtés de trois autres magistrats, l’examen d’une affaire complexe et technique.
"Ce procès sera nécessairement différent", a-t-il expliqué à l'ouverture de l'audience. "D’abord parce que les quatre magistrats ne sont pas les mêmes qu’en première instance. (...) Différent aussi parce que (...) les choix que la Cour d'appel fera auront par essence un caractère plus définitif".
Cent six parties civiles sont représentées face à quinze prévenus, dont des copropriétaires du 65 rue d'Aubagne - où sont mortes les victimes -, des responsables du bailleur social Marseille Habitat, des experts, un ex-adjoint au maire et des représentants du syndic.
"La ligne que nous avons décidé d'adopter est celle de la manifestation de la vérité. Marseille Habitat a ouvert ses portes à la justice pour que la vérité puisse être sue de tous et de toutes", a expliqué lors d'une suspension de séance Amine Kessaci, nommé président de Marseille Habitat au printemps 2026. Le bailleur social de la ville qui détenait le bâtiment au numéro 63, inoccupé et totalement insalubre au moment du drame, avait été relaxé en première instance.
M. Kessaci, également figure de la lutte contre le narcotrafic, s'est excusé de ne "pouvoir être là" pour la suite du procès, étant lui-même partie civile dans le procès d'assises en cours des tueurs présumés de son frère à Aix-en-Provence.
Toujours 40.000 taudis
Les prévenus répondent des chefs d’homicides involontaires aggravés. Les débats de première instance avaient permis d'établir que les effondrements des numéros 63 et 65 étaient inéluctables vu l'état du bâti. Mais aucune mise à l'abri des locataires n'avait été décidée et les travaux entrepris s'étaient avérés inefficaces voire contreproductifs.
Et les prévenus, copropriétaires comme expert-architecte ou élu en charge de combattre le logement indigne, avaient nié en bloc tout lien de causalité entre leurs décisions et le drame.
Selon le calendrier des audiences, les débats techniques domineront les deux premières semaines du procès, avant que la parole soit donnée aux proches des victimes.
Le procès de 2024 avait aussi jeté une lumière crue sur l'inaction de la précédente majorité municipale contre l'habitat indigne, dans une ville dirigée durant 25 ans par le maire LR Jean-Claude Gaudin, dont le parti a perdu la mairie deux ans après le drame.
Le mal-logement reste massif à Marseille, ville pauvre qui compte près de 40.000 taudis, la majorité de gauche revendiquant avoir sorti 1.000 immeubles du péril.

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