En plein centre d'Angers, un chantier audacieux a permis de renouveler un ancien site industriel emblématique pour y créer de séduisants espaces de travail ainsi que 35 logements en surélévation.
C'est un trapèze plutôt massif bordé par la Maine et par la rue Thiers, en plein cœur d' Angers . Occupés dès 1857 par la fabrique Cointreau, l'emblématique entreprise de spiritueux de la ville, les lieux ont été rachetés par le Crédit Mutuel Anjou en 1972 qui souhaitent y installer ses bureaux. De son côté, Cointreau qui était à l'étroit dans cette configuration très urbaine a opté pour une zone d'activités plus adaptée, non loin de là, à Saint-Barthélemy-d'Anjou. La banque mutualiste modifie alors profondément les espaces intérieurs tout en prenant soin de conserver l'enveloppe extérieure de l'usine.
Plus de 50 ans plus tard, l'organisation des lieux ne correspondait plus aux standards actuels et le propriétaire a souhaité lancer une grosse opération de restructuration. «Les espaces étaient très vastes mais manquaient de lumière, explique Laurence Carde, directrice générale du Crédit Mutuel Anjou. La question s'est posée un moment de partager les locaux avec d'autres entreprises mais pour des raisons de sécurité nous avons finalement opté pour des filiales, des services centraux et des activités tous liés au Crédit mutuel.» En revanche, il a été décidé, dès l'origine, que cet endroit qui accueille, depuis quelques mois déjà, clients et salariés du Crédit Mutuel, ouvrira certains de ses espaces au public avec un accès direct spécifique.
Un budget de 22,3 millions d'euros
Restait à financer ces lourds travaux de restructuration pour ouvrir le bâtiment à la lumière, lui qui n'en avait pas besoin durant l'époque industrielle. C'est ainsi qu'est née l'idée d'une surélévation résidentielle de trois étages (le maximum possible avec le PLU) avec des logements qui seraient vendus par Ataraxia, filiale de promotion du groupe bancaire. Une opération portant sur plus de 10.000 m² répartis sur 5 étages (bureaux en R+2 avec 3 étages en surélévation) pour un budget global de 22,3 millions d'euros.
C'est l'agence Säbh, fondée par Bruno Huet en 1999 avant d'être rejoint par Marion Negroni en 2018 pour une direction partagée, qui a mis en musique cet ambitieux programme mixte. Le cabinet qui rayonne sur l'Ouest et auquel on doit notamment la restructuration des infrastructures d'accueil du circuit des 24 heures du Mans, a encadré les travaux qui se sont étalés sur pas moins de quatre ans et demi. Il a notamment fallu fournir un gros travail sur la structure du bâtiment qui a été à la fois évidé et surélevé.
«C'est un projet d'exception sur un bâtiment connu de tous les Angevins mais qui était resté mystérieux et refermé sur lui-même, résume Bruno Huet. Il s'agissait de le rouvrir à la ville et de le rendre accessible à tous, d'autant que les témoignages de l'architecture industrielle sont rares à Angers, contrairement à Nantes.» Pas question pour autant d'en faire un projet historique. «Il y a une vraie dimension contemporaine dans ce projet, précise-t-il. Il permet de construire la ville sur la ville, tout en s'insérant en douceur dans le cadre existant.»
Des parkings dans les anciens bureaux
L'ancienne salle des alambics est le meilleur exemple de l'aspect préservation historique et ouverture au public. Cet espace emblématique de l'usine Cointreau où étaient distillés les alcools avait été malmené dans les années 70 et a retrouvé ses volumes initiaux avec sa somptueuse verrière Art déco. Et pour ne rien gâter, les lieux deviennent un auditorium de 200 places qui accueillera différent événements publics ou d'entreprise. Côté logements, pas moins de 3200 m² habitables ont été créés en surélévation pour un total de 37 logements de 55 m² au minimum à près de 200 m². Construits en retrait par rapport à la façade, ils sont quasiment invisibles depuis la route. Une discrétion qui n'a pas empêché les acheteurs de se précipiter sur cette opportunité de logements neuf en plein centre-ville, le programme étant rapidement parti au prix moyen de 6500 €/m².
Mais cette touche finale de surélévation n'a été possible qu'après un gros travail sur la solidité structurelle de l'ensemble qui a été intégralement inspecté. Et il y a eu ce choix, a priori surprenant, d'installer les 40 places de stationnement dans la structure existante au rez-de-chaussée et en R+1. «C'est une économie d'argent et de carbone, grâce à une démolition évitée, souligne Marion Negroni. L'installation en sous-sol n'était pas envisageable et là, en conservant les planchers existants - puisque le surtout doit supporter les mêmes charges qu'un parking -, nous avons une solution parfaitement réversible.»
Sur cette base existante largement évidée pour laisser entrer la lumière par la verrière de l'agora centrale, les architectes ont créé six noyaux en béton pour les accès et circulations. Ce sont ces mêmes noyaux qui ont ensuite servi de base pour arrimer une dalle de répartition des charges. Et c'est là-dessus qu'ont été posés les logements réalisés en panneaux de bois CLT. Une structure et une surélévation légères mais qui a néanmoins nécessité quelques renforts des fondations. L'ensemble sera complété prochainement par un «café Molière» implanté au rez-de-chaussée.

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