par Steve Holland, Parisa Hafezi et Jonathan Allen
L'incertitude planait mercredi au Moyen-Orient quant aux conséquences concrètes de l'annonce, elle-même floue, par Donald Trump d'une prolongation illimitée du cessez-le-feu en vigueur depuis deux semaines avec l'Iran, qui n'a pas encore officiellement réagi à l'initiative du président américain, pas plus qu'Israël, allié des Etats-Unis dans le conflit.
Tout en annonçant ce qui semble être une prolongation unilatérale de la trêve, qui était sur le point d'expirer, Donald Trump a aussi déclaré que la marine américaine poursuivrait son blocus des ports iraniens, considéré comme un acte de guerre par Téhéran.
Le détroit d'Ormuz, par lequel transite un cinquième du commerce mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL), restait pour sa part de facto fermé. Trois porte-conteneurs naviguant dans cette zone ont dit mercredi avoir essuyé des tirs, l'un d'eux évoquant une attaque iranienne selon l'agence de sécurité maritime britannique UKMTO.
Revenant sur ses menaces brandies à peine quelques heures auparavant, Donald Trump a déclaré mardi sur son réseau Truth Social que, à la demande du Pakistan, médiateur entre les deux pays, les Etats-Unis allaient s'abstenir d'attaquer l'Iran jusqu'à ce que les dirigeants iraniens soient en mesure de soumettre une "proposition unifiée" et que "les discussions soient terminées, d'une manière ou d'une autre".
Si aucun responsable iranien de haut rang n'a répondu publiquement à cette annonce, les premières réactions émanant de Téhéran indiquent que l'initiative du président américain y est accueillie avec scepticisme.
L'agence de presse Tasnim, affiliée aux Gardiens de la révolution, a souligné que l'Iran n'avait pas sollicité de prolongation du cessez-le-feu et elle a renouvelé la menace iranienne de briser le blocus maritime américain par la force. Un conseiller de Mohammad Baqer Qalibaf, président du Parlement iranien et principal négociateur de l'Iran, a dit soupçonner une ruse de la part de Donald Trump, capable d'alterner dans une même journée des menaces d'anéantissement de la civilisation iranienne et des propos conciliants en vue d'une issue diplomatique au conflit.
DOUTES SUR DE NOUVEAUX POURPARLERS AU PAKISTAN
Peu avant de prolonger le cessez-le-feu, le président américain avait ainsi une nouvelle fois menacé de détruire tous les ponts et toutes les centrales électriques en Iran.
La perplexité était aussi palpable sur les marchés financiers mercredi. Les Bourses européennes et les "futures" sur les indices américains étaient en petite hausse, le dollar hésitait et le pétrole remontait vers les 100 dollars le baril pour le Brent.
La prudence est d'autant plus forte que des doutes persistent sur la tenue de nouvelles discussions de paix envisagées à Islamabad, après une première séance infructueuse le 11 avril.
Le vice-président américain JD Vance, dont la présence est exigée par les Iraniens, avait prévu de retourner au Pakistan mardi mais un responsable de la Maison blanche a dit qu'il n'avait finalement pas quitté Washington.
Un responsable iranien de haut rang a dit à Reuters, avant la dernière annonce de Donald Trump, que les négociateurs iraniens étaient disposés à participer à de nouveaux pourparlers à condition que les Etats-Unis renoncent à leur politique de pressions et de menaces visant à aboutir à une capitulation de Téhéran.
Le programme nucléaire et le stock d'uranium hautement enrichi de l'Iran ont constitué les principaux obstacles à tout progrès lors de la première séance de discussions le 11 avril.
Les Etats-Unis et Israël, qui ont commencé à bombarder l'Iran le 28 février, soupçonnent Téhéran de vouloir se donner la capacité de fabriquer des armes nucléaires alors que les Iraniens assurent que leur programme est purement civil.
Le conflit a embrasé la région, l'Iran ripostant contre des pays du Golfe abritant des installations américaines et bloquant de fait le détroit d'Ormuz tandis que le Hezbollah libanais, soutenu par Téhéran, s'est joint au combat en attaquant Israël. L'Etat hébreu a en représailles massivement bombardé le Liban et son armée a pénétré dans le sud de ce pays, faisant des centaines de milliers de déplacés.
Malgré la trêve également en vigueur entre Israël et le Liban, l'agence de presse libanaise ANI a fait état mercredi d'une attaque de drone israélienne ayant fait un mort et deux blessés dans les faubourgs d'Al-Jbour. L'armée israélienne a dit ne pas avoir connaissance d'une frappe dans cette région de la Bekaa.
VOIR AUSSI le déroulé de la journée EN DIRECT
LE POINT sur le conflit au Moyen-Orient
(Bureaux de Reuters, rédigé par Jonathan Allen et Chang-Ran Kim, version française Bertrand Boucey, édité par Blandine Hénault)

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