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USA-Un quart de siècle plus tard, l'empreinte durable du 11-Septembre
information fournie par Reuters 11/09/2026 à 08:00
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par Maria Tsvetkova et Dan Fastenberg

Scott Larsen avait quatre ans lorsque son père, le pompier new-yorkais dont il porte le nom, a péri dans l'effondrement du World Trade Center le 11 septembre 2001.

Son père, alors âgé de 35 ans, avait été affecté temporairement au sud de Manhattan depuis sa caserne habituelle de Woodside, dans l'arrondissement du Queens, lorsque deux avions détournés par des islamistes d'Al Qaïda se sont encastrés dans les tours jumelles qui dominaient le sud de Manhattan.

Il fut l'un des 343 membres du service des incendies de la ville de New York (FDNY) morts dans l'attaque survenue il y a 25 ans.

Ces deux appareils, ainsi qu'un troisième projeté contre le Pentagone et un quatrième qui s'est écrasé en Pennsylvanie, ont fait près de 3.000 morts dans une attaque d'une ampleur inédite qui a endeuillé des dizaines de proches de victimes et stupéfié le monde.

Les événements du 11-Septembre, au début du premier mandat du président George W. Bush, ont profondément remodelé la politique de sécurité nationale des Etats-Unis et conduit à des guerres qui ont duré des décennies et fait plus de 900.000 morts, principalement en Irak et en Afghanistan.

Ils ont également changé le cours de nombreuses vies, poussant certains enfants de victimes à suivre les pas de leurs parents dans les services de secours, la carrière militaire, médicale ou dans le service public, tandis que les survivants, les secouristes et des millions d'Américains continuent de composer avec les retombées de cette journée.

Voici les parcours de trois d'entre eux.

"TOUJOURS VOULU ÊTRE ICI"

Scott Larsen a suivi les traces de son père. Il a rejoint le FDNY et obtenu une affectation dans la caserne de Woodside où son père avait servi.

"C'était quelque chose qui était en moi. J'ai toujours voulu être ici", témoigne Scott Larsen, aujourd'hui âgé de 29 ans.

Son cas est loin d'être isolé : 58 enfants de pompiers du FDNY morts le 11 septembre ont emprunté la même voie, selon des données recueillies par l'Association internationale des pompiers. Dans cette caserne, l'empreinte laissée par son père n'est jamais loin, sur une plaque commémorative, sur un camion de pompiers ou sur les photographies accrochées dans la cuisine et la salle de repos.

"Son souvenir se rappelle chaque jour à moi, honnêtement", confie Scott Larsen. "Il ne se passe pas un jour ici sans que je le regarde."

Le jeune homme représente la troisième génération de pompiers de sa famille. Son frère cadet, né deux jours après les attaques du 11-Septembre, a réussi l'examen d'entrée et espère rejoindre le FDNY l'an prochain.

"J'espère que lorsque j'aurai un fils ou une fille, peu importe, ils poursuivront cet héritage", souligne-t-il.

"UNE AFFAIRE PERSONNELLE"

Le docteur Michael Crane n'a jamais cessé d'aider les secouristes, bien après le 11-Septembre. Des dizaines de milliers de policiers, pompiers, employés des compagnies de services publics et ouvriers du bâtiment sont intervenus sur les décombres dans le sud de Manhattan.

Surnommé "The pile" ("Le tas"), l'amoncellement de ruines atteignait environ cinq étages de hauteur et les recherches de survivants, puis de restes humains, se sont poursuivies pendant des mois sous des nuages de poussière qui ne retombaient pas.

En tant que directeur médical de la compagnie d'électricité new-yorkaise Con Edison, Michael Crane était chargé de protéger les équipes de secours et de nettoyage, notamment en veillant à ce que chacune dispose des dispositifs de sécurité adaptés.

Distribuer ces équipements s'est toutefois révélé plus simple que de les faire porter : ils se bouchaient rapidement à cause de la poussière et beaucoup les jetaient.

Dans les premiers jours des opérations de récupération, un jeune homme s'est présenté dans le bureau de Michael Crane avec une forte toux après avoir travaillé sur le site de Ground Zero.

