Le président américain Donald Trump à bord d'Air Force One le 4 janvier 2026 ( AFP / Jim WATSON )
Le Premier ministre groenlandais a appelé lundi à ne pas céder à la "panique" après la réaffirmation par Donald Trump de son intention de faire passer le territoire autonome danois sous drapeau américain, et a souhaité rétablir une "bonne coopération" avec les États-Unis.
"La situation n'est pas telle que les États-Unis puissent conquérir le Groenland. Ce n'est pas le cas. Nous ne devons donc pas paniquer. Nous devons rétablir la bonne coopération que nous avons eue", a dit Jens-Frederik Nielsen lors d'une conférence de presse à Nuuk, la capitale du Groenland.
Il a cependant souligné que son gouvernement allait "maintenant durcir le ton, car nous ne sommes pas satisfaits de la situation dans laquelle nous nous trouvons." "Ca suffit que la communication se fasse par les médias et par divers détours", a-t-il affirmé.
Interrogé par le magazine américain The Atlantic sur les implications pour le Groenland de l'opération militaire menée par les forces spéciales américaines au Venezuela, Donald Trump a déclaré que c'était à ses partenaires de les évaluer : "Ils vont devoir se faire leur propre opinion".
Pour M. Nielsen, une chose est sûre, la situation est très différente.
"Notre pays n'est pas comparable au Venezuela. Nous sommes un pays démocratique. Il l'est depuis de très, très nombreuses années", a-t-il insisté.
- Ile stratégique -
Le président américain répète avoir "besoin du Groenland du point de vue de la sécurité nationale".
"Le Danemark ne sera pas en mesure de s'en occuper", a-t-il affirmé devant des journalistes à bord d'Air Force One dimanche soir, assurant qu'il allait s'occuper "du Groenland dans environ deux mois", voire "dans 20 jours".
"Si les États-Unis choisissent d'attaquer militairement un autre pays de l'Otan, alors c'est la fin de tout. Y compris notre Otan et donc la sécurité mise en place depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale", a déclaré la Première ministre danoise Mette Frederiksen à la télévision TV2.
"Je ne suis pas d'accord pour dire que la sécurité dans l'Arctique n'est pas assurée", a-t-elle ajouté. En 2025, le Danemark a alloué quelque 90 milliards de couronnes (1,2 milliard d'euros) à la sécurité dans la région, a-t-elle rappelé.
Pour la députée Aaja Chemnitz, qui représente le Groenland au Parlement danois, il faut "être prêt pour tous les scénarios".
"Que ce soit la rupture d'un câble de communication ou les menaces de Trump, le peuple groenlandais doit se préparer", a-t-elle dit à l'AFP.
Immense île arctique peuplée de 57.000 habitants, le Groenland dispose d'importantes ressources minières, majoritairement non exploitées, et est considéré comme un emplacement stratégique. Les Etats-Unis y ont déjà une base militaire et en exploitaient une dizaine pendant la guerre froide.
- "Très inquiétant" -
Le mois dernier, le président américain s'était plaint que des navires russes et chinois soient "partout" le long des côtes du Groenland.
La Première ministre danoise Mette Frederiksen s'exprime lors d'une conférence de presse à Bruxelles, en Belgique, le 19 décembre 2025 ( AFP / JOHN THYS )
Lundi dans un communiqué, le ministère chinois des Affaires étrangères a exhorté les États-Unis de "cesser d'utiliser la prétendue menace chinoise comme prétexte pour chercher des gains personnels".
Les dirigeants européens se rangeaient lundi derrière le Danemark et le Groenland, tandis que la Maison Blanche a continué d'insister.
"Les États-Unis devraient avoir le Groenland", a martelé le proche conseiller de Donald Trump, Stephen Miller.
Le vice-président américain JD Vance à la base aérienne américaine de Pituffik, le 28 mars 2025 au Groenland ( POOL / Jim WATSON )
Interrogé par CNN sur la possibilité d'une intervention militaire américaine, il a balayé la question. "Il n'y a pas besoin de penser ou même de parler de cela," a-t-il déclaré. "Personne ne va se battre militairement avec les États-Unis sur l'avenir du Groenland."
Samedi, la publication sur X de sa femme Katie Miller partageant une carte du Groenland aux couleurs du drapeau américain avec, comme légende, "bientôt", avait fait jaser.
Carte montrant le Groenland, territoire autonome danois, ainsi que le Danemark et les États-Unis ( AFP / Guillermo RIVAS PACHECO )
Le Danemark est un allié historique et traditionnel des États-Unis, se fournissant largement auprès de Washington pour son armement.
L'annonce fin décembre par Donald Trump de la nomination d'un envoyé spécial pour le Groenland avait déjà provoqué un nouvel accès de fièvre entre les deux pays, après la visite en mars du vice-président américain JD Vance.
Le Groenland répète ne pas être à vendre et vouloir décider seul de son avenir.
En janvier 2025, 85% des Groenlandais s'étaient dits opposés à leur rattachement aux États-Unis, selon un sondage publié dans la presse danoise et groenlandaise. Seuls 6% y étaient favorables.

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