Photo de l'entrée du tribunal à Saint-Omer (Pas-de-Calais), le 8 juin 2026 ( AFP / Sameer Al-DOUMY )
Un quadragénaire jugé pour viols et violences sur fond de polygamie a été condamné jeudi à 12 ans de réclusion par la cour criminelle du Pas-de-Calais, qui l'a déclaré coupable de l'ensemble des faits qui lui étaient reprochés.
La cour a également prononcé un suivi sociojudiciaire de cinq ans avec obligation de soins. Jérôme P., 45 ans, encourt trois ans de prison supplémentaires en cas de non respect de ce suivi.
Si elle s'est dite "contente d'être reconnue en tant que victime", l'ex-compagne de l'accusé, Jennifer C., a estimé auprès de la presse que "12 ans, c'est pas beaucoup. Moi, j'ai enduré 26 ans (le temps vécu avec lui, ndlr)".
L'avocate générale avait requis 14 ans de prison, décrivant un "système" mis en place par Jérôme P., basé sur "le contrôle, la manipulation et la dissimulation" de ses trois compagnes et de ses quatre enfants, des caractéristiques "poussées à l'extrême" dans ce dossier.
L'aveu par l'accusé, mercredi, de violences sporadiques (fessée, gifles, réprimandes), "c'est tout ce qu'on a eu. Et pourtant je suis certaine que monsieur P. est coupable" de l'ensemble des faits qui lui sont reprochés, avait martelé l'avocate générale.
Avec ces aveux, "pour tout le monde, il a fait un pas en avant, pour moi, il en a fait deux en arrière", a réagi jeudi sa fille aînée, Brenda, selon qui il a minimisé les violences commises.
Jérôme P. est condamné pour viols sur Jennifer C. et pour violences sur ses trois compagnes et les quatre enfants qui vivaient avec eux à Montreuil-sur-Mer (Pas-de-Calais).
"C'est du complot", a-t-il balayé jeudi matin avant les réquisitions.
"Toute-puissance"
Un expert psychiatre a présenté Jérôme P. comme un homme habité d'un "sentiment de toute-puissance", qui "renvoie plutôt la responsabilité sur autrui".
Mardi, Brenda a décrit un père aux "deux facettes: le Jérôme aimant (...) et le monstre".
Photo de la salle d'audience de la cour criminelle au tribunal de Saint-Omer (Pas-de-Calais), le 8 juin 2026 ( AFP / Sameer Al-DOUMY )
Un jour, s'est-elle souvenue, "il me met un coup de poing au visage, il me fait tomber au sol, je perds connaissance". Lorsqu'elle retrouve ses esprits, "pris de remords", il lui offre le dernier iPhone.
C'est justement grâce aux téléphones qu'il a exercé un "contrôle coercitif" sur ses compagnes et enfants, géolocalisés quand ils étaient hors du domicile, selon l'avocate générale.
Dans la maison, il avait installé trois caméras de surveillance, continuellement allumées selon plusieurs témoignages.
Au-delà de l'accusé, c'est le fonctionnement de toute une famille qui a été décortiqué durant son procès. Une famille au sein de laquelle il est de coutume pour les hommes d'avoir plusieurs compagnes et d'exercer envers elles des violences physiques et sexuelles.
Les P. sont "une secte", a asséné lundi l'ex-compagne d'un des frères de l'accusé, mis en examen et placé en détention provisoire pour l'avoir violée, frappée et contrainte à se prostituer.
"Survivantes"
Un autre frère de l'accusé s'est suicidé en 2024 alors qu'il était placé en détention provisoire, mis en examen pour viols incestueux et viols sur conjoint. Un troisième frère a été accusé de viols mardi par Brenda.
Laura, selon ses propres mots "fille non reconnue de Jérôme P.", s'est dite jeudi "fière" que l'audience ait "ouvert la voie à des cousines" qui ont à leur tour dénoncé des violences sexuelles ces derniers jours.
Fabienne Roy-Nansion (G), avocate des parties civiles, au tribunal de Saint-Omer (Pas-de-Calais), le 8 juin 2026 ( AFP / Sameer Al-DOUMY )
L'audience a parfois été terriblement crue, notamment lorsque Jennifer C. a dû décrire les rapports sexuels qu'elle accuse Jérôme P. de lui avoir imposés avec leur berger allemand.
Mais les débats ont également laissé de la place à l'amour: celui que les deux filles aînées de Jérôme P. ressentent encore pour lui, malgré les coups et insultes dont elles l'accusent, et celui de Jennifer C. pour son fils, pourtant un farouche défenseur de son père.
Ce fils de 16 ans, placé chez ses grands-parents paternels, est "un mini-Jérôme" P., selon l'avocate générale. C'est "le dégât collatéral encore en cours" dans ce dossier, a aussi regretté Me Fabienne Roy-Nansion, avocate des parties civiles.
La cour a aussi prononcé jeudi la déchéance de l'autorité parentale de Jérôme P. sur ce fils et son autre enfant encore mineur.
"J'espère que la décision (de la cour) ouvrira les yeux de mon enfant", a réagi Jennifer C.

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