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Un incendie criminel fait trois morts dans une banlieue de Lyon en proie au narcotrafic
information fournie par AFP 11/05/2026 à 19:59

Un membre de l'opération Sentinelle monte la garde aux côtés d'un policier et d'un pompier sur le site d'un incendie qui s'est déclaré dans un immeuble résidentiel à Décines-Charpieu, en périphérie de Lyon, le 11 mai 2026 ( AFP / JEFF PACHOUD )

Un membre de l'opération Sentinelle monte la garde aux côtés d'un policier et d'un pompier sur le site d'un incendie qui s'est déclaré dans un immeuble résidentiel à Décines-Charpieu, en périphérie de Lyon, le 11 mai 2026 ( AFP / JEFF PACHOUD )

Trois personnes sont mortes, lundi matin, lors d'un incendie criminel dans un immeuble en banlieue de Lyon, et les enquêteurs étudient la piste d'un possible règlement de comptes entre narcotrafiquants.

Dans la soirée, la préfecture a annoncé l'envoi de renforts de police "conséquents" et la maire de Décines-Charpieu a imposé un couvre-feu pour les mineurs à partir de 22 heures dans le quartier populaire du Prainet, en proie à la multiplication d'actes d'intimidation ces dernières semaines, dont des tirs en rafale sur des façades d'immeubles ou des incendies de portes de palier.

"Vers 7H30, il y a eu plusieurs départs de feu" dans un immeuble de sept étages, a déclaré sur place le préfet délégué à la sécurité Antoine Guérin.

Trois résidents sont morts et quatorze personnes exposées à des fumées ont été transportées à l'hôpital en urgence relative. Une quarantaine d'autres ont été prises en charge dans un gymnase voisin, selon la préfecture.

Le sinistre, qui a mobilisé plus de 80 sapeurs-pompiers et une trentaine d'engins, a rapidement été éteint. Mais les habitants du quartier, déjà sur la défensive ces dernières semaines, restent sous le choc.

"La situation est très compliquée", confie à l'AFP un résident de l'immeuble âgé de 18 ans qui dit avoir eu très "peur". "Les pompiers ont cassé la porte de chez moi, on était les derniers à sortir, la porte prenait feu", raconte-t-il sous couvert d'anonymat.

Aucune information sur l'identité des personnes décédées n'a été communiquée. L'une d'elles s'est défenestrée en se jetant du septième étage, selon deux sources proches du dossier.

"C'était choquant", a raconté une voisine, qui dit avoir assisté à la scène et être "traumatisée". Comme tous les riverains, elle n'a pas souhaité donner son nom par peur de "représailles".

Une cellule d'écoute psychologique a été mise en place et le bailleur a commencé à reloger les habitants.

- "Guerres de territoire" -

Le parquet de Lyon a ouvert une enquête pour homicide volontaire en bande organisée, et l'a confiée à la division de la criminalité organisée et spécialisée (DCOS) de la police judiciaire.

Des policiers et des pompiers sur le site d'un incendie qui s'est déclaré dans un immeuble résidentiel à Décines-Charpieu, en périphérie de Lyon, le 11 mai 2026 ( AFP / JEFF PACHOUD )

Des policiers et des pompiers sur le site d'un incendie qui s'est déclaré dans un immeuble résidentiel à Décines-Charpieu, en périphérie de Lyon, le 11 mai 2026 ( AFP / JEFF PACHOUD )

"Pour l'heure, aucune hypothèse n'est écartée, notamment la piste criminelle", a assuré le procureur de Lyon, Thierry Dran, qui tiendra une conférence de presse mardi.

"L'hypothèse de violences entre trafiquants de drogues est à l'étude", a précisé à l'AFP une source policière.

"Il y a eu des guerres de territoire sur Lyon ces derniers jours (...) des rivalités entre des bandes de narcotrafiquants", notamment à Décines-Charpieu, a rappelé le préfet Guérin.

Plusieurs départs de feu d'origine volontaire ont eu lieu depuis fin avril, rue Sully où s'est produit l'incendie lundi, et des tirs d'armes à feu ont été recensés à proximité.

Le 24 avril, une femme qui rentrait chez elle avec ses enfants a été atteinte au mollet par une balle perdue dans des tirs qui visaient des voitures stationnées.

La maire LR de Décines-Charpieu, Laurence Fautra, avait alors interpellé le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, et réclamé une "présence régalienne ferme et efficace" pour "purger" la ville "de ses narcotrafiquants". Lundi soir, en plus du couvre-feu pour les mineurs, elle a appelé le gouvernement à "l'instauration de l'état d'urgence" au Prainet.

- "Chicago" -

La préfète du Rhône a annoncé sur X des renforts "conséquents" avec le déploiement dès lundi soir de deux compagnies de CRS et d'autres effectifs des polices nationale, départementale et municipale.

Martine, 65 ans, habite rue Sully depuis une trentaine d'années. "Il y a toujours eu du trafic de drogue" mais "avant, les trafiquants cramaient des voitures", dit-elle à l'AFP. Désormais, "ils mettent en danger tout un immeuble, c'est n'importe quoi".

"Maintenant, c'est Chicago", abonde un jeune homme de 22 ans qui vit dans l'immeuble sinistré et assure avoir reçu des impacts de balle dans sa porte il y a deux semaines. "Ca crame des portes tous les jours. C'est tendu, c'est invivable", dit un autre résident.

Dans l'après-midi, une quinzaine d'habitants du quartier se sont réunis devant la mairie pour réclamer de "vrais moyens de protection". "Les victimes collatérales, c'est nous", a relevé un quinquagénaire. "Tout le monde est laissé à l’abandon dans notre quartier", s'est agacée une mère de famille.

En décembre 2022, un incendie avait fait dix morts, dont quatre enfants, dans un immeuble de Vaulx-en-Velin, également dans la banlieue est de Lyon. L'enquête a montré que le feu était parti d'un canapé installé dans un point de deal au rez-de-chaussée, sans identifier les responsables.

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