Aller au contenu principal
Fermer

Souveraineté alimentaire, taxe carbone, dépendance : les engrais au centre d'une équation complexe pour l'Europe
information fournie par Boursorama avec Media Services 21/01/2026 à 09:37

Les agriculteurs demandent une suspension de la taxe carbone sur les engrais, car elle vient s'ajouter à une hausse colossale des prix des engrais depuis la guerre en Ukraine et les surtaxes imposées à la Russie.

( AFP / JEAN-FRANCOIS MONIER )

( AFP / JEAN-FRANCOIS MONIER )

L'Europe consomme presque un quart des engrais produits dans le monde, tout en dépendant à 60% d'importations. Pour assurer sa souveraineté alimentaire, alors que le monde se polarise en grands blocs, le Vieux continent et ses agriculteurs doivent résoudre une équation complexe, qui intègre également la facette environnementale et réglementaire de la taxe carbone.

• Qu'est-ce que l'engrais ?

Les engrais contiennent des nutriments favorisant le développement des plantes. Ils peuvent être d'origine organique (purin d'orties, lisier, fiente...) ou minérale : fabriqués à partir de l'azote (N) de l'air ou de minerais comme le phosphore (P) et la potasse (K).

L'immense majorité des agriculteurs européens utilisent des engrais minéraux "NPK" et notamment azotés. Les fertilisants azotés sont fabriqués à partir d'ammoniac, obtenu en combinant l'azote de l'air et l'hydrogène provenant du gaz naturel . Environ 80% du coût de production de l'ammoniac est lié à l'utilisation du gaz.

• Double dépendance européenne

Si quelques pays européens fabriquent des fertilisants -le plus souvent minéraux à base de gaz- plus de 60% des engrais consommés dans l'UE sont importés . Or, l'Europe consomme 23% des engrais produits dans le monde sur 10% des surfaces agricoles, selon le cabinet de conseil Carbone 4.

La guerre en Ukraine a jeté une lumière crue sur la double dépendance de l'agriculture européenne au gaz et aux engrais venus de Russie. Selon les données de l'UE, le poids du gaz russe est passé de 40% des importations européennes en 2021 à environ 11% en 2024, à la suite de sanctions.

Celui des engrais russes diminue mais pesait encore un quart des importations européennes de fertilisants début 2025. En juillet, l'UE a mis en place une surtaxe progressive des engrais azotés russes et bélarusses : 45 euros la tonne en 2025-26, jusqu'à 95 euros la tonne en 2028.

• Souveraineté alimentaire

Le 1er janvier est entré en vigueur le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières européennes (MACF) qui concerne acier, aluminium, ciment, électricité, hydrogène et engrais . Il vise à verdir les importations européennes et éviter la concurrence déloyale d'industries soumises à des normes environnementales moins strictes que dans l'UE. L'application de cette taxe pourrait être temporairement "suspendue" pour les engrais, en réponse à la bronca des agriculteurs.

Pourtant, pour Lucile Godissart, chercheuse à l'Institut de l'économie pour le climat I4CE, le MACF appliqué à l'engrais azoté, un des principaux facteurs d'émission de l'agriculture, "contribuerait à réduire nos émissions de gaz à effet de serre, mais aussi à renforcer l'indépendance stratégique et la souveraineté alimentaire" de l'Europe. Car en "taxant le contenu carbone des produits importés depuis les pays extra-européens au même niveau que le prix du carbone dans l'Union européenne, le MACF annule l'avantage comparatif des importations ", souligne-t-elle.

Pour la France, premier producteur de céréales et premier importateur d'engrais azotés de l'UE, "détricoter le MACF sur les engrais, ce n'est pas protéger les agriculteurs, mais les laisser exposés à des aléas géopolitiques croissants", souligne-t-elle, rappelant que le pays se fournit notamment aux États-Unis, en Russie, Égypte et à Trinité-et-Tobago.

L'association Fertilizer Europe, qui regroupe les fabricants d'engrais européens, s'est de son côté opposée à une suspension du MACF qui "nuirait à la compétitivité de l'industrie" européenne.

• "Coup de grâce"

Le problème, soulignent les céréaliers, c'est que le MACF vient s'ajouter à une hausse colossale des prix des engrais depuis la guerre en Ukraine et les surtaxes imposées à la Russie.

Le commissaire européen chargé du commerce, Maros Sefcovic, a lui-même déclaré début janvier que le maintien d'un prix abordable des fertilisants était essentiel pour les revenus des agriculteurs, relevant que le coût des engrais était environ 60% plus élevé qu'en 2020. "Aujourd'hui, on se passe de 2 millions de tonnes d'engrais russes et les fabricants européens n'ont pas compensé" alors qu'"ils affirmaient pouvoir augmenter rapidement leur production", a affirmé Cédric Benoist, secrétaire général adjoint de l'AGPB, association regroupant les principaux producteurs de blé en France.

Une entrée en vigueur du MACF serait "le coup de grâce" pour les agriculteurs qui ne peuvent répercuter la hausse des engrais sur le prix du blé ou du colza, fixés sur un marché international, estime l'AGPB.

Pour Lucile Godissart, de I4CE, les politiques publiques doivent "accompagner les agriculteurs", pour diminuer leur consommation d'engrais azotés, par exemple grâce à des outils de précision pour l'épandage ou en introduisant des légumineuses (fixatrices d'azote) dans les rotations de cultures.

Un soutien financier "à la structuration de filières" qui suppose une "planification écologique" , largement rabotée ces dernières années, notamment dans le budget français.

1 commentaire

  • 21 janvier 09:47

    Après 25 ans au moins de décisions plus stupides les unes que les autres ... Forcément maintenant tout deviens complexe.


Signaler le commentaire

Fermer

A lire aussi

  • Bombardement de l'aéroport Mehrabad de Téhéran, le 7 mars 2026 ( AFP / ATTA KENARE )
    information fournie par AFP 07.03.2026 20:20 

    Voici les derniers événements de la guerre au Moyen-Orient, entrée samedi dans sa deuxième semaine: - De puissantes explosions entendues à Téhéran après les menaces de Trump Une série de puissantes explosions a secoué la capitale iranienne, Téhéran, tard dans la ... Lire la suite

  • Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, donne une conférence de presse à l'issue d'une réunion de crise, à Paris
    information fournie par Reuters 07.03.2026 20:11 

    ‌Le rapatriement des Français bloqués ​par la guerre au Moyen-Orient s'accélère, a déclaré samedi le ​ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, ​évoquant notamment des ⁠vols entre les Emirats arabes ‌unis et Paris. Invité de l'émission C à Vous sur ​France ... Lire la suite

  • Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste (PS), en visite à Lille, le 20 février 2026 dans le Nord ( AFP / Sameer Al-DOUMY )
    information fournie par AFP 07.03.2026 19:37 

    Le Premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure accuse le leader de LFI Jean-Luc Mélenchon de "desservir la cause" de la gauche et d'être devenu "une illusion", dans un entretien mis en ligne samedi sur le site du Parisien. "Dans ce contexte où une internationale ... Lire la suite

  • Le président du Rassemblement national Jordan Bardella, à gauche, avec à sa droite le candidat RN à la mairie de Marseille Franck Allisio, le 6 mars 2025, à Marseille ( AFP / Thibaud MORITZ )
    information fournie par AFP 07.03.2026 19:24 

    Dans la dernière ligne droite d'élections municipales sans vraie certitude, Jean-Luc Mélenchon s'est posé samedi en rempart contre le RN à Marseille dans une campagne aux allures de préfiguration de la présidentielle, marquée par les doutes à gauche sur les alliances ... Lire la suite

Pages les plus populaires