Aller au contenu principal
Fermer

Au procès de l'explosion de la rue de Trévise, les experts bousculés par la défense
information fournie par AFP 27/10/2026 à 18:50

Des pompiers éteignent un incendie à la suite de l'explosion d'une boulangerie, à l'angle des rues Sainte-Cécile et de Trévise, dans le centre de Paris, le 12 janvier 2019 ( AFP / Thomas SAMSON )

Des pompiers éteignent un incendie à la suite de l'explosion d'une boulangerie, à l'angle des rues Sainte-Cécile et de Trévise, dans le centre de Paris, le 12 janvier 2019 ( AFP / Thomas SAMSON )

Les premiers experts de l'explosion en 2019 d'un immeuble de la rue de Trévise, à Paris, défendent la thèse d'un sol ameubli par la fuite d'un collecteur d'eaux qui aurait provoqué la rupture d'une canalisation de gaz, et s'agacent que la défense questionne les carences de leur rapport.

A la barre, les deux sommités rappellent leur état de fait: Jacques Donati et Jean-Luc Géronimi, agréés auprès de la Cour de cassation, forts de dizaines d'années d'expertises "notamment d'explosions au gaz".

Lundi, devant le tribunal correctionnel de Paris, il leur a fallu trois heures pour résumer leurs conclusions, appuyées par 16 déplacements sur les lieux et "198 diapositives".

Leurs travaux ont "mis en évidence un terrain fortement décomprimé", dû à la fuite d'un collecteur - c'est son absence de réparation qui a conduit la mise en cause pénale du syndic de l'immeuble.

Pour eux, "entre 300 et 500 m3 d'eaux usées se sont infiltrées dans le sol", dès lors ameubli, sur lequel reposait la canalisation de gaz: s'en est suivie une flexion du tube de fonte, qui a cassé, selon eux, "deux heures avant l'explosion" du 12 janvier 2019 à 8H59. Quatre personnes ont péri, dont deux pompiers; 200 ont été blessées.

Implacables, les experts visent directement la Ville de Paris, en ce qu'elle est intervenue à plusieurs reprises pour reprendre l'enrobé devant le porche de cet immeuble du centre de la capitale, à deux pas des Grands Boulevards.

"Malgré la réitération, la cause de l'affaissement du trottoir n'a jamais été recherchée", dénoncent les spécialistes, alors même qu'"aucune rupture de canalisation ne serait survenue sans affaissement du sol".

Mardi, face aux questions de la défense, la démonstration a néanmoins pu apparaître parfois fragile.

La rue de Trévise, après une explosion au gaz, le 12 janvier 2019 à Paris ( AFP / Carl LABROSSE )

La rue de Trévise, après une explosion au gaz, le 12 janvier 2019 à Paris ( AFP / Carl LABROSSE )

Car une autre expertise, diligentée dans le volet civil de l'affaire, a conclu à une corrosion de la canalisation comme l'une des causes de sa rupture. "Il faudrait qu'il y ait une corrosion extrême", balaie Jean-Luc Géronimi.

"Mais pourquoi vous ne tenez pas compte de l'épaisseur réduite de 45%? Est-ce qu’un tube sans corrosion aurait résisté au même déplacement du sol?", interroge la défense. L'expert, sur le même ton: "J'en sais rien, je peux pas en dire plus".

Sophisme

Pour la énième fois, Jean-Luc Géronimi répète: "la réitération de l'affaissement du trottoir aurait dû alerter les cadres techniques de la Ville, d'autant que lors de la dernière intervention, il est apparu qu'il y avait un trou de 30 cm dessous: il fallait en rechercher la cause". "On aurait dû creuser jusqu'à la canalisation et on l'aurait changée, et il n'y aurait pas eu d'explosion", enfonce-t-il.

L'existence de ce vide n'apparaît sur aucune rapport d'intervention mais a été évoquée par l'un des agents municipaux a posteriori, lors de l'enquête.

Reste que l'hypothèse est contestée par la Ville de Paris: "Sur quoi vous vous basez pour affirmer que, malgré les réparations faites fin 2016 par l'entreprise mandatée, l'affaissement s'était reformé ou persistait?", interroge l'une des avocats de la collectivité, Me Sabrina Goldman.

D'autant qu'aucune photo fournie au dossier ne met en évidence une dégradation de la chaussée après ces travaux.

"Leur réparation était inefficace. Ça ne servait à rien, ce qu'ils faisaient", persiste l'expert.

Des pompiers évacuent une personne blessée sur une civière après l'explosion d'une boulangerie, à l'angle des rues Sainte-Cécile et de Trévise, dans le centre de Paris, le 12 janvier 2019 ( AFP / Thomas SAMSON )

Des pompiers évacuent une personne blessée sur une civière après l'explosion d'une boulangerie, à l'angle des rues Sainte-Cécile et de Trévise, dans le centre de Paris, le 12 janvier 2019 ( AFP / Thomas SAMSON )

Mais d'où tient-il la preuve de ses dires? "L'explosion!", s'agace-t-il, en maniant le sophisme: "s'il y a eu l'explosion, c'est bien qu'il y avait l'affaissement, et si ça avait été réparé, il n'y aurait pas eu d'explosion".

Un peu plus tard, face à l'avocat du syndic, Me Benjamin Porcher, l'expert se fait d'abord péremptoire: "Cette affaire-là est simplissime". Puis mystérieux: "Elle a été compliquée pour des raisons que l'on peut comprendre...".

Les auteurs d'une contre-expertise sont attendus à partir de mercredi à la barre.

0 commentaire
Signaler le commentaire Fermer
A lire aussi
Pages les plus populaires