Un policier a été condamné à un an de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Paris pour des violences aggravées sur deux mineurs, plus de six ans après le récit d'un journaliste infiltré dans le commissariat parisien où ils travaillaient ( AFP / Ludovic MARIN )
Un policier a été condamné à un an de prison avec sursis, mardi par le tribunal correctionnel de Paris, pour des violences aggravées sur deux mineurs, plus de six ans après le récit d'un journaliste infiltré dans le commissariat parisien où ils travaillaient.
Dans son livre "Flic", paru en 2020, Valentin Gendrot décrit les "tabassages", les insultes racistes et homophobes, mais aussi le manque de moyens, les suicides et le mal-être des policiers dans un commissariat de l'est parisien, où il a passé six mois comme adjoint de sécurité.
Tout est "brodé", "romancé" dans cet ouvrage, qui donne "l’impression qu'on est tous des racistes, misogynes, (...) violents, ce qui n'est pas le cas", explique en préambule le policier Marc F., qui décrit une brigade "colorée" et reconnaît simplement un "jargon" et "des blagues".
Le gardien de la paix de 38 ans était jugé pour des violences commises sur deux frères, en avril 2019. Les "petites claques humiliantes" données au cadet lors d'un contrôle vont déclencher la colère du grand frère, qui est interpellé pour s'être interposé, relate la présidente.
Selon la procureure, il aurait ensuite reçu, "enfermé entre quatre murs" dans la voiture, "coup de poing sur coup de poing", puis un nouveau coup à son arrivée au commissariat.
"On retrouve un œuf sur le visage du garçon", lui rappelle la présidente.
"Venez en police secours avec nous", lui intime le policier, "je ne suis pas sur un ring de boxe, si une personne ne veut pas se faire interpeller, on s’y met à quatre, cinq".
"Faux" procès-verbal
Désormais pilote de drone à la préfecture de police de Paris, le fonctionnaire refuse de se remettre en question : "C'est de l’action-réaction, c’était proportionné", dit-il.
Les violences n'ont pas été rapportées dans le procès-verbal d’intervention, qualifié de "faux" par le journaliste Valentin Gendrot, qui a assisté à sa rédaction.
Après l'interpellation, le gardien de la paix avait déposé plainte pour outrage et menaces aggravées contre l'ainé des deux frères.
Le jeune homme reconnaît avoir injurié le policier, en réponse aux insultes et aux coups reçus, selon sa déposition lue au tribunal.
Plusieurs épisodes de violences racontés au fil des pages du livre "Flic" n'ont pas pu être corroborés par l’enquête "faute d’identification" des personnes concernées, des migrants le plus souvent, mais intéressent néanmoins les trois juges.
"Embarquer quelqu'un" puis "le relâcher" au milieu de nulle part pour "lui donner une leçon", c'est une pratique que vous avez reconnue, rappelle la présidente au policier, en référence à la scène d'ouverture de "Flic", où un migrant violenté est relâché à quelques kilomètres du lieu de son interpellation.
"Vous avez dérapé ou (ma question) vous paraît hors sol ?", lui demande la magistrate, consciente du "métier extrêmement difficile" exercé par les policiers de terrain.
Né de parents chinois, le policier, "engagé dans la police pour remercier le pays" d’avoir accueilli sa famille, explique ne plus vouloir travailler sur le terrain, après être passé pour une "crapule" dans cette affaire.
"Est-ce que cela empêche de se remettre en question ?", l’interroge la présidente. "Absolument pas, mais il y a une différence entre se faire critiquer et se faire planter dans le dos", estime le policier, en référence au journaliste infiltré. "Je ne suis pas rentré dans la police pour qu’on me crache dessus."
Le journaliste français Valentin Gendrot à Paris, le 1er septembre 2020 ( AFP / JOEL SAGET )
Le journaliste "est dans la salle", "avez-vous quelque chose à lui dire ?", lui demande l’une des juges. "Rien à dire", tranche-t-il.
"J’ai appris par hasard la tenue de cette audience", explique Valentin Gendrot à l’AFP. "Malheureusement, jamais la parole ne m’aura été donnée. Je le regrette."
"En résumé, même quand il y a des preuves d'une bavure policière - enregistrements, témoignages circonstanciés... - la justice fait tout pour éviter la sanction pourtant prévue la loi", estime-t-il.
"Tout ce que je veux, c'est que les enfants soient protégés par la police", explique la mère des deux frères, absents de l'audience car ils ne souhaitaient pas, selon elle, se replonger dans cette histoire.

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