par Joseph Ax
L'impopularité du président américain Donald Trump amenuise les chances des républicains de conserver leurs courtes majorités au Congrès à deux mois des élections de mi-mandat du 3 novembre, alors que la campagne électorale entre dans sa phase décisive.
Journalistes et analystes politiques le soulignent : les "midterms" constituent avant tout une forme de plébiscite pour l'occupant de la Maison blanche.
Cette réalité est encore plus marquée à l'ère Trump. Figure omniprésente de la vie politique américaine depuis près d'une décennie, le président est confronté à d'importants vents contraires à l'approche de ses deux dernières années de mandat.
Si les démocrates remportent la majorité à la Chambre des représentants, scénario qui paraît probable, ils pourraient diligenter des enquêtes aux effets dévastateurs pour l'administration Trump et contraindre la Maison blanche à davantage de souplesse dans ses relations avec le Congrès.
Or, les dirigeants du parti de l'âne se sont déjà engagés à ouvrir de multiples procédures destinées à démontrer que l'hôte de la Maison blanche est bien le personnage corrompu qu'ils soupçonnent.
La bataille pour le contrôle du Sénat demeure en revanche trop indécise pour permettre un pronostic, jugent les analystes. Une majorité démocrate dans cette chambre aurait toutefois un impact considérable sur la présidence et sur son pouvoir de nomination.
S'ils ne sont pas épargnés par les tiraillements entre leurs ailes progressistes et centristes, les démocrates peuvent s'appuyer sur le rejet désormais éprouvé par une très large partie de l'opinion publique à l'encontre du président Donald Trump.
Selon le dernier sondage Reuters/Ipsos en date, la cote de popularité de Donald Trump est à un plus bas historique. Une large majorité d'Américains se dit insatisfaite de la guerre en Iran et de la situation économique et son solde d'opinions défavorables est presque deux fois supérieur à celui qu'il accusait à la même période en 2018, lorsque les démocrates avaient gagné 40 sièges à la Chambre.
Les démocrates affichent également davantage d'enthousiasme à l'idée de voter que les républicains, une tendance corroborée par leur forte mobilisation lors de récentes élections partielles et primaires. Les électeurs inscrits disent en outre préférer les candidats démocrates aux républicains avec cinq points d'avance.
Depuis 1938, la formation du locataire de la Maison blanche ne l'a emporté qu'à deux reprises lors des élections de mi-mandat, une performance que Donald Trump aura bien du mal à égaler.
"Je pense qu'il existe un consensus selon lequel le président n'est pas concentré sur la priorité numéro un des électeurs, à savoir le coût de la vie", commente Jessica Taylor, analyste du Sénat au Cook Political Report.
"Si vous voulez exprimer votre mécontentement envers le président, la seule manière de le faire lors des élections de mi-mandat est de voter contre son parti."
Les démocrates doivent toutefois composer avec leurs propres tensions internes. Des candidats progressistes, dont certains se réclament du socialisme démocratique, ont battu des modérés soutenus par l'establishment dans plusieurs scrutins internes, alimentant les interrogations sur leur direction, leur message politique et leur unité.
Les républicains conservent par ailleurs plusieurs avantages structurels. A la Chambre des représentants, où ils disposent actuellement d'une majorité étroite de 218 sièges contre 214, ils pourraient gagner jusqu'à dix sièges supplémentaires grâce au redécoupage électoral qu'ils ont entrepris dans plusieurs États.
Les 435 sièges de la Chambre des représentants ainsi qu'environ un tiers des 100 sièges du Sénat seront renouvelés lors du scrutin du 3 novembre.
GAGNER DANS LES ÉTATS PRO-TRUMP
La carte électorale du Sénat demeure par ailleurs particulièrement défavorable aux démocrates.
Même en cas de victoire dans des États disputés comme la Géorgie, le Maine, le Michigan et la Caroline du Nord, ils devraient encore l'emporter dans au moins deux des quatre États où Donald Trump s'était imposé avec plus de dix points d'avance en 2024: l'Alaska, l'Iowa, l'Ohio et le Texas.
Si les candidats démocrates ont collecté davantage de fonds que leurs adversaires républicains au niveau national, les comités du Parti républicain et les "super PAC" qui lui sont affiliés disposent de ressources très supérieures à celles de leurs homologues démocrates. À lui seul, "le super PAC" soutenant Donald Trump représente une réserve de 400 millions de dollars.
"Il ne fait aucun doute que les démocrates remporteront le vote populaire au niveau national", estime Jesse Ferguson, stratège démocrate. "La question est de savoir si ces obstacles structurels les empêcheront de gagner la majorité."
Sous l'impulsion de Donald Trump, les républicains s'efforcent de présenter les démocrates comme des socialistes, voire des communistes, en mettant en avant des candidats tels qu'Abdul El-Sayed, candidat démocrate progressiste au Sénat dans le Michigan.
"Cette année est celle du 'Contrast for America'", a déclaré le président de la Chambre des représentants, Mike Johnson, en référence au slogan républicain "Contract with America" de 1994.
"C'est un contraste entre le bon sens et la folie."
Reste à savoir si ces attaques trouveront un écho alors que le mécontentement lié au coût de la vie reste élevé. Plusieurs États clés pour les élections sénatoriales pourraient ressentir de manière aiguë l'impact de certaines politiques de Donald Trump.
Dans l'Iowa, les agriculteurs sont confrontés à une hausse des coûts de l'énergie et aux effets des droits de douane décrétés par le président. Au Texas, des éleveurs de bovins ont critiqué sa décision de supprimer les taxes sur l'importation de boeuf. Le Michigan et le Maine pourraient, de leur côté, souffrir de l'escalade de la guerre commerciale avec le Canada.
Les républicains ont organisé la semaine dernière à Dallas une convention de mi-mandat inhabituelle afin de remobiliser leur base électorale et rappeler les réductions d'impôts ainsi que d'autres réalisations de Donald Trump.
La fébrilité est telle que le président, dans un discours prononcé mercredi soir, a promis de verser un dividende de 5.000 dollars à chaque Américain si les républicains l'emportent.
Si le coût de la vie et la guerre dominent les préoccupations des électeurs, les campagnes mettront également l'accent sur la santé ou le débat autour des centres de données.
Il reste encore huit semaines avant le scrutin, une éternité au regard de la capacité éprouvée de Donald Trump à renverser les tendances. Mais il est peut-être déjà trop tard pour que les républicains changent la perception négative des électeurs sur l'économie, jugent plusieurs analystes.
"Les républicains peuvent-ils susciter un enthousiasme ?", s'interroge Kyle Kondik, expert électoral au Center for Politics de l'Université de Virginie.
"L'autre possibilité est qu'il n'y ait aucun redressement et que la baisse de popularité de Trump soit irréversible. C'est la grande inconnue de cette élection."
(Joseph Ax, avec Richard Cowan; version française Nicolas Delame, édité par Sophie Louet)

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