Crédit photo : Shutterstock
Recommandations d'investissement, informations financières, relation client : l'intelligence artificielle s'invite de plus en plus dans l'univers de l'épargne. Souvent invisible pour le grand public, elle transforme pourtant la façon dont les professionnels analysent les marchés et accompagnent les investisseurs. Un rapport de l'Autorité des marchés financiers dresse un état des lieux précis de cette transformation, entre promesses d'efficacité et nouveaux défis.
L'intelligence artificielle (IA) n'est plus une technologie futuriste réservée aux laboratoires de recherche. Dans la finance française, elle est désormais bien réelle. Selon une vaste étude menée par l'Autorité des marchés financiers (AMF) auprès d'une centaine d'acteurs – banques, sociétés de gestion, entreprises cotées, cabinets d'audit ou d'avocats –, près de 9 acteurs sur 10 utilisent déjà l'IA ou prévoient de le faire à très court terme.
Cette dynamique est particulièrement marquée dans les grandes entreprises, qui disposent des moyens humains et financiers nécessaires pour expérimenter et déployer ces outils. Mais les structures plus modestes s'y mettent elles aussi, même si à un rythme plus progressif. Les investissements devraient d'ailleurs continuer à augmenter fortement dans les deux prochaines années, signe que l'IA est perçue comme un levier stratégique de long terme.
Des usages concrets, souvent en coulisses
Contrairement aux idées reçues, l'IA ne s'adresse pas d'abord aux clients finaux. Dans la majorité des cas, elle est utilisée en interne pour améliorer le fonctionnement des organisations. Les usages les plus répandus concernent la rédaction et le résumé de documents, la traduction, les assistants internes de type « copilote », ou encore l'amélioration de la qualité des données.
Ces outils permettent de traiter rapidement de très grands volumes d'informations, de réduire les tâches répétitives et de gagner un temps précieux. Dans certains cas, l'IA est également mobilisée pour renforcer la conformité réglementaire, détecter des fraudes ou surveiller les transactions suspectes.
Les applications directement liées au conseil en investissement ou à la relation client existent, mais restent encore minoritaires et très encadrées, souvent avec une validation humaine systématique.
L'IA générative en tête … et une forte dépendance technologique
Parmi les technologies utilisées, l'IA générative arrive largement en tête. Capable de produire du texte, du code ou des synthèses à partir de simples instructions, elle séduit par sa facilité d'usage, y compris pour des non-spécialistes. La plupart des acteurs s'appuient toutefois sur des solutions « clés en main » fournies par de grands prestataires internationaux, souvent non européens.
Cette dépendance soulève des questions importantes en matière de souveraineté technologique, de sécurité des données et de continuité des services. Les infrastructures hybrides – combinant systèmes internes et cloud – sont aujourd'hui la norme.
Des bénéfices clairs, mais des risques à maîtriser
Les bénéfices de l'IA sont largement reconnus : gains de productivité, réduction des coûts, amélioration des processus et meilleure exploitation des données. Mais les risques le sont tout autant. Protection des données sensibles, dépendance excessive à la technologie, manque de compétences internes ou encore erreurs potentielles des modèles figurent parmi les principales préoccupations.
Pour y répondre, une large majorité des acteurs a mis en place des politiques de gouvernance de l'IA, intégrant des règles d'usage, des principes éthiques et, surtout, un contrôle humain renforcé. L'IA est vue comme un outil d'aide à la décision, pas comme un substitut au jugement humain.
Une vigilance renforcée pour protéger les épargnants
Face à cette transformation rapide, l'AMF adapte également ses propres méthodes de supervision et utilise l'IA pour mieux détecter les fraudes et analyser les marchés. L'enjeu est clair : accompagner l'innovation tout en garantissant la protection des investisseurs et la confiance dans le système financier. Car si l'IA ouvre de nouvelles perspectives, elle rappelle aussi une évidence : dans la finance comme ailleurs, la technologie n'a de valeur que si elle reste au service de l'humain.
0 commentaire
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer