
L'anesthésiste Frédéric Péchier, soupçonné de dizaines d'empoisonnements de patients, arrive au tribunal de Besançon, le 8 mars 2023 ( AFP / ARNAUD FINISTRE )
Le médecin anesthésiste-réanimateur Frédéric Péchier est-il un innocent injustement accusé ou un des pires tueurs en série de l'après-guerre, auteur de 30 empoisonnements aggravés de patients, dont 12 mortels ? La justice devra trancher au terme d'un procès fleuve qui débute le 8 septembre à Besançon.
La cour d'assises du Doubs, présidée par Delphine Thibierge, examinera pendant plus de trois mois, jusqu'au 19 décembre, les charges retenues à l'encontre de Frédéric Péchier, praticien réputé, accusé d'avoir sciemment empoisonné 30 patients, âgés de 4 à 89 ans, dont 12 sont morts, entre 2008 et 2017 dans deux cliniques privées de Besançon.
Placé sous contrôle judiciaire depuis le début de l'affaire, l'accusé de 53 ans comparaîtra libre et encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
Cette affaire est "sans équivalent dans les annales judiciaires françaises", avait relevé le procureur de Besançon Etienne Manteaux, lors de sa demande de renvoi du médecin devant la cour d'assises, ajoutant que les faits n'avaient "rien à voir avec des euthanasies".
"Ce qui lui est reproché, c'est d'avoir empoisonné des patients en bonne santé, pour nuire à des collègues avec lesquels il était en conflit" et démontrer en même temps ses qualités de réanimateur, selon le magistrat, qui est depuis peu parti en poste à Grenoble.
Frédéric Péchier, lui, n'a jamais varié, répétant son innocence.
A moins de dix jours de son procès, ce père de trois enfants a assuré à BFMTV qu'il n'était "pas particulièrement anxieux".
"Il faut que j'aille me battre une dernière fois, que cela se termine, je ne suis pas fatigué, je ne suis pas énervé, je veux que les gens écoutent pour une fois!", a-t-il assuré à la chaîne d'information dimanche.
Son avocat Randall Schwerdorffer, associé à Lee Takhedmit, plaidera l'acquittement.
- "Dénominateur commun" -
Les investigations ont débuté en janvier 2017, après l'arrêt cardiaque suspect d'une femme de 36 ans en cours d'opération à la clinique Saint-Vincent. Une dose potentiellement létale de potassium avait été découverte dans une poche de soluté utilisée pour son anesthésie. Rapidement suspecté, le docteur Péchier est interpellé et mis en examen deux mois plus tard.
Les enquêteurs de la police judiciaire ont ensuite, pendant sept ans d'instruction, étudié plus de 70 évènements indésirables graves (EIG), des problèmes importants et inattendus survenus au cours d'actes médicaux.

Jean-Claude Gandon, l'un des patients suspecté d'avoir été empoisonné par le Dr Péchier, devant le Palais de justice de Besançon, le 12 juin 2019 ( AFP / SEBASTIEN BOZON )
Les cas de 30 patients victimes d'un arrêt cardiaque en pleine intervention chirurgicale, à la clinique Saint-Vincent et à la Polyclinique de Franche-Comté, ont finalement été retenus. Douze n'ont pas survécu malgré les tentatives de réanimation.
Le docteur Péchier est soupçonné d'avoir pollué les poches de perfusion de ces patients pris en charge par ses collègues, pour provoquer des arrêts cardiaques, avant d'aider souvent à leur réanimation.
Pour l'accusation, qui sera assurée par la procureure adjointe Christine de Curraize et la procureure générale honoraire Thérèse Brunisso, Frédéric Péchier est le "dénominateur commun" entre tous les cas.
D'après certaines expertises, il existe dans la grande majorité des cas des "suspicions fortes", dans quelques cas des "certitudes", que des substances en doses parfois létales ont été administrées aux patients venus se faire opérer, souvent pour des interventions bénignes.
- "Combatif" -
La défense conteste au contraire la réalité de la plupart des empoisonnements, Frédéric Péchier soutenant que la majorité des EIG résultaient "d'erreurs médicales" de ses collègues.

Frédéric Péchier (à droite) arrive au Palais de justice de Besançon aux côtés d'un de ses avocats, Randall Schwerdorffer, le 8 mars 2023 ( AFP / ARNAUD FINISTRE )
Ses avocats dénoncent "un coupable idéal, créé par l'accusation, mais quand on regarde point par point, ça ne tient pas et nous allons le démontrer à l'audience". Frédéric Péchier "est le plus combatif possible" et "a la ferme intention de démontrer son innocence dans cette affaire", assurent-ils à l'AFP.
Au total, plus de 150 parties civiles, dont le syndicat des anesthésistes Snarf, seront représentées au procès. C'est un "dossier vertigineux" de par "son ampleur, sa durée et sa complexité technique", souligne Frédéric Berna, un des 55 avocats des victimes.
"Ce sont des empoisonnements, purement gratuits, de victimes qui n'ont rien à voir avec lui, qui n'ont jamais rien fait", insiste l'avocat. Ses clients "attendent beaucoup de l'éclairage judiciaire de ce dossier", confie-t-il, sceptique sur de possibles "explications sincères et loyales du docteur Péchier".
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