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Ukraine-Moscou veut entériner ses conquêtes territoriales par des référendums
information fournie par Reuters 20/09/2022 à 17:20

* La contre-offensive de Kyiv oblige Poutine à revoir ses plans

* Les séparatistes veulent organiser des référendums d'annexion en fin de semaine

* Moscou table sur la peur occidentale d'une confrontation directe avec la Russie

* Kyiv assure que ça ne va rien changer à sa détermination

(Actualisé avec Kouleba, Pouchiline, précisions)

par Guy Faulconbridge et Felix Light

LONDRES, 20 septembre (Reuters) - L'ancien président russe Dmitri Medvedev, aujourd'hui à la tête du Conseil de sécurité de Vladimir Poutine, a apporté mardi son soutien aux référendums d'annexion que veulent organiser les séparatistes prorusses en Ukraine dès cette semaine, dans l'espoir de décourager les pays occidentaux de continuer à soutenir la contre-offensive ukrainienne.

Après sept mois de guerre, l'atmosphère a totalement changé sur le terrain, la conquête de l'ensemble du Donbass - objectif affiché de Moscou depuis l'échec de son offensive vers Kyiv - semblant de plus en plus illusoire alors que l'armée ukrainienne a au contraire entamé la reconquête des territoires occupés, bien aidée par l'accélération des livraisons d'armes modernes occidentales.

Les forces russes qui ont dû se retirer précipitamment de la région de Kharkiv il y a une dizaine de jours sont de plus en plus sous pression dans la région de Louhansk, la seule qu'elles contrôlent entièrement, dans le nord-est de l'Ukraine, et cèdent aussi progressivement du terrain plus au Sud, à l'approche de la ville de Kherson.

Alors que les hommes et les armes commencent à manquer, la Russie cherche à sécuriser ses conquêtes territoriales et a réactivé son projet de référendums d'annexion, qu'elle semblait avoir mis de côté ces dernières semaines, une initiative dont l'Ukraine a aussitôt assuré qu'elle n'allait "rien changer".

Les dirigeants des "république populaire de Louhansk" (RPL) et "république populaire de Donetsk" (RPD) ainsi que les chefs des administrations mises en place par Moscou dans les parties des régions de Zaporijjia et Kherson occupées par les troupes russes ont dit mardi avoir l'intention d'organiser ces votes du 23 au 27 septembre, soit à partir de ce vendredi.

"Je vous demande qu'aussi rapidement possible, en cas d'issue positive du référendum, qui ne fait pour nous aucun doute, vous considériez la RPD comme partie intégrante de la Russie", a écrit le chef de la RPD, Denis Pouchiline, dans une lettre adressée à Vladimir Poutine.

Dmitri Medvedev, qui a présidé la Russie de 2008 à 2012, s'est dit très favorable à ces "initiatives" qui vont selon lui changer l'Histoire du pays et permettre à Moscou de disposer de davantage d'options pour défendre ces territoires.

"LÉGITIME DÉFENSE"

"Empiéter sur le territoire russe est un crime qui permet d'utiliser toutes les formes de légitime défense", a dit le conseiller du président Vladimir Poutine dans un message sur Telegram. "C'est pourquoi ces référendums sont si redoutés à Kyiv et en Occident."

"Il est tout aussi important qu'après la modification de la Constitution de notre Etat, aucun futur dirigeant de la Russie, aucun responsable ne puisse revenir sur ces décisions", a-t-il ajouté.

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a déclaré de son côté à la télévision d'Etat russe que la décision relevait des habitants des régions séparatistes.

L'annexion des territoires ukrainiens est la dernière carte dont dispose Vladimir Poutine pour mettre en garde les Etats-Unis et leurs alliés européens contre une confrontation directe avec la Russie, première puissance nucléaire mondiale.

Le président américain Joe Biden, dont le pays fournit la part la plus importante de l'aide militaire à l'Ukraine, a dit dès le mois de mars qu'il ne voulait pas d'une guerre entre la Russie et l'Otan.

Les dirigeants russes s'estiment pourtant déjà en conflit avec "l'Occident collectif" qui fournit à l'Ukraine, outre les armes qui ont inversé le rapport de forces sur le terrain, des renseignements décisifs pour le succès de ses attaques et la formation de ses soldats.

Vladimir Poutine a présenté vendredi la contre-offensive ukrainienne comme le résultat d'un complot occidental visant à détruire la Russie.

Cette conviction est profondément ancrée au Kremlin depuis que le président ukrainien prorusse Viktor Ianoukovitch a été renversé par la rue en 2014. Moscou avait immédiatement répliqué en annexant la Crimée et en apportant un soutien militaire aux séparatistes des régions de Donetsk et Louhansk.

"ÇA NE VA RIEN CHANGER"

L'actuel président ukrainien Volodimir Zelensky a fait de la reconquête de l'ensemble des territoires occupés, y compris ceux qui le sont depuis huit ans, l'objectif de la contre-offensive lancée ces dernières semaines, pour laquelle il réclame avec de plus en plus d'insistance aux pays occidentaux des armes lourdes et modernes, notamment des chars.

Il a ironisé lundi sur la "panique" qui s'est emparée des dirigeants russes et prorusses, illustrée par l'organisation précipitée des référendums.

L'armée ukrainienne accentue la pression dans le Donbass

Son chef de la diplomatie, Dmitro Kouleba, a assuré mardi que cela n'arrêterait pas la contre-offensive ukrainienne. "Les Russes peuvent faire ce qu'ils veulent. Ça ne va rien changer", a-t-il dit avant un entretien avec l'ambassadrice américaine aux Nations unies, Linda Thomas-Greenfield.

Pour Moscou, il y a urgence à tenter de casser la dynamique ukrainienne et à dissuader les Etats-Unis et leurs alliés de faire un saut qualitatif supplémentaire en matière d'armement.

L'entourage du président russe a maintes fois fait planer la menace d'une frappe nucléaire et semble désormais penser que l'annexion des territoires ukrainiens occupés rendrait cette menace, ou celle d'une mobilisation générale, plus crédible, et donc peut-être plus efficace.

La tenue de référendums dans des territoires en guerre n'aurait guère de légitimité démocratique, d'autant que les forces russes ne contrôlent que 60% de la région de Donetsk et que l'armée ukrainienne semble sur le point de reprendre pied dans la région de Louhansk, sur l'élan de sa percée à l'est de Kharkiv.

La situation est aussi contestée sur le plan militaire dans les régions de Kherson et de Zaporijjia, où le sort de la plus grande centrale nucléaire d'Europe continue de susciter l'inquiétude.

Pour autant, le Kremlin a montré avec le référendum organisé à la va-vite en Crimée en 2014 - dont seule une poignée de pays alliés de Moscou ont reconnu le résultat - qu'il ne s'arrêtait pas à ce genre de considérations.

"Les référendums dans le Donbass sont essentiels, pas seulement pour protéger les habitants de la RPL, la RPD et d'autres territoires libérés, mais aussi pour rétablir la justice historique", a expliqué Dmitri Medvedev.

(Rédigé par Guy Faulconbridge et Felix Light à Londres, version française Tangi Salaün, édité par Sophie Louet et Nicolas Delame)

1 commentaire

  • 20 septembre 18:37

    Le référendum se fera par un vote à mains levée , surveillé par une milice armée et sera accessible aux seuls camarades munis du bon passeport !


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