(Crédits: Unsplash - Miltiadis Fragkidis)
Entre baht fluctuant, prix qui grimpent et concurrence du Vietnam ou des Philippines, la Thaïlande reste séduisante mais plus vraiment «pas chère». Voici ce qu'implique aujourd'hui un long séjour.
La Thaïlande reste, dans l'imaginaire des voyageurs français, ce grand classique rassurant de l'Asie du Sud‑Est : facile, souriante, généreuse en plages et en curry, longtemps rangée dans la catégorie «bon plan». Mais pour qui rêve d'y poser ses valises un mois en 2026, la question n'est plus seulement «est‑ce que j'y vais ?», plutôt «est‑ce que le jeu en vaut encore la chandelle financièrement ?». Sur le papier, la machine à touristes tourne presque comme en 2019 ; dans le portefeuille des Européens, la sensation est moins idyllique.
Un royaume à nouveau plein, mais pas forcément riche
Officiellement, la Thaïlande est de retour dans la cour des géants : plus de trente millions de visiteurs internationaux en 2024, une cible annoncée autour de 36 à 39 millions pour 2025‑2026, et toujours cette image de hub régional vers lequel tout converge, des backpackers aux familles en quête de soleil d'hiver. Vu de Bangkok , l'histoire est simple : les avions se remplissent, les hôtels aussi, la parenthèse Covid est derrière nous.
Sur le terrain, le récit est plus nuancé. Les chiffres de la Banque de Thaïlande montrent que la dépense moyenne par touriste, en bahts, reste en deçà de 2019, malgré des durées de séjour qui retrouvent de la consistance. Autrement dit, les voyageurs reviennent, oui, mais ils tiennent leur budget, rognent sur les extras, et ne permettent pas encore au pays de retrouver le niveau de recettes d'avant la crise.
Cinq ans de yo‑yo pour le baht : le parfum de «trop cher»
Pour un Français, le décrochage se mesure d'abord sur une courbe de change. De 2020 à 2025, l'euro a valsé face au baht, tombant par moments autour de 31 bahts pour un euro, avant de reprendre des couleurs vers 36–37 bahts fin 2025, d'après les données de la Banque centrale européenne. Sur un court séjour, l'inconfort reste relatif ; sur un mois, la note change : 1500 euros convertis au plus mauvais moment, ce sont moins de 47.000 bahts ; au meilleur, plus de 54.000 bahts, soit plusieurs milliers de bahts envolés ou gagnés pour le même billet au départ de Paris.
À ce yo‑yo monétaire s'ajoute une réalité que tous les habitués sentent, du trottoir de Sukhumvit aux ruelles de Chiang Mai : la note grimpe. Le plat de rue qui prend quelques bahts, la guesthouse de bord de mer qui se rapproche insensiblement des standards européens, la course en taxi ou le transfert en van qui ne sont plus des détails. La Thaïlande reste moins chère que la France, bien sûr, mais le fameux «rapport qualité‑prix imbattable» d'il y a dix ans a perdu un peu de son éclat. Surtout si on y reste au moins trois semaines.
Un mois en Thaïlande en 2026 : combien faut‑il prévoir vraiment ?
Quand on sort de la mythologie du «pays pas cher» pour regarder les chiffres, la photographie est éclairante. La Banque de Thaïlande évalue la dépense moyenne d'un touriste étranger autour de 4000 à 4100 bahts par jour en 2023, contre plus de 5100 bahts en 2019, ce qui traduit un panier moyen toujours en retrait par rapport à l'avant‑Covid. D'autres études internationales affichent des niveaux plus élevés, autour de 5700 à 5900 bahts par jour – l'équivalent de 160 à 167 dollars – pour un séjour d'une dizaine de jours, soit une enveloppe globale de l'ordre de 50.000 bahts par voyage.
Pour un Français qui s'offre non pas dix jours, mais trente, ces chiffres sont une base de travail. En se calant sur 4000 bahts par jour, un mois représente 120.000 bahts, soit environ 3300 euros au taux de fin 2025, hors billet. En adoptant un mode de vie plus « résident » – appartement plutôt qu'hôtel, cuisine maison ou marchés, bus et trains plutôt que vols intérieurs à répétition – on peut viser 2500 à 3000 bahts par jour, soit 75.000 à 90.000 bahts sur un mois, entre 2000 et 2500 euros. On est loin du mythe d'un mois au bout du monde pour le prix d'une semaine de vacances en France, mais le différentiel reste en faveur du royaume.
Sur place, des touristes nombreux… et plus comptables
Ce décalage se lit dans le paysage touristique. À Pattaya, Hua Hin ou Phuket, les terrasses sont loin d'être vides, mais les bars ouvrent parfois seulement quelques soirs, les restaurants tournent avec des équipes réduites, tandis que les hôtels multiplient les promotions moins visibles dans les statistiques brutes d'arrivées. Les professionnels voient revenir les Européens de longue durée, ceux qui, il y a quelques années, vidaient volontiers leur portefeuille entre happy hours , massages et petites excursions, mais ces derniers surveillent désormais le moindre baht, réduisant les extras pour ne pas dépasser une enveloppe mentale.
Le discours officiel vantant un «tourisme de meilleure qualité», censé compenser la baisse du volume par un visiteur au panier plus élevé, peine à masquer ce mouvement de fond. Oui, le haut de gamme se porte bien, les villas avec piscine et les rooftops panoramiques ne désemplissent pas ; mais la majorité des voyageurs, notamment européens, restent sur une logique de compromis, prêts à payer un peu plus pour le confort, mais plus enclins qu'avant à arbitrer, à renoncer à telle sortie, à fractionner leur séjour entre Thaïlande et une autre destination.
Vietnam, Philippines : la concurrence qui grignote
Et pendant que la Thaïlande gère cette équation délicate, ses voisins avancent leurs pions. Le Vietnam a accueilli environ 17,5 millions de visiteurs internationaux en 2024, soit 98% de son niveau de 2019, un taux de rattrapage supérieur à celui du royaume, estimé autour de 88%. Les Philippines , avec des volumes encore inférieurs à dix millions de visiteurs étrangers, revendiquent une progression rapide et un positionnement offensif face à Singapour, la Malaisie, la Thaïlande ou le Vietnam, assumant un discours de challenger.
Vu d'Europe, cela se traduit par des brochures et des sites de réservation qui mettent de plus en plus en avant Hanoï, la baie d'Ha Long ou Palawan en alternative à Bangkok ou Phuket, avec un argument simple : la sensation de «bon plan» que la Thaïlande a un peu perdue. Les rapports sur les flux européens en Asie‑Pacifique montrent que le royaume reste la première porte d'entrée de la région, mais que Vietnam et Philippines gagnent des parts, portés par des politiques de visas plus souples et une image de destinations encore « découvertes » et abordables. C'est cette concurrence feutrée, mais bien réelle, qui rend chaque hausse de prix ou chaque raideur du baht plus visible aux yeux des voyageurs.
Pour un Français, un classique qui se paye un peu plus cher
Alors, la Thaïlande 2026 est‑elle devenue trop chère pour y passer un mois ? La réponse tient sans doute en un mot : ajustement. Le pays n'est plus ce paradis low cost où l'on accumulait les nuits d'hôtel et les cocktails sans regarder l'addition, mais il reste nettement plus accessible que la plupart des destinations européennes dès lors qu'on allonge la durée du séjour. Le voyageur français doit simplement accepter d'entrer dans une logique de budget plus adulte : suivre le cours du baht, arbitrer entre confort et dépenses, et accepter que certaines images d'Épinal – «tout pour trois fois rien» – appartiennent au passé.
Reste que, pour un mois de déconnexion entre temples, marchés, îles et montagnes, la Thaïlande continue de proposer un rapport expérience/prix que peu de destinations égalent, surtout si l'on sait jouer avec les saisons, les quartiers, les adresses. Le royaume ne s'est pas refermé ; il s'est rapproché, doucement mais sûrement, des prix du monde réel. Aux Européens de décider si le sourire siamois vaut, pour eux, ce supplément de bahts.
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