Lorsque le médecin lui a conseillé de s'arrêter quelques jours pour se faire soigner, il a refusé. Un membre de sa famille était enseveli quelque part sous les décombres, raconte Michael Crane lors d'un entretien à l'hôpital Mount Sinai, où il exerce désormais comme directeur médical du World Trade Center Health Program.

"A ce moment-là, j'ai compris qu'il ne s'agissait pas seulement d'une affaire nationale ou étatique, c'était une affaire personnelle", explique Michael Crane, aujourd'hui âgé de 74 ans. "C'était personnel pour beaucoup de ces hommes qui avaient perdu quelqu'un là-bas."

Le World Trade Center Health Program, financé par l'Etat fédéral, fournit des soins aux personnes souffrant de maladies liées au 11-Septembre. Il couvre plus de 150.000 secouristes ayant participé aux opérations de sauvetage et de récupération ainsi que des survivants qui vivaient, travaillaient ou étudiaient dans la zone touchée, selon des données arrêtées au 30 juin par les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC).

Au 30 juin, les personnes inscrites au programme avaient reçu environ 85.000 certifications pour des pathologies liées au World Trade Center. Environ la moitié étaient associées à l'inhalation ou à l'ingestion de poussières toxiques et près de 30% à des cancers.

Plus de 9.000 personnes suivies par le programme sont décédées depuis le 11-Septembre, même si les responsables soulignent qu'il est difficile d'évaluer l'impact exact joué par les attentats dans ces décès.

Un quart de siècle après les attaques, Michael Crane reste profondément marqué par les travailleurs engagés sur le site.

"On s'attache à ces gens", dit-il. "Ils sont extraordinaires, résistants, drôles, un peu fous. Et malgré tout ce qu'ils ont traversé, ils sont mentalement très solides et fiers de ce qu'ils ont accompli."

"JE N'AI PAS ÉCOUTÉ MON INTUITION"

Comme tant d'autres personnes touchées par le 11-Septembre, Michael Tuohey vit avec des questions qui n'ont aucune réponse. Agent d'escale aérien à l'époque, il a aidé, malgré ses doutes, deux des pirates de l'air à s'enregistrer à l'aéroport international de Portland, dans le Maine, point de départ d'un voyage qui s'est achevé lorsque le vol 11 d'American Airlines a percuté la tour nord du World Trade Center.

Mohammad Atta et Abdul Aziz al Omari sont arrivés une demi-heure seulement avant leur vol. Michael Tuohey a scanné leurs billets papier pour vérifier s'ils avaient été achetés récemment ou réglés en espèces, ce qui l'aurait alerté. Mais les billets avaient été réservés plusieurs semaines auparavant, réglés par carte bancaire et concernaient des places en première classe.

"J'avais le sentiment que le plus âgé et le plus petit des deux n'avait pas envie d'être là", se souvient Michael Tuohey, en référence à Mohammad Atta. "Et puis je me suis dit : il est 05h30 du matin. Personne n'aime se lever à 05h30 du matin."

Dans les années qui ont suivi les attentats, les défaillances des services de renseignement américains, qui n'avaient pas su détecter le projet d'Al Qaïda, ont fait l'objet d'enquêtes poussées. Le département de la Sécurité intérieure a été créé, les procédures de sûreté dans les aéroports ont été durcies et de nouvelles lois sur la sécurité ont été adoptées.

Mais aux premières lueurs du jour qui éclairaient le ciel de Portland ce matin d'automne, Michael Tuohey n'avait aucun moyen de savoir quelle tragédie allait se produire.

"Mon intuition était bonne mais il existait des lois, des lois contre le profilage des personnes", explique Michael Tuohey, aujourd'hui âgé de 80 ans et retraité.

"Je n'ai pas écouté mon intuition et cela a abouti à quelque chose d'horrible. Cela ne veut pas dire que j'avais raison. C'est simplement que cela aurait pu changer quelque chose. Peut-être. Qui sait ?"

(Brian Snyder et Erica Stapleton; version française Nicolas Delame, édité par Sophie Louet)

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