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Vivre en couple implique de parler d’argent. Comment répartir les dépenses sans créer d’inégalités ni sacrifier son indépendance ?
Parler d’argent à deux, ce n’est pas tuer le romantisme, c’est simplement accepter qu’on ne vit pas « d’amour et d’eau fraîche ». Loyer, courses, vacances, projets immobiliers ou envie de se reconvertir : tout passe par le portefeuille. Derrière la question « on fait comment pour les dépenses ? », il y en a une autre, moins dite mais tout aussi importante : comment organiser l’argent du couple sans que l’une des deux personnes y perde son indépendance financière et, à terme, une partie de son pouvoir de décision ?
Partager les dépenses sans laisser filer son patrimoine
Le réflexe le plus courant reste le 50/50 ou le « chacun son tour ». En théorie, cela sonne juste. En pratique, quand les revenus ne sont pas les mêmes, c’est l’injustice organisée. Celle qui gagne moins contribue autant, mais se retrouve avec un reste à vivre plus faible, moins d’épargne et plus de pression pour suivre le niveau de vie de l’autre. Ajoutez à cela les courses faites « en passant », les petits paiements du quotidien, la charge mentale de tout suivre sur Tricount ou autre application, et l’égalité affichée masque souvent un déséquilibre bien réel, souvent au détriment des femmes.
À ce déséquilibre s’ajoute un piège plus discret : la fameuse « théorie des pots de yaourt » popularisée par la journaliste Titiou Lecoq. Lui paie la voiture, le crédit immobilier, les investissements durables. Elle prend en charge les dépenses périssables : nourriture, vêtements des enfants, factures du quotidien. Au moment de la séparation, il repart avec les actifs, elle avec des années de tickets de caisse. L’image prête à sourire, mais dit quelque chose de très concret : si l’un investit et l’autre assume seulement ce qui disparaît, le patrimoine se construit d’un seul côté. D’où l’urgence de parler de qui paie quoi, surtout quand il s’agit d’achats qui restent.
Une organisation commune qui reste équilibrée
Pour sortir de ces logiques bancales, un schéma revient souvent : chacun garde son compte personnel et le couple crée un compte commun pour les dépenses partagées. On y verse de quoi couvrir l’essentiel (logement, charges, courses, frais liés aux enfants, certains loisirs), idéalement au prorata des revenus. Celui ou celle qui gagne 60 % des revenus du foyer finance 60 % du budget commun, l’autre 40 %. C’est moins « égal » au sens strict, mais plus juste. À une condition, toutefois : que le niveau de vie décidé à deux ne soit pas dicté uniquement par le plus gros salaire. Si l’un rêve de vacances lointaines quand l’autre n’a les moyens que d’un week-end modeste, ce n’est pas de la générosité, c’est potentiellement le début d’une dette permanente.
Préserver son autonomie, ce n’est pas refuser de mutualiser, c’est refuser de se dissoudre. Concrètement, cela passe par le maintien d’un compte personnel… et d’une épargne personnelle. Même avec un compte commun bien pensé, chacun doit pouvoir financer ses envies, ses cadeaux, sa garde-robe, une formation, un projet pro ou un éventuel changement de vie, sans avoir à « demander ». Ce filet de sécurité n’est pas un pari pessimiste sur l’avenir du couple, c’est une assurance de ne pas rester coincé le jour où un projet, une situation ou une relation ne convient plus.
Mettre l’argent sur la table, sans tabou
Cet équilibre demande de parler d’argent, non pas une fois pour toutes, mais régulièrement. Se retrouver autour d’un café à la maison pour faire un point finances peut devenir un rendez-vous récurrent du couple : qui gagne quoi, quelles sont les nouvelles charges, qui est passé à temps partiel, quels projets on prépare, comment on ajuste la répartition. C’est aussi le moment d’aborder les sujets qui dérangent : que se passe-t-il si l’on se sépare, si l’un hérite, si l’autre a des dettes importantes, quel régime matrimonial ou quel PACS protège au mieux chacun. Ce n’est pas « parler de malheur », c’est s’assurer que personne ne se retrouvera démuni.
Un budget de couple n’est pas un examen de loyauté, ni un concours de générosité, encore moins un outil pour vérifier qui aime le plus. C’est un cadre que l’on construit à deux pour que chacun reste debout sur ses deux jambes, financièrement et symboliquement. Compte joint ou non, prorata ou autre formule, peu importe la méthode tant qu’elle ne conduit pas l’une des deux personnes à s’effacer, à renoncer à épargner ou à vivre au-dessus de ses moyens pour « suivre ». Mettre l’argent sur la table, c’est se donner la possibilité de partager sans se perdre, de construire ensemble sans que l’une y laisse tout son capital, financier comme personnel.
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