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Union européenne : un commissaire à la Défense, oui, mais avec quelles prérogatives ?
information fournie par Boursorama avec Media Services 16/09/2024 à 14:47

Le domaine de la défense et de l'armement est actuellement sous la responsabilité du Français Thierry Breton, commissaire au Marché intérieur, chargé des industries de défense, qui vient de démissionner avec fracas.

Ursula von der Leyen à Strasbourg, le 18 juillet 2024. ( AFP / FREDERICK FLORIN )

Ursula von der Leyen à Strasbourg, le 18 juillet 2024. ( AFP / FREDERICK FLORIN )

Pas d'armée européenne, ni de ministre de la Défense. Cependant, Ursual von der Leyen l'a promis, l'Union européenne va se doter d'un commissaire à la Défense. Faire face à la menace russe, coordonner la politique d'achat d'armement, assurer la cybersécurité de l'Union... ? Les missions sont multiples, mais le futur commissaire va devoir s'imposer parmi ses pairs pour se voir attribuer -et conserver- des prérogatives.

Ces dernières dépendront à la fois de la personnalité du futur commissaire européen et du portefeuille qui lui sera finalement attribué.

L'UE est encore loin d'une union militaire mais Bruxelles s'occupe néanmoins d'industries de défense, particulièrement depuis le renforcement de la menace russe après l'annexion de la Crimée en 2014. Ce domaine est actuellement sous la responsabilité du Français Thierry Breton, commissaire au Marché intérieur, chargé des industries de défense, qui a démissionné lundi avec fracas . Ce départ, l'Europe n'en "avait pas besoin", déplore François Heisbourg, expert à la Fondation pour la recherche stratégique. Thierry Breton a "apporté beaucoup d'énergie et de savoir-faire pour bâtir une politique européenne d'achat d'armes" en commun, estime-t-il.

L'arrivée d'un commissaire à la Défense pourrait donc se limiter à lui transférer les services actuellement gérés par l'ancien ministre français. "C'est le modèle le plus vraisemblable parce qu'il n'y a pas de débats de compétence", remarque de ce point de vue Camille Grand, spécialiste des questions de défense auprès du Conseil européen pour les Affaires étrangères (ECFR).

Une deuxième option : on lui confie d'autres responsabilités comme la cyber-sécurité, la lutte contre la désinformation, les attaques hybrides , "pour épaissir" son portefeuille, explique encore Camille Grand.

Enfin, on peut aller encore plus loin en lui attribuant certaines des compétences actuellement entre les mains du chef de la diplomatie européenne, ce qui est très loin d'être simple. Le Haut-représentant de l'UE pour les Affaires étrangères, l'Espagnol Josep Borrell -et bientôt l'Estonienne Kaja Kallas, nommée pour le remplacer avant la fin de l'année-, est également compétent pour les questions de défense.

"Il va devoir se battre"

L'Agence européenne de défense, qui soutient entre autres l'innovation dans le secteur de l'armement, tombe sous la responsabilité du Haut-représentant, le HRVP en jargon bruxellois. Kaja Kallas sera-t-elle prête à y renoncer au profit du futur commissaire à la Défense ? On l'imagine mal de la part de cette ancienne Première ministre de l'Estonie, un des plus solides alliés de l'Ukraine en Europe, jugent les experts.

Quelle que soit l'option finalement retenue, "il va devoir se battre", juge ainsi Camille Grand en évoquant ce qui attend le futur commissaire à la Défense. Sera-t-il placé sous l'autorité de Kaja Kallas, d'un futur super-commissaire à la Sécurité ou à l'Autonomie stratégique ? Les hypothèses vont bon train à Bruxelles.

Son influence dépendra aussi de son poids politique et de son origine géographique. "Je pense qu'il serait très difficile pour quelqu'un provenant d'un petit pays , même s'il est compétent, de mobiliser les ressources nécessaires pour faire de son poste un succès", prévient ainsi Ian Lesser, expert auprès du German Marshall Fund à Bruxelles. Aucun "grand" pays n'a jusqu'à présent publiquement affiché son intérêt pour le poste. Un moment évoqué, le ministre polonais des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski a finalement jeté l'éponge.

Le candidat pressenti est l'ancien Premier ministre lituanien Andrius Kubilius. Mais la démission surprise de Thierry Breton lundi rebat toutes les cartes.

500 milliards d'euros sur 10 ans

"Il y a clairement un besoin urgent de la part de la présidente de la Commission européenne de définir (son) rôle", juge Guntram Wolff, expert auprès de l'institut Brugel et auteur d'un "mémo" adressé au futur commissaire à la Défense. Il faudra aussi lui donner les moyens d'agir. Ursula von der Leyen a évoqué le chiffre de 500 milliards d'euros sur 10 ans pour muscler la défense de l'Europe . Un chiffre qui a provoqué une levée de boucliers de la part de certains Etats membres.

L'ancien Premier ministre Mario Draghi a recommandé lundi dernier à Bruxelles que les Européens s'endettent -comme ils l'avaient fait lors de la pandémie du Covid-19- pour mieux financer, entre autres, le secteur de la défense. L'idée d'un nouvel emprunt commun, soutenue par la France, reste cependant une ligne rouge pour de nombreux pays du nord de l'Europe, tels que l'Allemagne ou les Pays-Bas.

"D'énormes investissements dans le secteur de la défense restent nécessaires sur le très long terme pour remédier aux lacunes européennes en matière de capacités de défense", explique pourtant, à titre personnel, Burkard Schmitt, directeur Défense auprès de l'ASD, le lobby à Bruxelles des industries de l'espace et de la défense. Et si les États membres ne sont pas prêts à payer, et à changer radicalement dans leur façon de coopérer entre eux, alors "l'impact sera limité, quelles que soient les initiatives prises par l'UE", assure-t-il.

9 commentaires

  • 16 septembre 15:56

    Demander le programme .on va donner à l’Europe, notre bombe atomique notre porte-avions nucléaire notre armée on ne va pas nous donner la gouvernance des armées et la commission européenne va décider d’aller se battre jusqu’au dernier homme en Ukraine. Cela va faire plaisir aux Américains et nous mettre dans un triste état


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