(Actualisé avec communiqué du ministère public, détails, cérémonie à Martigny)
La justice suisse a requis vendredi le placement en détention préventive du gérant français du bar Le Constellation de Crans-Montana, théâtre d'un incendie meurtrier la nuit du Nouvel An, en raison d'un risque de fuite considéré comme élevé, annonce dans un communiqué le ministère public du Valais.
Jacques Moretti et son épouse, Jessica Moretti, ont été entendus pendant plusieurs heures vendredi matin au siège de l'office central du ministère public valaisan dans le cadre de l'enquête pénale ouverte le 3 janvier à leur encontre pour "homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence".
L'incendie du Constellation, un bar qu'ils avaient repris en 2015, a fait 40 morts et 116 blessés.
L'épouse du gérant du Constellation a été laissée libre à l'issue de cette première audition.
"C'est une tragédie inimaginable", a-t-elle déclaré aux journalistes présents. "Je veux m'excuser pour toutes les victimes et les personnes qui se battent encore aujourd'hui", a-t-elle ajouté.
Jacques Moretti est défavorablement connu de la justice française, pour des faits de proxénétisme aggravé notamment, et a des attaches en Corse où la justice suisse craignait qu'il ne fuie.
Le couple possède plusieurs établissements dans la station de ski de Crans-Montana et alentour. Seule Jessica Moretti était présente au Constellation le soir du réveillon. Son mari se trouvait dans un autre établissement.
Les gérants avaient seulement été interrogés à ce jour en tant que "personnes appelées à donner des renseignements", c'est-à-dire comme témoins.
Huit jours après le drame qui a mis au jour une série de manquements fatals, la conduite des investigations et la liberté de mouvement laissée aux gérants suscitaient l'incompréhension et la colère des familles des disparus, et la critique de leurs avocats.
Les Moretti avaient affirmé mardi, dans une première déclaration publique diffusée par leurs avocats, qu'ils étaient "dévastés et envahis par le chagrin" et qu'ils ne chercheraient "d'aucune façon à se dérober."
"IMPENSABLE, INDICIBLE, INVISIBLE"
Le président de la commune de Crans-Montana a révélé mardi que le bar n'avait fait l'objet d'aucune inspection réglementaire entre 2020 et 2025 et avait dénoncé une "culture du risque inconsidéré" de la part des propriétaires.
Le violent incendie s'est déclenché après que la mousse acoustique protégeant le plafond du sous-sol de l'établissement a pris feu sous l'effet de bougies pyrotechniques qu'une serveuse portait sur des bouteilles de champagne.
La radio-télévision suisse (RTS) a diffusé lundi une vidéo amateur, authentifiée, de la soirée du Nouvel An 2019-2020 au Constellation dans laquelle un employé du bar lance par deux fois "Faites gaffe à la mousse!" alors que circulent des bouteilles surmontées de feux de bengale, une pratique courante dans l'établissement.
Le 9 janvier avait été décrété journée de deuil national en Suisse.
Une cérémonie d'hommage s'est tenue dans la commune voisine de Martigny, en présence notamment du président français Emmanuel Macron et de son homologue italien Sergio Mattarella.
Neuf Français et six Italiens sont morts dans l'incendie.
Une minute de silence a été observée à 14h00 dans tout le pays et les cloches des églises ont ensuite retenti.
S'exprimant lors de la cérémonie, le président de la Confédération suisse, Guy Parmelin, a dit son souhait que les responsables d'un drame "impensable, indicible, invisible" soient traduits en justice sans délai ni clémence.
Mathias Reynard, président du gouvernement valaisan, a présenté, très ému, "les excuses de toute la communauté". "Nous avons tous une responsabilité morale."
A Rome, la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni, qui a assisté à une messe pour les six victimes italiennes dans la capitale italienne, a eu des mots très sévères.
"Ce qui s'est passé à Crans-Montana n'est pas un simple accident. C'est le résultat du fait que trop de personnes n'ont pas fait leur travail ou ont pensé pouvoir gagner de l'argent facile", a-t-elle dit lors sa conférence de presse de début d'année.
"Les responsables doivent être identifiés et poursuivis en justice", a-t-elle ajouté.
(Reportage Cecile Mantovani à Sion, Emma Farge à Genève et Dave Graham à Zurich, avec Sophie Louet à Paris, édité par Kate Entringer)

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